Projet de gazoduc de 750 km en sol québécois

Si le projet va de l'avant, environ 160 méthaniers remonteront chaque année la rivière Saguenay.
Photo: Wikipedia Si le projet va de l'avant, environ 160 méthaniers remonteront chaque année la rivière Saguenay.

L’entreprise Gazoduq veut construire un gazoduc de 750 km en milieu naturel, au Québec, afin de transporter du gaz de l’Ouest canadien vers une future usine de liquéfaction située au Saguenay, d’où il sera exporté à bord de navires qui traverseront le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Il s’agit du plus imposant projet de transport d’énergie fossile dans la province depuis le pipeline Énergie Est. Son président est d’ailleurs Louis Bergeron, ancien vice-président du défunt projet de TransCanada.

Selon les informations dévoilées jeudi par voie de communiqué, l’entreprise étudie déjà un « corridor » pour construire cette conduite, un projet évalué à 4,5 milliards. De la frontière avec l’Ontario, le gazoduc doit traverser le territoire québécois à partir de la région de Rouyn-Noranda, pour se rendre jusqu’au Saguenay. Le couloir de construction de ce tuyau d’un mètre de diamètre sera situé essentiellement dans des milieux naturels et pourrait traverser de nombreux cours d’eau.

Même si la zone à l’étude comprend plusieurs milieux naturels protégés, l’entreprise assure que « le tracé final qui sera retenu évitera notamment les aires protégées et les parcs nationaux inclus dans le corridor d’étude ». Il sera également éloigné des zones « densément peuplées », contrairement au projet Énergie Est.


« Notre souhait est de mettre en place un projet qui générera des retombées positives pour le Québec, l’Ontario et le Canada, en plus de contribuer à la réduction de l’utilisation de charbon et de mazout dans le monde, réduisant ainsi les émissions mondiales de gaz à effet de serre », a fait valoir le président de Gazoduq, Louis Bergeron, par voie de communiqué.

M. Bergeron a déjà travaillé pour Ultramar et Valero, pilotant notamment le dossier du pipeline Saint-Laurent. Il avait aussi été recruté par TransCanada en 2015 pour défendre au Québec le projet de pipeline Énergie Est. À l’époque, il disait avoir bon espoir que « les discussions basées sur les faits et la science » conduiraient les Québécois à accepter le projet de pipeline d’exportation de pétrole des sables bitumineux. Il avait aussi soutenu que le projet de TransCanada n’était pas « soumis » à la réglementation environnementale du Québec.

Cette fois, cependant, Gazoduq affirme d’entrée de jeu que son projet « sera soumis à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (incluant des audiences du BAPE) ». Il fera également l’objet d’une évaluation environnementale fédérale. Gazoduq espère entreprendre la construction de cette conduite de gaz « en 2022, pour une mise en service en 2024 ».

Quant au gaz naturel qui sera transporté jusqu’au Saguenay pour y être liquéfié, il sera acheminé jusqu’au Québec en utilisant un gazoduc appartenant à TransCanada, nommé « Canadian Mainline ». Il devrait donc transporter du gaz naturel provenant notamment d’Alberta et de Saskatchewan. L’exploitation de gaz dit « non conventionnel », dont le gaz de schiste, est en pleine croissance dans ces régions. Ce gazoduc devrait donc transporter du gaz de schiste.

Habitat du béluga

Le « premier actionnaire » de Gazoduq est GNL Québec, l’entreprise qui pilote « Énergie Saguenay », un projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel qui serait construite dans la zone portuaire de Grande-Anse, au Saguenay. Il s’agit d’un projet évalué à 7,5 milliards et contrôlé principalement par des investisseurs américains. GNL Québec a aussi six lobbyistes inscrits au registre québécois et dont le mandat prévoit de demander le « soutien financier » du gouvernement pour réaliser le projet.

La construction du gazoduc de 750 km est essentielle à la réalisation du projet d’usine. Celle-ci servirait en effet à liquéfier les 11 millions de tonnes de gaz naturel chaque année. Ce gaz serait alors exporté « en Europe, en Asie et vers d’autres marchés » à bord de méthaniers de type Q-Flex. Ces imposants navires peuvent transporter 217 000 m3 de gaz. Ils atteignent une longueur de 297 mètres et une largeur de 45 mètres.

