Couper les vivres aux coyotes pour mieux vivre avec eux

Les Montréalais se font répéter le même discours depuis les dernières semaines. «Il ne faut surtout pas nourrir les coyotes», scande la Ville de Montréal. Mais est-ce que ce sont les citoyens qui nourrissent les coyotes ou bien leurs poubelles?
Photo: Getty Images Les Montréalais se font répéter le même discours depuis les dernières semaines. «Il ne faut surtout pas nourrir les coyotes», scande la Ville de Montréal. Mais est-ce que ce sont les citoyens qui nourrissent les coyotes ou bien leurs poubelles?

Les récents événements impliquant des coyotes sur l’île de Montréal nous donnent un avant-goût des années à venir, préviennent des experts. D’autres villes canadiennes qui cohabitent avec les coyotes depuis quelques années déjà ont pour leur part quelques recommandations pour la métropole afin de limiter les rencontres importunes avec ces animaux, comme une meilleure gestion des déchets.

Les Montréalais se font répéter le même discours depuis les dernières semaines. « Il ne faut surtout pas nourrir les coyotes », scande la Ville de Montréal.

Mais est-ce que ce sont les citoyens qui nourrissent les coyotes ou bien leurs poubelles ? « Le problème, c’est la nourriture, mais surtout le fait que notre nourriture est disponible partout dans la ville », dit le Dr Jacques Dancosse, vétérinaire au Biodôme de Montréal.

« Laisser des poubelles accessibles aux animaux, c’est comme les nourrir. L’animal fait facilement le lien entre le fait que quelqu’un jette quelque chose et qu’après ça la nourriture est disponible pour lui. Il faudrait absolument que l’entièreté de nos déchets alimentaires ne soit pas accessible aux animaux. Laisser des sacs sur le bord de la rue, c’est un problème, et il faut des bacs qui se ferment », dit le vétérinaire.

Le coyote perd sa crainte naturelle de l’homme quand ce dernier le nourrit, ajoute le Dr Dancosse, mais aussi quand il le fait passivement.

Prendre exemple sur l’Ouest

À Edmonton, en Alberta, la situation a commencé à être similaire à celle de Montréal il y a environ une dizaine d’années. Colleen St Clair, professeure en biologie à l’Université de l’Alberta, a lancé un projet de recherche à cette époque pour répondre aux craintes des citoyens.

« Ce qu’on peut affirmer sans aucun doute [avec nos recherches] c’est que la nourriture était à l’origine de toutes les attaques de coyotes sur des humains », indique-t-elle.

Outre les proies présentes dans la faune urbaine, les coyotes affectionnent particulièrement nos bacs de compost, révèlent les recherches de Mme St Clair.

« Le problème avec le compost, c’est qu’il peut entraîner des maladies chez ces animaux, car la nourriture est en décomposition », explique la professeure.

Conséquemment, ces maladies peuvent expliquer le comportement agressif de certains coyotes, ajoute-t-elle.

Les nécropsies pratiquées sur plusieurs carcasses de coyotes par son laboratoire ont démontré que la majorité des coyotes qui avaient été très agressifs envers les humains étaient malades ou infectés par un parasite.

« L’idée, ce n’est pas d’arrêter de composter, mais de mieux gérer les déchets et la collecte de ceux-ci », note la biologiste.

Les poubelles sont un gros problème, dit-elle. « Il faudrait que dans les parcs urbains les poubelles soient à l’épreuve des animaux et il faut aussi les vider plus souvent. Combien de fois voyez-vous une poubelle déborder dans un parc ? »

Quand les villes font la sourde oreille

La Ville de Montréal n’entend pas modifier sa gestion des déchets pour le moment. Elle mentionne toutefois qu’un comité a été « mis en place au début de l’été pour réfléchir à la présence de matières résiduelles et aux signalements de coyotes sur le territoire », indique une porte-parole.

Pourtant, l’expérience d’Edmonton pourrait aider Montréal à éviter certaines erreurs, estime pour sa part Colleen St Clair, qui trouve elle aussi difficile d’avoir l’attention des élus municipaux.

Malgré les dix années de collecte de données effectuées par la professeure et les multiples publications scientifiques, la Ville d’Edmonton vient tout juste de l’inviter à donner son opinion sur la cohabitation entre coyotes et citoyens.

« Oui, ça leur a pris du temps, mais au moins on commence à m’écouter », dit-elle. Elle a entre autres réussi à faire adopter une méthode novatrice à la Ville d’Edmonton pour effrayer les coyotes il y a à peine un mois.

« L’idée, c’est que le coyote associe l’homme à quelque chose de négatif, comme la peur ou la douleur. On a donc proposé de procurer des fusils de type paintball aux agents de la faune pour tirer sur les animaux agressifs et, à ce jour, ça fonctionne très bien. »

À Montréal, les coyotes qui ont eu des comportements agressifs envers les humains sont déplacés ou euthanasiés par le ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs (MFFP).

