Manger moins de viande pour lutter contre les changements climatiques?

La production mondiale de viande a été multipliée par quatre depuis cinquante ans, passant de 75 millions de tonnes à plus de 300 millions de tonnes.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne La production mondiale de viande a été multipliée par quatre depuis cinquante ans, passant de 75 millions de tonnes à plus de 300 millions de tonnes.

La lutte contre les changements climatiques passe inévitablement par un changement majeur de notre régime alimentaire. Cela implique surtout de réduire substantiellement notre consommation de viande, conclut une nouvelle étude publiée mercredi dans le magazine scientifique Nature (en anglais).

Selon les constats de cette étude qui analyse la croissance de la demande alimentaire dans un contexte d’augmentation de la population mondiale, le passage à une diète « flexitarienne » serait nécessaire afin notamment de réduire les importantes émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à la production de viande.

En clair, les chercheurs suggèrent un virage vers un régime quotidien davantage « à base de plantes ». En moyenne, les habitants de planète devraient ainsi réduire de près de 75 % leur consommation de viande rouge. Pour les Canadiens, ce recul serait davantage de l’ordre de 85 %, en tenant pour acquis un passage à un seul repas à base de viande par semaine.

L’étude évoque aussi le besoin de réduire notre consommation de viande blanche (comme le poulet) et de produits laitiers. Mais les chercheurs précisent qu’il faut en contrepartie ajouter au menu davantage de légumes, de noix et de végétaux.

Production en hausse

La production mondiale de viande a été multipliée par quatre depuis cinquante ans, passant de 75 millions de tonnes à plus de 300 millions de tonnes. Résultat : un citoyen issu d’un pays industrialisé consomme aujourd’hui 76 kg de viande par année (167 lb), contre 43 kg en moyenne dans le monde.

Les émissions de GES du secteur agricole dépassent quant à elles les 5,5 milliards de tonnes à l’échelle planétaire (huit fois les émissions totales du Canada).

Si la trajectoire actuelle se maintient, les émissions devraient augmenter de plus de 30 % d’ici 2050, alors que le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) plaide pour des émissions mondiales de CO2 de « zéro » d’ici trente ans.

En matière de réduction d’émissions de GES, le fait de diminuer l’apport de produits d’origine animale serait donc d’autant bénéfique pour le climat que cette production est responsable à elle seule de 72 à 78 % de toutes les émissions de GES du secteur agricole mondial, selon les données présentées dans l’étude.

À titre d’exemple, la production d’un seul kilogramme de boeuf génère 32,5 kg de CO2. Pour l’agneau, on évalue le bilan à 33 kg par kilogramme produit, et à 2,9 kg pour le porc. A contrario, le bilan est de 0,1 kg pour le soya, 0,06 kg en moyenne pour les légumes, 0,7 kg pour les noix et 1,18 pour le riz.

Déforestation

En plus des émissions de GES, les produits d’origine animale monopolisent d’importantes superficies de terres cultivables, pour une moyenne de quatre à six mètres carrés pour chaque kilogramme de boeuf, de poulet, d’agneau ou de porc. Or, les nouvelles terres agricoles sont bien rendues disponibles en recourant à la déforestation. En Amazonie, par exemple, près de 75 % des vastes régions naturelles perdues l’ont été au profit de la production de viande ou des céréales nécessaires pour nourrir les animaux.

Qui plus est, ces terres agricoles risquent de reculer, voire de devenir impropres à l’agriculture dans plusieurs régions du monde, en raison des bouleversements climatiques, selon ce qui se dégage du plus récent rapport du GIEC. Le rapport souligne d’ailleurs le besoin de revoir notre diète, afin de se tourner collectivement vers un régime alimentaire moins « intensif » du point de vue d’utilisation de ressources et d’énergie.

Il faut dire que la population mondiale pourrait atteindre neuf milliards d’individus en 2050, et continuer de croître par la suite. Une situation qui, sans changement, ferait grimper l’ensemble des impacts environnementaux du « système agricole » de 50 à 90 %. Selon Marco Springmann, chercheur à l’Université Oxford et superviseur de l’étude publiée dans Nature, il est donc urgent de changer nos pratiques agricoles et notre régime alimentaire.

« Nourrir une population mondiale de 10 milliards de personnes est possible, mais seulement si nous modifions la façon dont nous produisons la nourriture et la façon dont nous la consommons », précise pour sa part le professeur Johan Rockström, chercheur au Potsdam Institute for Climate Impact Research, coauteur de l’étude, cité dans le quotidien The Guardian.

Tant cette nouvelle étude que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture plaident par ailleurs pour une réduction du gaspillage alimentaire. À l’heure actuelle, 30 % de toute la production planétaire se retrouve à la poubelle. La FAO estime qu’en éliminant ce gaspillage, qui équivaut à 1,3 milliard de tonnes chaque année, il serait possible de régler une partie des problèmes de faim dans le monde.

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