400 personnalités québécoises lancent un «Pacte» pour lutter contre les changements climatiques

«Je suis arrière-grand-mère de cinq petites filles, et je n’ai pas le droit de ne pas faire quelque chose pour que leurs enfants puissent respirer l’air et boire de l’eau», a indiqué Janette Bertrand.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Je suis arrière-grand-mère de cinq petites filles, et je n’ai pas le droit de ne pas faire quelque chose pour que leurs enfants puissent respirer l’air et boire de l’eau», a indiqué Janette Bertrand.

Ils disent vouloir sortir du cynisme et du désespoir que peut susciter le naufrage climatique annoncé par la science. Près de 400 personnalités publiques, artistes et scientifiques du Québec ont lancé mercredi le « Pacte pour la transition », une initiative pour inciter les citoyens à réduire leur empreinte environnementale et pour presser les gouvernements à agir de façon ambitieuse contre les changements climatiques.

« L’urgence de la situation exige une mobilisation sans précédent et de vigoureuses actions collectives pour protéger le monde dans lequel nous vivons, l’eau, l’air, les sols qui nous nourrissent, nous et nos enfants. La science nous dit aussi qu’il est technologiquement, humainement et économiquement possible de limiter le réchauffement de la planète. La solution passe par la volonté politique. Nous voulons passer de la parole aux actes », peut-on lire dans ce document, lancé mercredi au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal.

En plus de souligner le besoin de dépasser les « divergences politiques », les quelque 400 personnalités qui avaient signé ce « Pacte » avant son lancement officiel affirment que « le Québec de demain passe par une transition écologique de notre économie, notamment par une transition énergétique juste qui fera un meilleur usage de notre savoir-faire, de nos ressources communes et de nos énergies renouvelables ».

Parmi les signataires, on retrouve notamment Guy Laliberté, Yvon Deschamps, Marc Labrèche, Robert Lepage, Pénélope McQuade, Guy A Lepage, Hubert Reeves, Louis-Jean Cormier, Xavier Dolan, Monique Giroux, Paule Baillargeon, Richard Séguin, Carole Laure, François Pérusse, Jean Lemire, Anne-Élisabeth Bossé, Vincent Vallières, Denys Arcand, Geneviève Borne, Mario Pelchat, André Robitaille, France Castel, Jean-Michel Anctil, Fabien Cloutier, Luc Langevin, Diane Dufresne et Daniel Bélanger.

Je suis convaincu que les enjeux environnementaux préoccupent une majorité de Québécois

 

« De Laure Waridel à Guy Laliberté, disons qu’on ratisse déjà très large. Il y a clairement un besoin de passer de la parole aux actes. Je sens aussi que le sentiment d’urgence est plus largement partagé et je suis convaincu que les enjeux environnementaux préoccupent une majorité de Québécois », souligne le metteur en scène Dominic Champagne, instigateur de cette initiative, en entrevue au Devoir.

« Je suis arrière-grand-mère de cinq petites filles, et je n’ai pas le droit de ne pas faire quelque chose pour que leurs enfants puissent respirer l’air et boire de l’eau. Je crois qu’il faut faire quelque chose, je crois que c’est urgent, et je vais le faire », laisse tomber Janette Bertrand, présente au lancement mercredi.

« Nous sommes tous dans la contradiction, comme moi, qui fait de la publicité pour des voitures. Mais on peut aussi tous poser des gestes concrets pour envoyer un message clair aux décideurs politiques et aux grandes entreprises », explique pour sa part l’acteur Guillaume Lemay-Thivierge.

« S’il existe un enjeu qui peut rassembler les gens, c’est bien celui de l’environnement. On ne parle pas de séparatisme, de langue ou de religion. On parle d’une planète dont nous sommes tous citoyens. Et personne ne veut détruire l’environnement. Je ne vois donc pas pourquoi on ne parviendrait pas à se rassembler autour des questions environnementales », ajoute l’actrice et dramaturge Christine Beaulieu.

Un engagement

Les gens qui ont signé et qui signeront le document s’engagent formellement à agir pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) en posant des gestes concrets, précise M. Champagne, qui dit espérer atteindre « un million de signatures ». Les signataires doivent donc tenter de réduire leur consommation de pétrole « partout où c’est possible », en réduisant l’utilisation de la voiture, notamment en favorisant le covoiturage, le transport collectif et le transport actif.

Au Québec, selon les plus récentes données disponibles sur les émissions de GES, le secteur des transports compte à lui seul pour plus de 40 % du bilan de la province. Selon le bilan mi-parcours du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques, il y a d’ailleurs « urgence d’agir » dans les transports pour espérer atteindre les objectifs de réduction de GES du plan climatique gouvernemental.

Les citoyens qui signent le « Pacte pour la transition » s’engagent en outre, entre autres, à « amorcer une démarche sérieuse » de désinvestissement de leurs épargnes « du secteur des énergies fossiles », à réduire leur « production de déchets », leur « consommation de plastique » et leur consommation de viande.

« Tout le monde peut faire son effort, à la hauteur de ses moyens. Et on ne veut pas seulement pointer du doigt le gouvernement. Il y a aussi une responsabilité individuelle. On se demande donc : qu’est-ce qu’on peut faire dès maintenant, tout en appelant à de grandes transformations dans notre société ? On peut réduire, par exemple, notre consommation de viande. Et on peut choisir de faire du covoiturage. Donc, posons des gestes », explique Dominic Champagne.

« Il ne s’agit pas de se poser en purs et durs. Il ne s’agit pas de faire la morale. Il s’agit de dire que nous avons un virage à prendre et que nous devons le prendre. Et nous allons faire des gestes individuels pour réduire notre empreinte environnementale », ajoute-t-il aux artistes et personnalités réunis à son initiative.

Volonté politique

Il précise que ces gestes, aussi louables soient-ils, ne seront pas suffisants pour éviter les pires effets des bouleversements du climat planétaire. « Il faut aussi des politiques publiques qui soient à la hauteur des exigences de cette crise, mais également du potentiel du Québec », insiste celui qui dit vouloir se consacrer pleinement à ce nouveau « mouvement », ayant même renoncé à certains projets professionnels importants.

Le document publié mercredi appelle donc les élus à Québec et à Ottawa à mettre en oeuvre des politiques et des lois qui s’inscrivent dans « le respect de nos engagements climatiques », à adopter un « plan » qui permette d’atteindre les objectifs de réduction de GES, mais surtout à respecter les cibles de l’Accord de Paris sur le climat.

Pour espérer respecter cette entente climatique signée en 2015 par 195 États, il faudrait réduire les émissions de GES de 40 à 70 % d’ici 2050 (et les faire disparaître en 2100) pour espérer rester sous un réchauffement de 2 °C, et les baisser de 70 à 95 % pour rester sous un réchauffement de 1,5 °C, selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

Appel à la CAQ

Or, un tel objectif ne pourra être atteint au Québec que si toutes les décisions gouvernementales sont prises à la lumière d’un véritable « test climat ». « Il faut que les directives du bureau du premier ministre envoyées à l’ensemble des ministères tiennent compte des enjeux de la transition énergétique. Ça me semble être le gros bon sens, et je crois que François Legault peut comprendre le gros bon sens », fait valoir Dominic Champagne.

Le document plaide directement pour la fin de toute exploration pétrolière et gazière sur le territoire québécois, pour une refonte de nos politiques d’aménagement du territoire et pour une meilleure protection des écosystèmes naturels de la province, notamment les forêts.