À l’instar du projet de port pétrolier que TransCanada souhaitait construire à Cacouna, le projet Énergie Saguenay devrait entraîner une augmentation du trafic commercial dans l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent.

Jusqu’à 160 de ces méthaniers remonteraient chaque année la rivière Saguenay, soit trois ou quatre par semaine. Chemin faisant, ils traverseraient le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, l’aire marine protégée mise en place pour protéger le béluga. En calculant les allers et les retours, on parle de six à huit passages par semaine. Ce projet s’ajoute d’ailleurs à deux autres projets de ports qui devraient être construits dans la région. S’ils se réalisent, 635 navires pourraient remonter le Saguenay en 2030, soit une hausse de 180 % par rapport à l’heure actuelle.

Gaz de schiste

En présentant les grandes lignes de son projet jeudi, Gazoduq a surtout souligné que celui-ci serait important « pour la transition énergétique mondiale », puisque le gaz exporté doit permettre, pour des entreprises ailleurs dans le monde, « de remplacer des énergies plus polluantes telles que le charbon et le mazout ».

Les bénéfices environnementaux du gaz « non conventionnel », dont le gaz de schiste, ne font toutefois pas l’unanimité. Selon différentes études publiées au cours des dernières années, le gaz de schiste pourrait être nettement plus polluant que le gaz naturel conventionnel.

L’exploitation par fracturation émet en effet d’importantes quantités de méthane, un gaz à effet de serre qui peut être au moins trente fois plus puissant que le CO2, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Outre les impacts climatiques, cette exploitation peut nécessiter jusqu’à 10 millions de litres d’eau pour chaque forage.

Le gouvernement de Justin Trudeau s’est montré favorable au développement de projets d’exportation de gaz naturel liquéfié. GNL Québec a aussi eu l’assurance de pouvoir compter sur un approvisionnement de la part d’Hydro-Québec.

16 commentaires
  • Yann Leduc - Inscrit 16 novembre 2018 02 h 10

    Quelles retombées positives ?

    Donc le Québec fournirait des subventions et de l'hydro-électricité pas cher à des "intérêts étrangers" pour que ceux-ci fassent passer 11 millions de tonne de gaz de schiste ultra-polluant (30 fois plus que le CO2) à travers nos cours d'eau et nos zones naturelles protégées. Et on obtiendrait quoi en retour ?

  • Marie Nobert - Abonnée 16 novembre 2018 03 h 25

    Il est temps d'«Énergir» (!)

    Sans commentaire. Grosse fatigue.

    JHS Baril

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 16 novembre 2018 03 h 44

    Une question niaiseuse

    « Ce gaz serait alors exporté en Europe, en Asie… »

    Je m’excuse de poser une question aussi niaiseuse, mais pourquoi du gaz naturel destiné à l’Asie doit-il faire un détour par le Québec ? Je croyais que l’Asie, c’était à l’ouest du Canada.

    Et si on veut envoyer du gaz naturel de l’ouest vers l’Europe, pourquoi pas l’exporter par la baie d’Hudson. C’est quoi la manie de vouloir absolument faire passer les hydrocarbures de l’Ouest au travers du Québec.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 16 novembre 2018 13 h 33

      Ce sont eux qui NOUS prennent pour des niaiseux/ses...Les «Énergie Saguenay, Gazoduq et GNL» de ce Monde n'ont pas fini de nous en passer des vertes et des pas mûres. Et ce sont, malheureusement pour la plupart, des Québécois.es qui sont les sous-fifres de leurs conseils d'administration : qui viennent des USA...Accel &...Partners... Inde, Palo Alto, Londres, New york et Chine...

      Comprenez bien que:
      Ce n'est plus un sujet dont on doit parler seulement pendant un jour, une semaine ou un mois... dans nos médias. Il NOUS faut garder l'oeil ouvert...et le bon, en tout temps.

