Mine d’Arianne Phosphate: Couillard admet que le marché n’est pas au rendez-vous

Le terminal maritime qui serait construit pour le projet Arianne Phosphate entraînerait une augmentation de 60 % du trafic maritime commercial sur le Saguenay.
Photo: Alexandre Shields Archives Le Devoir Le terminal maritime qui serait construit pour le projet Arianne Phosphate entraînerait une augmentation de 60 % du trafic maritime commercial sur le Saguenay.

Le premier ministre Philippe Couillard admet que le marché pour le minerai d’apatite ne justifie pas actuellement le développement des projets Arianne Phosphate et Mine Arnaud. Il croit toutefois que ces projets nécessitant deux milliards de dollars d’investissements se réaliseront un jour, en raison de la croissance de la population mondiale.

Le Devoir révélait lundi matin que des experts du ministère de l’Environnement du Québec ont soulevé de sérieux doutes sur la réalisation du projet minier Arianne Phosphate, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ce projet, approuvé et appuyé financièrement par le gouvernement Couillard, nécessiterait des investissements d’au moins 1,2 milliard de dollars.

Or, sa rentabilité serait plus qu’incertaine, selon un économiste principal du ministère. « Sans même prendre en compte les différents enjeux environnementaux et sociaux associés aux trois composantes du projet minier [la mine, le chemin d’accès au terminal portuaire et le terminal], le projet pris dans son ensemble ne semble pas justifiable économiquement à court ou à moyen terme, sur un horizon d’au moins 10 ans », explique-t-il dans une analyse produite au printemps dernier.

L’économiste rappelle que le contexte du marché du phosphate (l’apatite est composée de phosphate) semble pour le moins incertain pour les prochaines années. Selon les prévisions de la Banque mondiale, le prix de la tonne de phosphate, qui se situe sous les 100 $ US depuis plus de deux ans, ne devrait pas atteindre 125 $ avant au moins 2030. Or, selon les données d’Arianne Phosphate citées par l’économiste du ministère, le seuil de rentabilité du projet se situerait entre 125 $ et 130 $ la tonne.

Couillard confiant

Interrogé à ce sujet lundi au Vermont par Le Devoir, Philippe Couillard a d’ailleurs reconnu que le marché n’était tout simplement pas au rendez-vous actuellement pour les projets Arianne Phosphate et Mine Arnaud.

« On a deux projets au Québec : Mine Arnaud à Sept-Îles, qui est demandé par les gens de la région, et Arianne Phosphate, qui est dans le nord de ma région. Dans les deux cas, en ce moment, l’obstacle, ce n’est pas la volonté du gouvernement de soutenir le projet. C’est le développement d’un marché d’acheteurs pour la commercialisation du produit. On a beau vouloir extraire des ressources, s’il n’y a pas d’acheteur, on a un problème. »

« On est conscients que le marché n’est pas facile », a-t-il ajouté. « On sait que le marché de l’apatite est incertain. Il faut donc regarder à plus long terme », a ajouté le premier ministre. « Qu’est-ce qu’on fait avec l’apatite ? On fait de l’engrais. Qu’est-ce qu’on fait avec de l’engrais ? On nourrit des gens. La population mondiale va augmenter, il y aura de plus en plus de production agricole, donc on aura toujours besoin de ces produits-là », a-t-il fait valoir.

Au moment de donner le feu vert au projet Arianne Phosphate, en décembre 2015, le premier ministre avait affirmé que ce projet présentait « un potentiel de retombées économiques important pour le Québec ».

Mine Arnaud

Depuis, le gouvernement a toutefois dû admettre qu’il reportait indéfiniment l’autre gros projet de mine d’apatite au Québec, le projet Mine Arnaud, à Sept-Îles. Dans ce{ cas, le gouvernement, qui a injecté plus de 30 millions de dollars dans le projet, ne parvient toujours pas à trouver un partenaire pour développer l’imposante mine à ciel ouvert.

Depuis l’annonce du feu vert à ce projet évalué à 750 millions de dollars, au printemps 2015, Investissement Québec, qui détient 62 % de Mine Arnaud, est à la recherche de partenaires financiers pour construire la mine, l’exploiter et acheter la production de concentré d’apatite. Toutes les démarches entreprises, y compris sur la scène internationale, se sont avérées vaines.