L’ONU négocie finalement la protection des océans

Des militants de Greenpeace tiennent une bannière près des Nations unies pour attirer l'attention sur le traité qui doit permettre de mieux préserver des océans et des fonds marins.
Photo: Don Emmert Agence France-Presse Des militants de Greenpeace tiennent une bannière près des Nations unies pour attirer l'attention sur le traité qui doit permettre de mieux préserver des océans et des fonds marins.

Même si les très vastes régions océaniques désignées comme la « haute mer » représentent près de la moitié de la superficie de la planète, elles ne bénéficient d’à peu près aucune protection légale. Les Nations unies espèrent remédier à la situation en négociant un traité qui doit permettre de mieux préserver des océans et des fonds marins plus menacés que jamais.

Pas moins de 140 pays membres de l’Organisation ont entamé mardi des négociations qui devraient normalement aboutir en 2020 à la conclusion d’un traité de protection des eaux internationales, soit celles qui se trouvent au-delà des limites des 200 miles nautiques (370 kilomètres) des côtes des États qui bordent les océans.

Les Nations unies avaient déjà adopté une convention sur le droit de la mer en 1982 (entrée en vigueur en 1994, sans les États-Unis), mais celle-ci ne prévoyait pas de réglementation contraignante pour l’industrie de la pêche, le trafic maritime ou encore les activités de recherche scientifique.

Or, il est devenu urgent de mieux contrôler les activités industrielles en haute mer, selon l’organisation High Seas Alliance (HSA), qui regroupe une quarantaine de groupes environnementaux. L’organisation estime ainsi que les milieux marins sont soumis à de fortes pressions en raison des impacts de la surpêche, des bouleversements climatiques, des projets miniers extracôtiers qui se développent et de l’accroissement marqué du transport maritime.

HSA rappelle aussi qu’il n’existe actuellement « aucun mécanisme légal » pour la mise en place d’aires marines protégées en haute mer. À peine 1 % de la superficie totale est désignée comme zone marine protégée, alors que ces eaux internationales comptent pour près de 65 % de la superficie des océans de la planète.

Traité contraignant

La résolution de l’ONU adoptée en 2017, en prévision des négociations qui viennent officiellement de débuter, précise d’ailleurs l’intention des 140 pays concernés : adopter « un instrument juridiquement contraignant sur la conservation et l’utilisation durables de la biodiversité marine dans les zones situées au-delà des juridictions nationales ». Quatre sessions de discussions de deux semaines chacune sont prévues sur deux ans pour aboutir à ce traité contraignant.

Dans un texte publié en mai dernier dans la revue Nature, des scientifiques estimaient qu’il faudrait protéger au moins 30 % des océans de la planète grâce à un réseau d’aires marines, de façon à mieux préserver la biodiversité.

Dans un appel aux pays membres de l’ONU, ils rappelaient que la haute mer compte pour 90 % des habitats disponibles pour la vie marine et fournit pour 16 milliards de dollars par année de prises pour l’industrie de la pêche. Pourtant, insistaient-ils, « aucun accord global ne protège la biodiversité ou ne permet de préserver les écosystèmes vulnérables des océans ».

La situation semble particulièrement critique pour les stocks de poissons. Selon le plus récent rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un tiers des espèces commerciales de poissons sont pêchées à un niveau insoutenable. Qui plus est, « la situation semble particulièrement grave pour certaines espèces, notamment migratoires, qui sont pêchées partiellement ou uniquement en haute mer ».