Québec met fin aux quotas de piégeage pour les lynx

Selon les données du gouvernement du Québec, environ 2500 lynx du Canada sont piégés chaque année.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Selon les données du gouvernement du Québec, environ 2500 lynx du Canada sont piégés chaque année.

Le gouvernement Couillard a décidé d’abolir les quotas de piégeage pour les deux espèces de lynx qu’on retrouve au Québec, mais aussi de permettre les captures sur tout le territoire et sur une plus longue période de l’année. Le ministère de la Faune affirme que ces félins sont suffisamment abondants pour aller de l’avant avec de telles mesures, même s’il ne détient aucun inventaire.

Par la voie d’un arrêté ministériel très technique publié dans la Gazette officielle du 8 août, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, a annoncé officiellement la fin des quotas pour les trappeurs qui piègent le lynx du Canada et le lynx roux. Des informations confirmées au Devoir par le ministère.

Jusqu’à présent, les trappeurs qui capturent le lynx du Canada pour vendre sa fourrure pouvaient piéger un maximum de sept bêtes au cours d’une même saison, et ce, à la condition de répartir leurs prises dans différentes régions du Québec.

Quant au lynx roux, un seul animal pouvait être mis à mort. Il faut dire que cette espèce, surtout présente dans le sud de la province, a été décimée par le piégeage en raison de la grande valeur de sa fourrure sur le marché au cours des années 1970 et 1980. La situation est alors devenue si critique que le gouvernement a imposé une fermeture du piégeage pendant plus de 20 ans, soit de 1991 à 2011.

Dès cet automne, cependant, les trappeurs québécois pourront piéger sans avoir à respecter de quotas, et ce, sur l’ensemble du territoire de la province. Qui plus est, la période de trappage s’étendra sur environ cinq mois dans l’ensemble des « unités de gestion des animaux à fourrure ».

Pourquoi le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a-t-il décidé d’abolir le contrôle sur le nombre de lynx piégés ?

« Notre possibilité de contrôler [les prises] avec les quotas n’est pas très forte », reconnaît la biologiste Marianne Cheveau, spécialiste de la « gestion » des animaux à fourrure au ministère. « Il y a des captures de lynx même si le piégeage est interdit ou contrôlé par des quotas. C’est un constat que nous avons fait. »

Prises accidentelles

Mme Cheveau explique que les lynx sont souvent capturés par des trappeurs qui veulent piéger des canidés, comme des coyotes, des renards ou des loups. En clair, ces félins sont victimes de « prises accidentelles » dans les collets installés pour mettre à mort d’autres animaux recherchés pour leur fourrure.

Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le lynx roux a été décimé dans les années 1970 et 1980 par le trappage.

Ainsi, rappelle Mme Cheveau, même quand le piégeage du lynx roux était formellement interdit, le MFFP a pu recenser jusqu’à 100 captures accidentelles par année.

C’est d’ailleurs dans ce contexte que non seulement le ministère a décidé d’abolir les quotas de captures, mais qu’il a aussi décidé de synchroniser les saisons de trappage des lynx avec celles des loups gris, des coyotes et des renards. Celles-ci s’étendront d’octobre à mars sur tout le territoire du Québec.

« Il peut sembler risqué de permettre un piégeage plus permissif des lynx. Cependant, cette nouvelle réglementation ne doit pas être considérée comme une invitation à augmenter la pression déployée pour capturer ces espèces. Elle souhaite plutôt reconnaître la réalité de l’activité de piégeage et la sélectivité imparfaite de certains engins, de même que limiter les mises en infraction involontaires », a expliqué le MFFP dans une réponse écrite.

La « récolte » de lynx « ne devrait pas tellement changer », selon la biologiste Marianne Cheveau.

« Le marché de la fourrure est moins favorable, parce que la fourrure ne se vend pas très cher en ce moment, donc la pression mise sur les populations n’est pas très élevée. »

Selon les données du ministère, le prix pour une fourrure a varié entre quelques dizaines de dollars et près de 600 $ au cours des cinq dernières années, selon l’espèce et l’année.

Le directeur de la Fédération des trappeurs gestionnaires du Québec, Philippe Tambourgi, estime lui aussi que le marché actuel n’est pas propice à une augmentation marquée de la « récolte » de lynx dans les forêts de la province au cours de l’automne et de l’hiver.

