Affrontement politique sur la chasse à la baleine

Un moratoire international a été mis en place en 1986, pour tenter de sauver des espèces décimées par la chasse.
Photo: Glenn Lockitch Sea Shepherd Global Agence France-Presse Un moratoire international a été mis en place en 1986, pour tenter de sauver des espèces décimées par la chasse.

La Commission baleinière a repris là où on l’avait laissée : dans l’affrontement entre partisans et opposants à la chasse à la baleine. Les pays favorables à une plus grande protection des cétacés ont échoué mardi à faire accepter la création d’une vaste zone de protection dans l’Atlantique Sud, tandis que le Japon s’active pour faire adopter cette semaine sa proposition de relancer la chasse commerciale, interdite depuis plus de 30 ans.

Dans un vote serré tenu mardi, au deuxième jour de la réunion annuelle de la Commission baleinière internationale (CBI), 39 pays ont voté en faveur de la création d’un sanctuaire de plus de 20 millions de kilomètres carrés dans l’hémisphère Sud, une zone où la chasse commerciale a décimé les populations de baleines.

Or, les résolutions de la CBI peuvent être adoptées seulement si elles obtiennent 75 % des votes des 89 pays membres. Cette proposition débattue depuis plus de 20 ans a donc de nouveau été rejetée. Ironie du sort, cette idée est portée depuis plusieurs années par le Brésil, pays hôte de la rencontre cette année.

Pression japonaise

Le Brésil, qui fait partie du clan des « anti » chasse, aura par ailleurs fort à faire cette semaine pour bloquer la volonté du Japon, qui préside cette année la CBI, de mettre en une proposition pour la reprise de la chasse commerciale.

Un moratoire international a été mis en place en 1986, pour tenter de sauver des espèces décimées par la chasse, mais les membres de la Commission sont divisés sur cet enjeu depuis plusieurs années entre « anti » et « pro » chasse. Fait à noter, le Canada ne fait pas partie de la CBI.

Pour le Japon, il ne fait aucun doute que la chasse doit être relancée. « La science est claire : il existe certaines espèces de baleines dont les populations sont suffisamment abondantes pour être récoltées durablement », peut-on lire dans la proposition qui sera soumise au vote, d’ici vendredi. Tokyo suggère donc la mise en place d’un « comité » qui serait voué à la « chasse durable », qui inclurait la chasse déjà autorisée pour les Premières Nations, mais aussi un volet de « chasse commerciale ».

Selon ce qu’a fait valoir le porte-parole japonais, Joji Morishita, en entrevue à l’Agence France-Presse, la CBI doit « changer de modèle, pour passer du rejet mutuel au respect mutuel ». « Notre défi lors de cette réunion est de savoir si nous pouvons concilier les deux différentes positions ou bien trouver une façon d’être en accord ou en désaccord tout en regardant vers l’avenir, plutôt que de passer notre temps à nous disputer », a-t-il déclaré au début de la rencontre.

Pour les pays opposés à cette chasse, qui a exterminé jusqu’à 99 % des populations de certaines espèces, il importe au contraire de renforcer les mesures de protection. La proposition battue de sanctuaire dans l’hémisphère Sud faisait selon eux partie des mesures à prioriser.

Chasse « scientifique »

Officiellement, le Japon mène toujours des campagnes de chasse « scientifique » chaque année. L’objectif de Tokyo est de démontrer que les populations de baleines dans l’hémisphère Sud seraient suffisamment abondantes pour soutenir une chasse commerciale.

Depuis l’entrée en vigueur du moratoire sur la chasse, un pays membre de la CBI peut invoquer un motif de recherche scientifique afin de justifier la chasse. C’est ce que fait le Japon depuis 1987. Il a ainsi tué un peu plus de 10 000 baleines en 30 ans, essentiellement des petits rorquals.

Le gouvernement japonais a d’ailleurs atteint son quota de chasse cette année, soit 333 petits rorquals (dont 122 femelles gestantes), une espèce observée régulièrement dans le Saint-Laurent. Tokyo, qui avait également tué 333 petits rorquals l’an dernier, prévoit de chasser près de 4000 baleines au cours de la prochaine décennie dans les eaux entourant l’Antarctique.

La volonté du Japon de poursuivre la chasse « scientifique » lui a toutefois valu, en 2010, d’être poursuivi par l’Australie devant la Cour internationale de justice. Le tribunal l’a sommé en 2014 de mettre un terme à ses campagnes annuelles, soulignant qu’elles ne correspondaient pas aux critères scientifiques requis par la CBI.

Le Japon avait donc annulé la campagne 2014-2015, pour la reprendre l’année suivante en avançant un autre programme fondé, selon Tokyo, sur de véritables motifs scientifiques. Mais concrètement, seul le nombre de baleines tuées a été réduit.

Outre le Japon, l’Islande et la Norvège rejettent carrément le moratoire sur la chasse commerciale et tuent chaque année des cétacés. Cet été, un baleinier islandais aurait même harponné un rorqual bleu, une espèce en voie de disparition.