Pourquoi des cétacés ingèrent-ils autant de débris de plastique?

Un cachalot retrouvé mort lundi sur le rivage indonésien avait ingurgité des centaines d’objets de plastique.
Photo: Muhammad Irpan Sejati Tassakka, AKKP Wakatobi via Associated Press Un cachalot retrouvé mort lundi sur le rivage indonésien avait ingurgité des centaines d’objets de plastique.

Le cas, loin d’être unique, a été largement diffusé sur le web. Un cachalot retrouvé mort lundi sur le rivage indonésien avait ingurgité des centaines d’objets de plastique, ce qui pourrait avoir conduit l’animal à mourir de faim. Les cétacés, qui ingèrent volontairement ces déchets en les confondant avec de la nourriture, pourraient d’ailleurs être de plus en plus nombreux à succomber ainsi, en raison de la pollution dans les océans du globe.

Ce cas de cachalot échoué en Indonésie est particulièrement révélateur de la problématique du plastique dans les mers du monde. L’estomac de cette baleine à dents contenait 13 livres de plastique, soit 115 gobelets de plastique, quatre bouteilles de plastique, 25 sacs de plastique, deux sandales, un sac de nylon et plus d’un millier d’autres morceaux de plastique assortis.

Plus tôt cette année, un autre cachalot retrouvé échoué en Espagne avait plus de 64 livres de déchets de plastique dans le système digestif, dont des sacs de plastique, des débris de filets de pêche et un bidon de carburant.

Sans oublier le cas de cette baleine retrouvée sur la côte grecque, dont l’estomac contenait plus d’une centaine d’objets de plastique, ou encore ce globicéphale (aussi appelé dauphin pilote) mort après avoir ingurgité plus de 80 sacs en plastique dans le sud de la Thaïlande.

Proies vs plastique

Écologiste et spécialiste des mammifères marins, Lyne Morissette explique que les cétacés ingèrent volontairement des débris de plastiques en les confondant avec des proies. « Les baleines à dents, comme les cachalots, sont en recherche active de proies. Lorsqu’elles localisent des débris, comme un amas de filet de pêche ou un sac de plastique, elles peuvent croire à la présence d’une proie immobile, donc plus facile à capturer », explique-t-elle.

Leur système d’écholocation, qui leur sert à localiser leurs proies, peut en effet les amener à confondre ces déchets avec de la nourriture. Mme Morissette précise que leur quête de proies peut aussi être compromise par le fait que « les cétacés vivent dans un environnement de plus en plus perturbé, notamment par la pollution sonore, ce qui nuit à leurs activités naturelles, comme s’alimenter ».

Le fait d’ingérer du plastique amène par ailleurs les animaux « à souffrir de carences alimentaires, ce qui les conduit dans un cercle vicieux. Les baleines ont moins d’énergie pour chasser, et vont donc se rabattre plus facilement vers des « proies » immobiles ».

Même si Lyne Morissette estime que les cas de baleines mourant de faim parce que leur système digestif est obstrué par le plastique seraient des « cas isolés », elle souligne aussi qu’il est probable que « plusieurs cas » ne soient jamais documentés.

Elle ne s’étonne pas non plus de voir qu’un cachalot ait été retrouvé mort dans le sud-est asiatique, une région particulièrement touchée par la pollution par le plastique. Selon une étude publiée l’an dernier dans Nature Communications, plus de 85 % du plastique déversé dans les océans par les fleuves du monde proviendrait de cours d’eau asiatiques, soit près de deux millions de tonnes par année.

Problème grandissant

Les animaux d’autres régions de la planète ne sont toutefois pas épargnés.

La situation est notamment peu reluisante en Méditerranée. Des chercheurs de l’Institut de recherche sur les cétacés, basé en Grèce, y ont analysé les données de nécropsies menées sur les dépouilles d’une dizaine de cachalots retrouvés morts sur les rives de la Méditerranée depuis 2001.

Leurs constats, publiés plus tôt cette année, sont on ne peut plus clair : ces grands cétacés à dents sont tous décédés parce que leur estomac était rempli de divers débris de plastique qui ont provoqué leur mort, notamment parce qu’ils empêchaient l’animal de s’alimenter.

Plus près de nous, au Québec, un cachalot retrouvé échoué en 2003 à l’Anse-à-Valleau, en Gaspésie, avait des cordages, un sac de plastique, une corde métallique et des morceaux de plastiques dans l’estomac.

Selon Lyne Morissette, la situation ne devrait d’ailleurs pas s’améliorer dans les années à venir. « Il est raisonnable de croire qu’on aura de plus en plus de ces cas dans les années à venir. C’est représentatif de leur milieu de vie, et la situation n’ira pas en s’améliorant. »

Selon les évaluations disponibles, les océans et les mers du globe contiendraient plus de 150 millions de tonnes de plastique, ce qui pourrait doubler d’ici 2050. Une bonne partie de ces matières se concentrent dans cinq gyres, ces « continents » de débris qui se forment au gré des grands courants.