Peu de pétrole en Gaspésie

Pour transporter le pétrole de la Gaspésie jusqu’aux raffineurs, Junex a par ailleurs prévu de recourir au transport routier, selon ce qui se dégage des documents.
Photo: Thierry Haroun Le Devoir Pour transporter le pétrole de la Gaspésie jusqu’aux raffineurs, Junex a par ailleurs prévu de recourir au transport routier, selon ce qui se dégage des documents.

Le potentiel pétrolier du projet Galt, situé en Gaspésie, serait beaucoup plus faible que ce qui a été jusqu’ici avancé par ses promoteurs et relayé dans les médias. Il pourrait même se résumer à quelques milliers de barils, selon ce qui se dégage de documents déposés par Junex au gouvernement du Québec, au moment de demander le premier bail d’exploitation d’or noir de la province.

Les documents en question, obtenus par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) en vertu de la loi d’accès à l’information, ont été transmis au Devoir par l’organisme, qui a produit une « note socio-économique » sur le sujet qui sera publiée mercredi.

Selon ce que précise Junex — désormais contrôlée par l’entreprise albertaine Cuda Energy — dans ces documents datés de 2016 et de 2017, la portion du gisement Galt qu’elle contrôle contiendrait des réserves « prouvées » de 20 000 barils, mais aussi des réserves « probables » de 3000 barils. Au total, selon des informations inscrites dans un rapport officiel produit cette année et disponible sur Sedar, tout le secteur Galt renfermerait des réserves prouvées et probables de 161 000 barils.

Quant aux « réserves de pétrole éventuelles récupérables », elles sont évaluées à 8,1 millions de barils. Mais, précise un document déposé en soutien de la « demande de bail d’exploitation », « il n’y a pas de certitude [indiquant] qu’il sera viable de produire commercialement aucune des ressources éventuelles ».

Dans tous les cas, ces évaluations sont nettement moins importantes que les « potentiels » évoqués au fil des ans par Junex, et repris par les médias du Québec. Selon les différents chiffres avancés, le sous-sol de la région aurait pu renfermer de 20 millions à 557 millions de barils de pétrole brut.

40 ans

Selon le chercheur de l’IRIS Bertrand Schepper, la production pétrolière « la plus optimiste » pour le projet Galt, situé à l’ouest de Gaspé, avoisinerait plutôt les deux millions de barils. Pour arriver à ce chiffre, il se base sur l’« évaluation économique » produite en vue de la demande de bail de production.

15,3 millions
Les retombées économiques possibles pour le Québec sur une période de 40 ans

Celle-ci porte sur la « phase 1 », soit la mise en production de quatre puits déjà existants, mais dont un seul a permis d’extraire un volume de pétrole « significatif », soit Galt no 4. Junex y précise un « scénario de production » étalé sur 40 ans, qui permettrait d’extraire 367 179 barils, soit 9180 barils par année en moyenne. En supposant que les phases deux et trois suivent, comme le souhaite l’entreprise, et que plus de 30 puits soient forés, la production pourrait alors avoisiner les deux millions de barils sur quatre décennies, calcule M. Schepper.

Selon les prévisions élaborées pour la seule « phase 1 », Junex évalue les redevances pour le gouvernement à 2,2 millions de dollars sur 40 ans, et les « revenus » pour l’État à 8,3 millions. Quant aux « retombées économiques » pour le Québec, elles sont estimées à 15,3 millions.

Ainsi, non seulement les prévisions de potentiel pétrolier sont « maigres par rapport à la consommation québécoise », mais les retombées économiques seraient « marginales » pour la province, conclut l’IRIS.

L’organisme rappelle aussi que l’État a soutenu financièrement l’entreprise, notamment en versant une compensation de 5,5 millions pour l’abandon de ses permis sur Anticosti. Ressources Québec a également injecté quelques millions de dollars dans le projet Galt. « L’exploitation pétrolière n’est pas financièrement rentable, en plus d’être risquée pour l’environnement. Le gouvernement ne devrait subventionner cette industrie d’aucune manière », estime Bertrand Schepper.

Pour transporter le pétrole de la Gaspésie jusqu’aux raffineurs, Junex a par ailleurs prévu de recourir au transport routier, selon ce qui se dégage des documents. Quant au gaz naturel produit avec le pétrole, il pourrait être directement brûlé sur place.

Le bail d’exploitation n’a toujours pas été accordé pour le projet Galt. Où en est la demande ? Le gouvernement n’a pas répondu aux questions du Devoir mardi. Junex n’a pas non plus répondu à nos questions.

4 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 19 septembre 2018 06 h 13

    «Peu de pétrole en Gaspésie»

    Bah! Pas besoin de pétrole pour faire du fric !