Aucun inventaire

Les données transmises au Devoir par le ministère concernant la « récolte » annuelle ne sont toutefois pas à jour. Pour le lynx roux, les données récentes font état d’un peu plus de 100 captures en 2014. Pour le lynx du Canada, on parle d’un peu moins de 3000 bêtes en 2013. La moyenne annuelle serait de 2500, selon le ministère.

En plus de ces données qui remontent à quelques années, le MFFP ignore combien de lynx vivent au Québec.

« C’est difficile à dire, parce que nous n’avons pas d’inventaire de populations », admet Mme Cheveau.

En l’absence d’un tel inventaire faunique, le ministère se base sur les données transmises de façon « volontaire » par les trappeurs à travers les « carnets du piégeur » pour effectuer le suivi des populations. On promet toutefois de développer « un nouveau système de suivi » pour les deux espèces de lynx. Qui plus est, le MFFP entend effectuer des « bilans de l’état des populations » tous les deux ans.

Philippe Tambourgi estime pour sa part que les deux populations de lynx sont soit « stables » ou « en croissance » au cours des dernières années.

« Ce sont plutôt les trappeurs qui sont en diminution », dit-il. Entre 7000 et 8000 permis de trappage sont vendus chaque année au Québec, une province qui compterait, selon lui, « environ 10 000 trappeurs ».

Interpellé sur la « cruauté » réelle ou supposée du trappage, il souligne qu’avec le recours aux collets, « l’animal meurt très rapidement ». Cette technique est d’ailleurs de loin la plus utilisée au Québec. Les trappeurs peuvent toutefois utiliser légalement les pièges à patte, qui ne tuent pas la bête.

6 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 30 août 2018 06 h 00

    Quelle horreur ...

    En ce qui me concerne le trappage devrait être interdit point à la ligne. Les animaux souffrent avant d’être tués par les chasseurs. Je ne comprends pas qu’en 2,000 on accepte encore ces méthodes souffrantes et archaïques pour les animaux.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 30 août 2018 18 h 36

      Dans cet article, pour notre information à tous, il est indiqué que les animaux ne sont pas «tués», mais «récoltés», nuance. Et les trappeurs ont le choix de la technique dont une (piège à patte). ne les tue pas.

      Ce qui est ahurissant, cependant, c’est que le gouvernement du PM Couillard, puisque ses données sont loin d’être à jour et qu’il n’a pas d’inventaire car le ministère se fie aux déclarations volontaires des trappeurs, il lui fallait bien reconnaître la réalité et constater son incapacité à contrôler les activités des trappeurs. Ainsi, il a jugé préférable de leur ouvrir toute grande la porte en abolissant les quotas, ce qui enlève tout aspect illégal. Une bonne chose de réglée, j’imagine.

      Et puis, si le ministère n’a pas été capable d’obtenir les données nécessaires, alors il promet – c’est bien ce qui est écrit «promet» – de développer «un nouveau système de suivi» et effectuer des «bilans de l’état des populations». On ne sait pas si ici on doit éclater de rire… ou s’indigner. De toute façon, il paraît que ces pauvres lynx sont souvent des ‘’prises accidentelles’’, donc pourquoi s’en faire avec le nouvel «arrêté ministériel très technique» du gouvernement Couillard à ce sujet?

  • Bernard Plante - Abonné 30 août 2018 09 h 36

    En résumé

    On ne connaît pas le nombre d'individus et on constate que les quotas sont inefficaces alors on annule toute limite et on ouvre grand la porte. L'humain est vraiment une espèce très intelligente. Parfois on aimerait mieux ne pas en faire partie.

    • Hélène Gervais - Abonnée 30 août 2018 11 h 53

      bien d'accord avec vous; c'est une grande tristesse la destruction de ces animaux. Le trappeur est un être insensible qui fait souffrir les animaux pour rien; avec cette sorte d'humains bientôt il n'y aura plus ou peu de ces magnifiques lynx

  • Richard Legault - Abonné 30 août 2018 18 h 05

    Ouf! Un gouvernement tellement insensible... Après l'austérité pour ses semblables, aucune considération pour la nature (que ce soit la protection des cours d'eau ou des animaux. Des cerveaux, pour qui seuls les chiffres et l'économie comptent. Pathétique!

  • Diane Lacombe - Inscrite 30 août 2018 21 h 35

    Diane Lacombe

    Vous avez sans doute oublié que la nature appartient aux animaux, et qu'à cause de l'humain bientôt les animaux n'existeront plus. Vous laissez les trappeurs faire la sale job, faire souffrir des milliers d'animaux, mais vous êtes des maltraitants pire qu'eux. Dire que nous sommes dirigé par vous...