Le Canada est toujours très loin des objectifs de l’Accord de Paris

Individuellement, les Canadiens, très dépendants des énergies fossiles, sont aussi de très gros émetteurs de GES, avec une moyenne annuelle de 22 tonnes par habitant.
Photo: Nathan Denette Archives La Presse canadienne Individuellement, les Canadiens, très dépendants des énergies fossiles, sont aussi de très gros émetteurs de GES, avec une moyenne annuelle de 22 tonnes par habitant.

Si le monde s’alignait sur les objectifs de réduction de gaz à effet de serre du Canada, la planète se dirigerait vers un véritable naufrage climatique, conclut un nouveau rapport de Climate Transparency portant sur les engagements des pays du G20. Ottawa est toutefois en voie de rater complètement ses objectifs, pourtant insuffisants pour éviter le pire.

Le rapport de Climate Transparency, publié à deux semaines du sommet du G20, en Argentine, révèle ainsi que les engagements climatiques du gouvernement Trudeau devront être revus en profondeur si Ottawa espère respecter les objectifs de l’Accord de Paris.

À l’heure actuelle, si le monde s’alignait sur le plan climatique fédéral, le réchauffement global atteindrait de 3 °C à 4 °C au cours des prochaines décennies. L’Accord de Paris mise sur un bouleversement du climat limité à 1,5 °C, ou 2 °C, pour éviter les pires impacts pour l’humanité.

Le rapport publié mercredi par Climate Transparency, un regroupement international d’experts et d’organismes voué à « stimuler » l’action climatique, souligne cependant que le Canada « est en voie de rater » les cibles inscrites dans le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques, malgré les plans de tarification du carbone et la fermeture des centrales au charbon.

Objectif 2030

Ottawa a fixé un objectif de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030, soit un recul de 30 % par rapport à 2005. Il s’agit du même objectif que celui qui était mis en avant par l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Dans les documents officiels déposés aux Nations unies, le fédéral reconnaissait plus tôt cette année que sa cible pour 2030 sera difficile à atteindre, notamment en raison de la croissance du secteur pétrolier et gazier. La production pétrolière au pays doit en effet continuer de croître, pour atteindre une production quotidienne de près de six millions de barils en 2030. La forte majorité de ce pétrole proviendra des sables bitumineux, à raison de 4,2 millions de barils par jour.

Ainsi, dans 12 ans, les émissions canadiennes annuelles, qui atteignent aujourd’hui environ 700 millions de tonnes, pourraient s’élever à 583 millions de tonnes, alors que le gouvernement devrait les ramener à 517 millions de tonnes pour respecter sa cible.

Qui plus est, le fédéral fait face à une contestation de plus en plus forte de son plan de taxe carbone de la part de l’Ontario, du Manitoba et de la Saskatchewan, en plus de l’opposition conservatrice à Ottawa.

Canadiens pollueurs

Individuellement, les Canadiens, très dépendants des énergies fossiles, sont aussi de très gros émetteurs de gaz à effet de serre, avec une moyenne annuelle de 22 tonnes par habitant.

Dans le seul secteur des transports, les émissions s’élèvent à 4,8 tonnes par habitant. Après ceux des États-Unis, ces résultats sont les plus élevés parmi les pays du G20. On compte 699 véhicules par 1000 habitants au pays, et les voitures électriques représentent à peine 1,1 % du total des véhicules. Le fédéral a promis de présenter une stratégie nationale d’électrification des transports d’ici la fin de l’année.

Le rapport de Climate Transparency chiffre par ailleurs à 2,1 milliards de dollars le montant offert chaque année en « subventions » aux énergies fossiles par le gouvernement fédéral. Justin Trudeau, qui s’était engagé en campagne électorale à mettre un terme à ces subventions, a en outre « racheté » le pipeline Trans Mountain, « un recul » selon l’organisme.

Globalement, les efforts des pays du G20 sont nettement insuffisants pour lutter efficacement contre les changements climatiques. Les objectifs fixés par les différents États membres conduisent le monde sur une trajectoire de réchauffement de 3,2 °C, et aucun pays du G20 ne s’est fixé une cible qui s’inscrive dans la lignée de ce qui est nécessaire pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris.