Hydro-Québec monte en épingle les limites de l'éolien

Hydro-Québec a soutenu hier devant la Régie de l'énergie que l'arrêt des éoliennes de régions entières par très grands froids pouvait menacer la fiabilité du réseau de transport à haute tension au moment où la demande en électricité atteint ses sommets annuels.

La société d'État a étayé ses dires avec un rapport récent de Manitoba Hydro auquel a participé la société Hélimax. C'est cette société spécialisée qui a récemment divulgué une étude du potentiel éolien au sud du 53e parallèle à la requête des groupes environnementaux.

Mais Richard Legault, porte-parole d'Hélimax, a démontré hier dans une entrevue accordée au Devoir que les craintes d'Hydro-Québec posent un problème marginal et qu'il serait facile de les circonscrire.

L'audience d'hier sur le Suroît et les filières alternatives a permis d'entendre Hydro-Québec TransÉnergie (HQT), responsable du transport à haute tension vers les centres de distribution ou les acheteurs américains. À plusieurs reprises, les porte-parole de la société d'État ont expliqué les failles, les faiblesses, les handicaps et les coûts supplémentaires qu'occasionnerait selon eux le recours à l'énergie éolienne. Cette attitude a intrigué un régisseur qui, peu avant la pause du dîner, devait déclarer avoir l'impression, à entendre Hydro-Québec, «que tout est positif pour le Suroît et que tout est négatif pour l'éolien». Hydro-Québec TransÉnergie a voulu rehausser sa crédibilité en affirmant plus tard que, pour elle, toutes les filières sont sur le même pied mais qu'on se sentait obligé, chez HQT, de signaler à la commission les contingences propres à l'éolien.

HQT craint de perdre d'un coup, par exemple, les 1000 MW prévus pour la Gaspésie en période de grands froids, ce qui pourrait déséquilibrer la gestion de son réseau. Le document de Manitoba Hydro confirme en effet que la plupart des éoliennes actuellement vendues par les grands turbiniers s'arrêtent à -30 °C mais peuvent structurellement résister à des températures de -40 °C. HQT a finalement reconnu qu'en effet, des centaines, voire des milliers de machines ne s'arrêteront pas toutes ensemble, ce qui réduit d'une part la perte de livraisons éoliennes. Dans le monde, on considère généralement que 25 % de la puissance éolienne installée produit en tout temps si les parcs sont bien répartis.

Une chasse aux sorcières

Richard Legault, d'Hélimax, a réagi en parlant de «chasse aux sorcières devant des arguments aussi faibles». Hier, il a fourni au Devoir des statistiques démontrant qu'en dix ans (1994-2003), sur plus de 75 000 relevés horaires par les météorologues (presque un par heure en continu), la température était descendue sous -30 °C pendant quatre heures en Gaspésie (0,005 % du temps), pendant cinq heures à Sept-Îles (0,01 %), pendant 82 heures à Natashquan (0,1 %) et pendant 786 heures au lac Éon, près de la frontière du Labrador, soit 1,3 % du temps. Mais si on fait le relevé des températures sous - 40 °C au lac Éon, elles ne représentent que 63 heures en dix ans, soit 0,1 % du temps.

«On ne conçoit pas des machines pour aussi peu, dit-il. Les humains, eux, ressentent le facteur éolien, qui fait descendre la température plus souvent à ces très bas niveaux. Mais les machines ne réagissent qu'à la température réelle, a expliqué M. Legault. Ce n'est même pas un défi technologique que d'isoler davantage les éoliennes. Cela ne se fait pas présentement parce que ce serait trop cher pour le peu de cas où cela est requis. Mais si Hydro-Québec investissait vraiment dans cette filière et en faisait un critère de conception, cette question serait facilement réglée. On ne peut même pas dire que c'est un problème.»