Aussi, une équipe de patrouilleurs tente d’effaroucher les coyotes dans les arrondissements d’Ahuntsic-Cartierville et de Villeray. La vigile circule entre 21 h et 1 h et fait du bruit à l’aide de sifflets pour effrayer les coyotes.

Faire peur au coyote

Pour effrayer les coyotes, il faut adopter un comportement similaire à celui recommandé lorsqu’on rencontre un ours : lever les bras, parler fort, faire du bruit et les regarder droit dans les yeux. « Toutes les fois que vous voyez un coyote, il faut absolument adopter cette attitude, même si c’est effrayant », plaide la biologiste Colleen St Clair. Il faut à tout prix éviter d’adopter le comportement d’une proie, c’est-à-dire prendre la fuite. C’est pourquoi les enfants peuvent souvent être confondus avec des proies par les coyotes.
5 commentaires
  • Raymond Ayas - Abonné 2 août 2018 07 h 17

    Le vivre-ensemble, c'est entre les humains SVP

    Comme ça il faudrait composter et vivre avec les prédateurs. Génial! C'est vrai que tuer les animaux violents qui envahissent l'espace urbain serait trop extrême. Sûrement qu'éliminer des coyotes qui ont attaqué pas un, ni deux mais trois enfants la semaine dernière, c'est une solution finale digne des nazis. Je suis content que la Ville ait mis en place des comités de pelleteurs de nuages pour discuter de la question. Ils vont trouver des solutions humaines. Parce que la cohabitation, c'est une bonne chose, tout le temps. Continuons à nourrir ces prédateurs et mettons nos familles à risque lorsqu'on se promene en famille. C'est un petit prix pour atteindre l'idéal du vivre-ensemble.

  • François Beaulé - Abonné 2 août 2018 08 h 02

    Il faudrait ouvrir la chasse aux coyotes

    J'ai lu quelque part que la chasse intensive des loups a permis la sélection de ceux qui ont le plus peur des humains. Il n'y a plus de loup sur l'île de Montréal. Il faudrait faire la même chose pour les coyotes.

    Interdire de nourrir les animaux sauvages est une excellente idée, sauf que les gens le font quand même. Les pigeons se sont multipliés à Montréal et ils chient partout. Un long tronçon du trottoir de la rue Louis-Hémon, en bordure du parc Sagard, est constamment souillé par les pigeons. Chaque matin, un homme vient les nourrir. Je l'ai déjà vu avec un pigeon sur l'épaule. C'est comme cela depuis 10 ans ! La Ville, semble-t-il, n'y peut rien. Ainsi pour les coyotes.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 2 août 2018 10 h 24

    Faudrait peut-être lire l'article avant de commenter la nouvelle...

    En milieu urbain, les coyotes contrôlent la population de rongeurs.

    Pour le reste, on sait depuis belle lurette que les ordures ménagères attirent les moufettes, les ratons-laveurs, les mouettes, les rats, les mouches, les ours, les alligators… Alors, on ne s'étonnera pas qu'elles attirent itou les coyotes… Depuis longtemps en dehors de Montréal on a appris à disposer des déchets en conséquence…

    D'autre part, il y un rapport de causalité entre les déchets de table et l'agressivité de certains coyotes ; ces reliquats d'aliments rendent les bêtes malades, ce qui les rend irascibles.

    La solution est donc de rendre les déchets inaccessibles aux coyotes, comme le souligne les experts dans cet article de presse.

    D'ailleurs, à quand un comité qui réfléchira sur la pertinence de créer un comité qui réfléchit sur la relation entre les déchets de table et la bête qu'attirent ces déchets-là, alors que des experts se sont déjà prononcés?

    • François Beaulé - Abonné 2 août 2018 12 h 13

      Pour appuyer votre opinion, il me semble que les attaques de coyotes, dont sont victimes surtout des enfants, surviennent dans la ville de Montréal, dans des parcs, et non pas en banlieue, sur l'immense territoire du grand Montréal.

  • Diane Pelletier - Abonnée 2 août 2018 18 h 42

    Incompréhension

    Les changements climatiques sont appelés à modifier la faune de plus en plus car n'en doutons plus, les hommes et les animaux en
    souffent déjà. Maintenant, comme il y a eu de tout temps des conflits de sources multiples dont surtout l'ignorance et l'impatience entre
    les hommes, imaginez-donc notre entêtement à être indifférents au bien-vivre ensemble avec des coyotes.
    Quand je me promène sur la rue et que les odeurs des poubelles ou bac de récupération m'indisposent, il me semble que ce n'est pas
    sorcier de faire attention à que ce qu'on souhaite jeter soit respectueux de l'hygiène rudimentaire nécessaire pour le bien-être commun.
    Les coyotes sont semble-t-il chassés de leur milieu naturel par un concours circonstanciel de changement dans leur habitat.
    Si on comprend qu'un coyote malade peut menacer notre sécurité urbaine, on peut faire une différence appréciable en se sentant responsable et en agissant en conséquence.