Plan climat: Trudeau demeure confiant, malgré le retrait de l’Alberta

Photo: Jonathan Hayward La Presse Canadienne Une vue aérienne du terminal maritime du pipeline Trans Mountain, à Burnaby, en Colombie-Britannique

Le gouvernement Trudeau s’est voulu rassurant vendredi, après la sortie de la première ministre albertaine, Rachel Notley, qui a annoncé que la province se retirait du Plan national de lutte contre les changements climatiques. Ottawa dit garder le cap sur ses cibles de réduction de gaz à effet de serre, même si certains ont souligné l’apparente contradiction entre les objectifs climatiques et l’appui indéfectible des libéraux aux projets de pipelines.

Mécontente de la décision de la Cour d’appel fédérale d’annuler le décret autorisant la construction du nouveau pipeline Trans Mountain, la première ministre albertaine, Rachel Notley, a d’abord annoncé jeudi soir que sa province laissait tomber sa participation au plan canadien « sur la croissance propre et les changements climatiques ».

L’Alberta, qui représente à elle seule 37 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada, a néanmoins prévu de maintenir la taxe provinciale sur le carbone en vigueur depuis l’an dernier, mais aussi les investissements prévus dans le cadre de son plan provincial de lutte contre les changements climatiques.

Politologue et professeur à l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily n’est pas surpris de la fronde de Rachel Notley, qui a aussi demandé à Ottawa d’en appeler du jugement devant la Cour suprême et de tenir un débat d’urgence aux Communes.

« La pression sur Mme Notley est très forte depuis des mois. L’opposition conservatrice ne cesse de la talonner sur cet enjeu, sur lequel elle joue présentement sa réélection. » Dans ce contexte,souligne-t-il, l’ajout d’un délai pour la construction du pipeline pourrait lui être politiquement fatal.

Réagissant vendredi au retrait albertain du plan fédéral, le premier ministre Justin Trudeau a toutefois minimisé les impacts de l’annonce de Mme Notley.

« Ils ont leur propre plan de lutte contre les changements climatiques, qui va continuer d’être en place et d’équivaloir aux cibles du gouvernement fédéral pendant encore plusieurs années », a-t-il dit. « Je sais que la première ministre Notley est ferme dans son engagement dans la croissance de l’économie et la protection de l’environnement », a ajouté M. Trudeau.

Le gouvernement, lui, demeure ferme dans sa volonté de réaliser le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain, dont le fédéral est désormais propriétaire.

« Nous allons faire en sorte que ce pipeline soit construit », a répété le chef libéral. « La protection de l’environnement et la stimulation de l’économie vont de pair. Les Canadiens veulent de meilleurs emplois pour leurs enfants dans les années à venir, mais ils veulent aussi qu’on protège l’environnement pour les générations futures », a-t-il expliqué.

Climat ou pipeline

Le Canada demeure engagé dans la lutte contre les changements climatiques, a par ailleurs assuré le premier ministre.

« Notre gouvernement a un plan pour s’attaquer aux changements climatiques, et il fonctionne : nous éliminons progressivement le charbon, nous reconnaissons qu’il y a un coût à la pollution, nous faisons des investissements historiques en transport en commun, en infrastructure verte et en technologies propres, et nous protégeons la nature », a aussi fait valoir la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, dans une déclaration écrite transmise au Devoir.

Des engagements qui n’annulent pas les incohérences climatiques du gouvernement de Justin Trudeau, selon Annie Chaloux, professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

 

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« Je ne crois pas que les libéraux ont vraiment voulu lutter contre les changements climatiques. On ne peut pas penser réduire les émissions de gaz à effet de serre en construisant davantage de pipelines », a-t-elle insisté vendredi.

Trois millions de véhicules

Un point de vue que partagent les groupes écologistes Équiterre et Greenpeace. « Justin Trudeau doit cesser de financer des pipelines et de se faire le cheerleader des pétrolières pour plutôt proposer un plan d’action crédible et investir massivement dans les solutions qui permettront de rapidement réduire nos émissions et de développer une économie sobre en carbone », a réitéré le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin.

Selon les différentes évaluations produites au sujet des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées au projet Trans Mountain, celles-ci équivaudraient à l’ajout de trois millions de véhicules sur les routes.

Depuis leur arrivée au pouvoir, les libéraux de Justin Trudeau ont approuvé trois projets majeurs de pipeline d’exportation de pétrole des sables bitumineux, soit Keystone XL, la Ligne 3 d’Enbridge et Trans Mountain. Une fois terminés, ces trois pipelines permettront d’exporter quotidiennement 2,48 millions de barils, soit 905 millions de barils par année.

Trans Mountain vendu au Canada

Le pipeline Trans Mountain est officiellement devenu la propriété du gouvernement canadien vendredi matin.

Dans un bref communiqué publié sur son site, Kinder Morgan Canada a confirmé que le Canada a acquis le pipeline Trans Mountain pour la somme de 4,5 milliards de dollars. Cette transaction comprend aussi l’acquisition du terminal maritime pétrolier de Westridge, situé en Colombie-Britannique, ainsi qu’un parc des réservoirs d’une capacité de près de trois millions de barils de brut.

Élément méconnu de cette transaction, le gouvernement Trudeau a acquis par la même occasion un second pipeline, le Puget Sound. Cette conduite de 110, connectée au pipeline Trans Mountain, transporte du pétrole jusqu’aux installations de quatre raffineries situées dans l’État de Washington.

Le pipeline Puget Sound est en service depuis 1954 et peut transporter chaque jour 180 000 barils de pétrole, soit un total de 65,7 millions de barils par année.