« François Legault a admis qu’il avait du travail à faire en matière d’environnement. Il semble avoir entendu le message, mais nous allons nourrir le message, parce que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a le pouvoir d’agir pour les quatre prochaines années. Il faut donc utiliser cette fenêtre d’opportunité. Avec la force du nombre, nous sommes persuadés qu’ensemble, nous pouvons renverser la vapeur, pour la suite du monde. »

En fin de journée mercredi, près de 14 000 personnes avaient déjà signé le « Pacte » disponible en ligne.

En réponse au lancement de cette initiative, la nouvelle ministre de l’Environnement du Québec, MarieChantal Chassé s’est dite à l’écoute des citoyens. «La ministre entend et partage les inquiétudes de la population relativement aux enjeux découlant des changements climatiques. Nous voulons toutefois nous assurer que les gestes posés sont les bons et que les sommes consacrées à la lutte aux changements climatiques sont dépensées de façon à atteindre les cibles de réduction de GES de la façon plus efficace possible», a affirmé son attachée de presse, Marie-Julie Couturier, par courriel.

16 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 8 novembre 2018 05 h 03

    GOUVERNEMENT CAQUISTE ÉLU...

    ... où était ces personnes lors des élections de ce gouvernement qui n'a pris aucun engagement environnemental?

    • Gilbert Turp - Abonné 8 novembre 2018 11 h 44

      Nous n'en sommes plus à nous chicaner, mais à nous rassembler.
      Au-delà de la façon dont chacun a voté, madame Paradis, nous avons l'espoir en signant ce pacte d'inciter François Legault à saisir l'occasion unique de démontrer un leadership assumé et d'acquérir un véritable statut de chef d'État.
      Avec une réelle prise de conscience de l'urgence de la situation et de la nécessité d'opérer la transition, monsieur Legault peut s'il le désire passer à l'histoire comme un premier ministre digne de ce nom.
      Qui sait si monsieur Legault n'a pas envie d'être un de ces quelques chefs d'État qui ont laissé au Québec en héritage des gestes de portée historique.

  • Pierre Samuel - Abonné 8 novembre 2018 06 h 31

    Chapeau bas !

    Mille fois bravo ! Preuve éclatante pour certains, que même les créateurs et artistes parmi les plus privilégiés d'entre eux tels les "millionnaires" Mme Janette Bertrand, Yvon Deschamps, Dominic Champagne et cie. possèdent une véritable conscience écologique en dépit de la mesquinerie dont ils sont fréquemment victimes de la part d'envieux de tout acabit !

  • Marianne Roy - Abonnée 8 novembre 2018 07 h 54

    Excélente initiative

    Il me semble que cet article aurait dû se retrouver à la page une vu l 'importance de la lutte contre les changements climatiques. De plus, je trouve que c'est une erreur grave de la part des médias québécois et canadiens de mettre Trump soit à la une, soit en première place des infos à la radio et à la télévésion. On en a marre!
    Finalement, il me semble que sur la photo du Devoir sur cette initiative on voit le Grand Chef Guislain Picard, pourquoi n 'a-t-on pas souligner cette présence importance?

  • Marianne Roy - Abonnée 8 novembre 2018 08 h 06

    Où signer ?

    J'ai cherché partout et n'arrive pas à touver un site qui nous permet de signer

    • Pierre Samuel - Abonné 8 novembre 2018 15 h 48

      @ Mme Roy :

      Le Mouvement se nomme < Pacte de transition > et vous signez à : lepacte.ca

      Salutations cordiales !

    • Pierre Raymond - Abonné 9 novembre 2018 09 h 58

      Monsieur Samuel vous êtes plus vite que moi car moi non plus je ne trouvais pas « où signer ». Merci.

  • Diane Éthier - Abonnée 8 novembre 2018 08 h 38

    Comment signer le pacte ?

    L'article ne fournit aucun hyperlien permettant à toutes les personnes désireuses de le faire de signer le pacte pour la transition.

    Merci au Devoir de nous fournir cette information le plus tôt possible.

    Diane Ethier