    Ainsi, après avoir financé l'exploration et dédommagé la non-exploitation du non-pétrole sur l'île Anticosti et après avoir en Gaspésie subventionné la pétrolière, cette dernière pour le non-pétrole gaspésien va être dûment (sic) compensée par la Belle province.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 septembre 2018 11 h 52

      Ce n'est pas la non-exploitation qui a été dédommagée, c'est l'arrête des travaux de recherche qui étaient en cour par un changement de cap de la règlementation et surtout des positions et humeur personnel de Philippe Couillard qui a agit comme on le fait les républiques de banane... Le dédommagement est venu atténué cette image de gouvernance selon l'humeur du roi !

      Il y a assurément du pétrole sur Anticosti. Et les travaux qui devaient poser un jalon sur les connaissances nécessaires pour savoir s'il est exploitable ont été stopper en mode urgence en profitant du prix de l'instant particulièrement bas sur les marchés pour surtout pas prendre le risque d'avoir des donnés probantes qui pourraient ouvrir le chemin d'une production québécoise.

      Bref les "antis production" nous ont collectivement callé dans l'ignorance du potentiel de nos propres ressources.
      Ce discours anti production, qui se targue d'être écolo, est en fait une position du type pas-dans-ma-cour qui a tout a voir avec le snobisme qui prévôt de façon générale envers les activités industrielles et les tâches terre-à-terre et manuel. Dans les faits la non-production au Québec ne change rien de rien au niveau des émissions de GES dont on est responsable par nos façons de vivre.

      Il y a donc un travail inachevé qu'il faudra bien faire un jour ou l'autre puisque qu'il est plus que certain que l'on va continuer a en consommer en masse du pétrole dans le siècle a venir.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 20 septembre 2018 09 h 28

    «Il y a assurément du pétrole sur Anticosti» (Jean-Yves Arès)

    Selon moi, il importe d'abord de distinguer l'exploitation traditionnelle d'une nappe pétrolifère d'avec celle du pétrole de schiste par fracturation.

    Ensuite, à mon humble avis le géologue Marc Durand, pour ne nommer que celui-là, a démontré que les dizaines de milliards (sic) de barils de pétrole de schiste ne gisent non pas dans le sous-sol de l'île d'Anticosti mais plutôt dans l'imaginaire des spéculateurs qui se sont ingéniés à empocher de l'argent (public) sans réaliser de forages.

    Ainsi, en présentant la géologie d'Anticosti et en expliquant ce qu'est l'extraction du gaz et du pétrole de schiste par fracturation hydraulique de la roche-mère, il fut démontré qu'en l'occurrence l'exploitation ne recelait aucune rentabilité économique ; sans même considérer les risques environnementaux, le projet n'est financièrement pas viable.

    Seulement, certains y ont trouvé leur compte en misant sur la spéculation.

    En résumé, l'État s'était préalablement départi à bas prix de ses titres d'exploitation au profit du privé, pour ensuite racheter à prix élevé une partie de ces mêmes titres.

    Aussi, par le biais de l'annonce de la création de la société «Hydrocarbures Anticosti» et de l'hypothèse d'un revenu de 45 milliards de dollars (sic) pour l’État, l'exploitation pétrolifère d'Anticosti assurait le volet économique de la campagne électorale de 2014 de Pauline Marois.

    Finalement, en vertu des ententes contractuelles entre l'État et le promoteur privé, le gouvernement Couillard a payé pour du pétrole extrait de la tête des spéculateurs.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 20 septembre 2018 11 h 39

      ""en présentant la géologie d'Anticosti et en expliquant ce qu'est l'extraction du gaz et du pétrole de schiste par fracturation hydraulique de la roche-mère, il fut démontré qu'en l'occurrence l'exploitation ne recelait aucune rentabilité économique ; sans même considérer les risques environnementaux, le projet n'est financièrement pas viable.""

      Avant de déterminer une rentabilité économique il faut des testes d'extraction. C'est ce qui se faisait au moment ou Couillard a virer son capot. Sans des essais d'extraction on ne peut pas faire de projection de rentabilité puisqu'on ne connait le taux d'extraction, qui est un taux qui peut varier beaucoup selon la nature du sol et la méthode utilisée.

      Pour le catastrophisme bien entrenu au sujet de la fracturation nos voisins du sud le pratique a si grande échelle qu'ils ont redénit le marché, ainsi que les expectatives des réserves mondiale.
      On ajoute a cela qu'en paralle le pétrole que l'on consomme au Québec provient maintenant pour la moitié des É-U, et donc en grande partie obtenu par fracturation.

      Et les milles malheurs annoncés avec ce type d'extraction reste toujours dans le domaine des légendes, et ce n'est surment pas parce que nos voisins américain n'aiment pas les drames, ou n'aiment les recours en justice...

      ""du pétrole extrait de la tête des spéculateurs""

      Faire de la recherche de pétrole exploitable comporte toujours un niveau de risque élevé. Et l'évaluation des réserves d'un site exploitable, ainsi que les réserves exactes du site est toujours un bon niveau d'imprécision.
      C'est d'ailleurs pour cause du niveau de risque élevé que les investisseurs n'ont pas besoin de voir si ajouter les humeurs étatiques qui changent au grès du jour selon les scénarios catastrophes en vogue dans les médias.