Quelque 62 000 déversements d’eaux usées au Québec en 2017

Le déversement de 162 millions de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent a débuté jeudi matin à Longueuil.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le déversement de 162 millions de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent a débuté jeudi matin à Longueuil.

Longueuil a commencé, jeudi, le déversement de 162 millions de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent. Shawinigan aussi a procédé à un rejet d’égouts dans les rivières Saint-Maurice et Shawinigan dans la journée. Ces opérations ont été largement médiatisées, mais bien d’autres sont passées sous silence. Ainsi, en 2017, quelque 62 000 déversements d’eaux non traitées ont été recensés au Québec sans attirer beaucoup d’attention.

Plus tôt cette semaine, la commissaire à l’environnement de l’Ontario, Dianne Saxe, s’indignait du nombre de déversements d’eaux usées dans les plans d’eau de la province.

Pour 2017-2018, son rapport évoquait un total de 1327 déversements, dont 766 attribuables à l’existence de réseaux d’égouts unitaires. Ces données ne détaillaient pas le volume déversé ni la durée des rejets.

« C’est incroyable que le gouvernement permette le déversement d’autant d’eaux d’égout dans nos lacs et rivières », a-t-elle dit aux médias. Jeudi, son poste a d’ailleurs été aboli par le gouvernement de Doug Ford.

Au Québec, le portrait est encore plus alarmant. Les données obtenues par Le Devoir auprès du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques font état de 62 057 débordements survenus en 2017.

La majeure partie d’entre eux, soit un peu plus de 51 000, ont eu lieu en temps de pluie et de fonte, alors que les autres ont été effectués en urgence, dans le cadre de travaux planifiés ou en temps sec. Encore là, les statistiques ne précisent pas la quantité d’eaux déversée ni la durée des opérations.

Ce bilan représente une hausse par rapport aux statistiques du ministère des Affaires municipales, qui faisaient état, de 2009 à 2013, de 47 000 événements de surverse en moyenne par année.

« Cette augmentation […] est principalement due au fait que les municipalités ont maintenant l’obligation de mesurer quotidiennement les débordements plutôt qu’une fois par semaine comme c’était le cas pour plusieurs d’entre elles », a précisé par courriel le MELCC.

De plus, 83 municipalités québécoises n’ont toujours pas de système de traitement des eaux usées, a indiqué le ministère. Le Règlement sur les ouvrages municipaux d’assainissement des eaux usées (ROMAEU) stipule toutefois que toutes les municipalités devront se doter de stations d’épuration d’ici la fin de 2020.

Ces données n’étonnent pas Michèle Prévost, professeure à la Chaire industrielle CRSNG en eau potable de Polytechnique Montréal. Selon la chercheuse, elles découlent d’une trop grande tolérance des autorités à l’égard du problème des surverses. Le Québec a une côte abrupte à remonter en cette matière par rapport à d’autres provinces canadiennes, dit-elle.

On a un retard dans l’adoption d’objectifs de traitement plus grands et de minimisation des surverses

 

Manque de contrôle

Pour expliquer la multiplication des surverses, Mme Prévost évoque notamment la Stratégie pancanadienne pour la gestion des effluents d’eaux usées municipales de 2009, à laquelle le Québec n’a pas adhéré officiellement.

« On a un retard dans l’adoption d’objectifs de traitement plus grands et de minimisation des surverses », soutient-elle.

La chercheuse rappelle toutefois que la Coalition avenir Québec a inscrit cet enjeu dans sa plateforme électorale.

Président de la Fondation Rivières, Alain Saladzius avait aussi noté une hausse des rejets d’eaux usées dans les cours d’eau au fil des travaux que mène son groupe sur les bassins versants.

Selon lui, une part de cette augmentation pourrait être attribuable aux enregistreurs électroniques plus précis installés au cours des dernières années pour comptabiliser les surverses.

Mais selon lui, des problèmes de coordination nuisent aux progrès en cette matière. « C’est le ministère de l’Environnement qui récolte les données sur les déversements, mais c’est le ministère des Affaires municipales qui donne l’argent [pour les infrastructures d’assainissement des eaux] et les deux ne se parlent pas. Il y a donc un problème de priorités de subventions et d’interventions », dit-il. « Il n’y a plus personne qui accompagne les municipalités là-dedans. »

M. Saladzius estime que Québec devrait exercer un plus grand contrôle sur les déversements qui surviennent à répétition. Il a d’ailleurs écrit à la nouvelle ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, plus tôt cette semaine.

Il lui a notamment demandé de désigner un responsable ministériel qui aurait pour mandat de faire l’évaluation technique et le suivi de ces événements. Il lui recommande aussi d’instaurer une redevance sur le volume d’eaux non traitées déversées dans les cours d’eau, ce qui inciterait les municipalités à agir pour limiter ces événements.

« À 1 $ par mètre cube déversé, ça représenterait 162 000 $ pour Longueuil, ce qui n’est pas énorme », dit-il.

Longueuil

Le déversement de 162 millions de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent a débuté jeudi matin à Longueuil. La Ville a répété que cette opération était nécessaire parce qu’elle doit remplacer deux sections endommagées d’une conduite sous l’eau et reliée au Centre d’épuration Rive-Sud situé à l’île Charron. L’opération durera huit jours.

Pour sa part, Shawinigan prévoit de déverser 97,5 millions de litres d’eaux usées dans les rivières Shawinigan et Saint-Maurice afin d’être en mesure d’effectuer des travaux de réparation à une conduite d’une station de pompage. Un premier déversement a eu lieu jeudi et les autres auront lieu la semaine prochaine.