      C'est terrible ce dont ces gens... (qui sont prêts à déployer leurs dernières armes tactiques pour faire aboutir leur sale projet)... sont capables de faire. Le Québec,c'est un territoire immense et une terre riche en ressources...ils LE savent peut-être mieux que Nous...mais ils ignorent complètement l'attachement que chacun de NOUS a pour Notre terre et Notre territoire. NOUS avons participer à faire reculer le projet Énergie Est... Dès lors, NOUS sommes et serons toujours là... pour faire de même avec le gazoduc de Gazoduq et Cie... Qu'on se le tienne pour dit.
      Parfois, il faut pousser des coups de gueule pour faire avancer les choses...Ne Nous en privons pas.!

      Pendant ce temps...on veut construire à Sainte-Rose du Nord ( petit bijou de village sur le fjord du Saguenay)
      un terminal maritime pour Ariane Phosphate, ni plus ni moins!...Le fjord est une aire maritime (territoire protégé) pour les bélugas. Mais on n'en entend plus parler depuis un certain temps. Anguille sous roche. Suis allée voir la conclusion et les recommandations de l'Agence "canadian" de l'évaluation environnementale...La conclusion...bien sûr, va en faveur du promoteur...c'était écrit d'avance...Mais si la ministre canadian de l'environnement et du changement climatique (sic) a des ..réticences ajoute-t-on .....(fable de : l'âne,le bâton et la carotte) bla,bla,bla...

    • Denis Carrier - Abonné 16 novembre 2018 15 h 01

      Parce que le Grand nord est gelé une bonne partie de l'année, Passer par la hauteur des terres (en 'Abititibi) a quatre avantages: 1) sur la terre ferme, la sortie vers l'Europe (vers l'EST) est possible 365 jours par an. 2) Étant sur le partage des eaux (Abitibi signifie partage des eaux) il n'y a aucun cours d'eau important à traverser (ni Outaouais, ni St-Laurent). 3) Le prologement du pipeline est déjà acquis de la frontière avec l'Ontario jusqu'à Val d'Or. À l'est de Val d'Or il n'y a pratiquement que de la forêt. Et les épinettes, ça ne s'oppose pas beaucoup aux pétrolières. Ça meurt silencieusement et 4) C'est le chemin le plus court,

  • Denis Paquette - Abonné 16 novembre 2018 06 h 05

    faut il endurer ces prédateurs de hauts niveaux

    sommes nous suffisamment serviles pour que des multinationales soient près a utiliser le QuÉbec comme fournisseurs de services,quittee a en détruire une parti du territoire , utiliser le Saguenay Lac st Jean comme acces au monde, quel sans gêne , allons nous un jour calmé Louis Bergeron qui ne rêve un jour que de devenir notre super commis de service , sommes pres a nous détruire notre pays pour ce prédateur de haut niveau , ne sommes nous pas suffisamment engagés. sur cette voie, n'est ce pas tout le Québec qui est mis a risque

  • Bruno Detuncq - Abonné 16 novembre 2018 06 h 41

    La désinformation toujours à l’œuvre

    M. Bergeron dit avoir bon espoir que « les discussions soient basées les faits et la science », mais il ne lit la science qu’à travers la science inexacte de l’économie, et c’est là que ça dérape. La science physique a démontré très clairement que le gaz de schiste est aussi nuisible pour l’environnement que le charbon, que ce soit pour le climat ou les nappes phréatiques. De plus, liquéfier du gaz naturel demande beaucoup d’énergie, et l’hydroélectricité ne doit pas servir à produire plus de GES par l’intermédiaire de ce procédé. C’est un non-sens. Il y a beaucoup mieux à faire que cela. Autre problème de ce projet, une fois le gazoduc terminé, très peu d’emplois seront offerts au Québec, mais il nous restera tous les dangers d’une route maritime très complexe, car il ne faut pas oublier que tous ces gros bateaux passeront par le Saguenay, mais après circuleront sur le fleuve Saint-Laurent 12 mois par année.
    Bruno Detuncq, citoyen