Les Québécois favorables aux voitures électriques… en théorie

L’ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard s’était donné pour objectif de mettre 100 000 véhicules rechargeables sur les routes d’ici 2020.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard s’était donné pour objectif de mettre 100 000 véhicules rechargeables sur les routes d’ici 2020.

Plus d’un Québécois sur deux estime que conduire une voiture électrique (VE) serait la solution la plus efficace pour réduire son impact environnemental. Mais dans les faits, peu d’entre eux en possèdent déjà une ou envisagent de faire ce choix.

« Il y a une prise de conscience des Québécois, mais le passage à l’action ne semble pas se faire », constate Fabien Durif, le directeur de l’Observatoire de la consommation responsable (OCR), qui vient de publier mercredi son neuvième baromètre sur la manière dont consomment les Québécois. L’Observatoire y dévoile les résultats d’un sondage mené auprès d’un panel Web de 1005 répondants, du 27 septembre au 5 octobre 2018.

À la question « Quelle action devrait privilégier un consommateur qui désire réduire son impact environnemental ? », 57,3 % des répondants ont estimé que conduire une VE aurait davantage d’impact que de réduire sa consommation de viande rouge (37 %), celle d’aliments à base de blé (2,6) ou celle de viande blanche (0,8 %), ou encore de consommer des aliments à base de farine d’insectes (2,3 %).

Or, sur l’ensemble des répondants au sondage, seulement 1 % ont déclaré posséder une VE. Et parmi ceux estimant qu’elle serait une solution environnementale intéressante, seulement 23,9 % envisagent sérieusement de s’en acheter une prochainement.

« Le baromètre ne vient pas apporter d’explication sur ce taux, mais c’est certain que les questions de prix de la voiture électrique, du nombre actuel de bornes de rechargement et des politiques publiques en place pour encourager un tel achat rentrent en compte », explique au Devoir Fabien Durif.

Si le nombre de VE progresse d’année en année, leur part du parc automobile québécois reste marginale. En 2017, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) estimait à 6,55 millions le nombre de véhicules de promenade — tous types confondus — en circulation au Québec. Mais à peine plus de 1 % étaient des VE. Au 30 septembre 2018, l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ) comptait plus précisément 35 170 VE.

L’ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard s’était pourtant donné pour objectif de mettre 100 000 véhicules rechargeables sur les routes d’ici 2020, offrant notamment un rabais allant jusqu’à 8000 $ à l’achat en fonction du modèle choisi.

La VE, « une solution »

« Au moins, les gens cernent le bon geste, ils ont compris que c’est le secteur qui représente le plus gros de l’empreinte écologique des Québécois », souligne de son côté Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace, à la vue des résultats du sondage. À lui seul, le secteur des transports est responsable de 45 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), dont 80 % proviennent juste des transports terrestres.

Il tient également à faire remarquer que seulement 18,7 % de l’ensemble des répondants au sondage affirment clairement qu’ils ne comptent pas acheter une VE. « Ça veut dire que le restant souhaite s’en procurer une, y pense, ou du moins ne ferme pas la porte à l’idée. »

« La voiture électrique n’est pas LA solution, mais ça fait partie des solutions pour réduire le réchauffement climatique, poursuit-il. Sachant qu’au Québec on est alimentés à plus de 99 % par une énergie verte et renouvelable — [hydroélectricité] — il y a des gains majeurs à faire si l’on remplace les véhicules à essence par des véhicules électriques. »

Frein à l’achat

Pour Sidney Ribaux, directeur général et cofondateur d’Équiterre, les Québécois ne manquent pas de volonté, mais ils se retrouvent face à un obstacle de taille au moment de se procurer une VE. « Présentement, il y a plus de demande que d’offre. Si vous magasinez, vous verrez qu’il faut attendre plusieurs mois pour acheter une voiture électrique chez un concessionnaire. »

D’après lui, le gouvernement devrait mettre les bouchées doubles pour encourager les concessionnaires à vendre davantage de modèles électriques, et mettre de côté les voitures à essence, de plus en plus grosses et émettrices de GES.

Québec devrait d’ailleurs « profiter du malheur » de la province voisine, où les rabais gouvernementaux à l’achat d’une VE ont été récemment annulés par le premier ministre ontarien, Doug Ford, et proposer des politiques incitatives. L’augmentation du nombre de VE en stock — normalement destinées au marché ontarien — se fait déjà ressentir au Québec, ce qui devrait donner un coup de fouet à leur croissance sur les routes de la province.