La porte du gaz de schiste est bien fermée, affirme François Legault

Une dizaine d’entreprises détiennent actuellement un total d’environ 13 000 km² de permis d’exploration dans le sud de la province. En photo, un puits de la compagnie albertaine Talisman, à Saint-Édouard-de-Lotbinière.
Photo: Yan Doublet Le Devoir Une dizaine d’entreprises détiennent actuellement un total d’environ 13 000 km² de permis d’exploration dans le sud de la province. En photo, un puits de la compagnie albertaine Talisman, à Saint-Édouard-de-Lotbinière.

Même si l’industrie gazière souhaite relancer la filière du gaz de schiste au Québec, au point de poursuivre le gouvernement pour faire lever l’interdiction de fracturation, la porte est bel et bien fermée, a soutenu mercredi le premier ministre François Legault.

« Nous ne sommes pas ouverts au gaz de schiste », a-t-il fait valoir en réponse à une question du Devoir, en marge d’une allocution prononcée à la tribune de la Fédération québécoise des municipalités.

« Nous sommes ouverts à regarder des projets en tenant compte des impacts sur l’environnement, mais nous ne sommes pas ouverts aux projets de gaz de schiste au Québec », a ajouté le chef caquiste.

En campagne électorale, la Coalition Avenir Québec (CAQ) avait fait disparaître le mot « gaz de schiste » de son programme, imputant toutefois ce changement à une refonte de son site Web prévue depuis longtemps.

Par la suite, la CAQ a cependant fait valoir qu’il n’était pas question de fermer la porte à l’exploitation des énergies fossiles au Québec, y compris dans les cours d’eau. Le programme précisait aussi qu’un gouvernement caquiste « interdira l’utilisation de la fracturation hydraulique pour l’exploitation des hydrocarbures dans les secteurs où il y a une forte densité de population ou une absence d’acceptabilité sociale ».

Le parti qui dirige aujourd’hui le gouvernement a donc fait valoir qu’il maintiendrait la possibilité de recourir à la fracturation. Des projets recourant à cette technique controversée pourraient notamment être développés dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Une telle option a d’ailleurs été évoquée plus tôt cette année par l’entreprise Pieridae (qui a racheté Pétrolia) en territoire gaspésien.

Action en justice

L’industrie gazière, qui détient toujours 13 000 km2 de permis d’exploration dans les régions propices au développement de projets de gaz de schiste, n’entend toutefois pas renoncer au développement de cette filière dans la vallée du Saint-Laurent, malgré la position du gouvernement Legault.

L’entreprise albertaine Questerre vient d’ailleurs de lancer une action en justice contre le gouvernement pour faire reconnaître son droit de mener des forages avec fracturation « dans le schiste », une activité interdite en vertu des règlements mis en place par l’ancien gouvernement libéral.

Selon les documents déposés en Cour supérieure, ce geste du gouvernement équivaut à une « expropriation déguisée » de toutes les entreprises qui détiennent des permis dans les basses terres du Saint-Laurent. Outre Questerre, on compte notamment Repsol Oil Gas Canada (filiale d’une entreprise espagnole), Suncor, Gastem et Altai Resources. Les permis sont détenus en majorité par des entreprises de l’extérieur du Québec, depuis le rachat de Junex par l’albertaine Cuda Energy.

L’entreprise de Calgary plaide aussi pour la relance de la filière du gaz de schiste au Québec. Dans le cadre d’un mandat de lobbying inscrit au registre québécois, Questerre entend promouvoir le lancement de « projets pilotes » d’exploitation de gaz naturel dans les municipalités désireuses d’« accueillir des projets et qui auront atteint l’acceptabilité locale de leurs autorités et leurs citoyens ».

Les régions de Lotbinière et de Bécancour pourraient être ciblées pour ces projets gaziers, dits de « gaz propre ».