Nouvelle usine de recyclage de polystyrène à Anjou

À l’heure actuelle, une partie infime des 92 000 tonnes de polystyrène générées chaque année au Québec est recyclée.
Photo: Spencer Platt / Getty Images / Agence France-Presse À l’heure actuelle, une partie infime des 92 000 tonnes de polystyrène générées chaque année au Québec est recyclée.

La première usine de recyclage de polystyrène, ce plastique numéroté 6 et mal-aimé du bac de récupération, a été inaugurée lundi à Anjou, dans la foulée d’un projet de démonstration mettant à contribution une technologie entièrement développée au Québec.

La jeune pousse Polystyvert, qui a mis au point un procédé mobile de recyclage, bénéficiera du coup de main financier de Transition énergétique Québec et de plusieurs autres partenaires publics et privés pour procéder au recyclage d’environ 600 tonnes de polystyrène par année. L’usine servira de projet de démonstration pour faire connaître cette méthode novatrice de recyclage qui consiste à plonger le polystyrène récupéré dans une huile pour le dissoudre, le récupérer et le réutiliser.

Aucune entente n’a toutefois encore été conclue avec la Ville ou un arrondissement pour faire traiter le polystyrène de source domestique par l’entreprise, indique-t-on à la Ville de Montréal. La technologie desservira principalement les producteurs et fabricants de polystyrène ainsi que des secteurs de l’industrie utilisant de grandes quantités de ce plastique et elle pourra être utilisée sur le lieu même des usines.

Le polystyrène, que l’on retrouve sous une forme expansée (composée à 90 % d’air), extrudée ou rigide, pose à l’heure actuelle un défi environnemental puisqu’il s’agit d’un des rares plastiques non recyclés au Québec, sauf dans certaines régions.

18%
C’est le pourcentage de Québécois qui ont accès à un service de récupération du polystyrène rigide dans leur région ou leur ville.

Ainsi, une partie infime des 92 000 tonnes de polystyrène générées chaque année au Québec (plus de 22 000 tonnes dans le secteur résidentiel) est recyclée à l’heure actuelle. La majorité du polystyrène de source domestique, composée notamment des gobelets et des emballages distribués dans les commerces d’alimentation rapide, des barquettes de plastique utilisées dans le commerce pour emballer les viandes, les poissons ou les légumes, des caissettes de fleurs, ainsi que des contenants de yogourt ou de petits fruits faits de polystyrène rigide, finit sa très éphémère existence à l’enfouissement. Le polystyrène est aussi utilisé dans plusieurs produits comme isolant.

Seulement 18 % des Québécois ont accès à un service de récupération du polystyrène rigide dans leur région ou leur ville, comparativement à 70 % des Canadiens. Les résidents québécois qui souhaitent récupérer leur polystyrène à des fins de recyclage doivent, dans la vaste majorité des cas, l’acheminer eux-mêmes à un centre spécialisé.

Un procédé efficace

Le procédé développé par Polystyvert permet de dissoudre le polystyrène dans l’huile et de filtrer ensuite le liquide afin de récupérer la matière plastique pour en faire des granules qui serviront à fabriquer de nouveaux produits à base de polystyrène. La concentration issue du procédé permet de réduire les coûts de transport par dix, donc de diminuer l’empreinte carbone liée au transport de ce matériau. Le faible coût du polystyrène recyclé en fait aussi un matériau plus économique que le polystyrène neuf, selon la compagnie Polystyvert.

Un rapport commandé par Recyc-Québec en 2016 concluait qu’il « était possible de valoriser le polystyrène postconsommation en l’intégrant dans la collecte sélective », sans que cela augmente indûment le volume de matière géré par les centres de tri.

Responsabilité individuelle

À l’heure actuelle, les résidents de Montréal peuvent eux-mêmes contribuer au recyclage du polystyrène en l’apportant au site de Polystyvert à Anjou, ou aux écocentres de LaSalle et de Saint-Laurent. Le même service est offert aux résidents de la Montérégie et de l’Estrie par la compagnie Polyform, à Granby, qui recycle ses propres résidus de polystyrène pour en faire des coffrages isolants dans le domaine de la construction.

Selon l’organisme Équiterre, l’arrivée de cette technologie est bienvenue puisqu’il demeure pressant de recycler le plastique no. 6 à la fin de sa vie utile. Même si plusieurs organismes favorisent plutôt l’élimination de ce plastique, Steven Guilbeault estime que son usage est appelé à rester dans certains secteurs industriels ciblés et qu’il faut développer des technologies pour faciliter sa réutilisation.

« Dans le secteur alimentaire, on se tourne déjà vers des substituts biodégradables, notamment pour les pailles ou les verres, mais il y a des applications très utiles où on ne peut remplacer le polystyrène, notamment dans la construction. »