Des chercheurs espèrent qu’un simulateur pourra contribuer à sauver des bélugas

Le simulateur devrait aider les scientifiques à comprendre quelle est l’empreinte acoustique des bateaux — et ce, sur les trois dimensions: à l’avant, sur les côtés et en profondeur — et quel est son impact sur les bélugas.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le simulateur devrait aider les scientifiques à comprendre quelle est l’empreinte acoustique des bateaux — et ce, sur les trois dimensions: à l’avant, sur les côtés et en profondeur — et quel est son impact sur les bélugas.

Des chercheurs québécois espèrent qu’un simulateur informatique ressemblant à un jeu vidéo pourra contribuer à sauver les bélugas du Saint-Laurent, qui sont en voie de disparition.

Le projet, qui a reçu du financement du gouvernement du Québec cette semaine, permettra aux scientifiques de croiser des données sur les mammifères marins et sur les bateaux pour déterminer comment ils interagissent dans différentes situations.

Par ce modèle, les chercheurs pourront tester différents scénarios, en ajustant le nombre de bélugas, et en modulant d’autres facteurs, dont la vitesse des bateaux et le volume des moteurs, afin de trouver les meilleurs moyens d’atténuer les risques.

Clément Chion, le professeur de l’Université du Québec en Outaouais qui est responsable de l’étude, reconnaît que ce système ressemble à un jeu vidéo.

Ainsi, on peut voir le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saguenay en trois dimensions, et sur cette interface, les chercheurs déplacent les baleines et les bateaux selon des données existantes.

Le simulateur a été créé il y a environ dix ans pour diminuer les cas de collision entre les bateaux et les grandes baleines.

L’équipe travaille maintenant sur une nouvelle dimension qui leur permettra de calculer « l’empreinte acoustique » des navires afin de réduire l’impact de ces bruits sur ces mammifères marins.

Le système comprendra aussi des données sur les bélugas, qui ont adopté « un comportement social très développé ».

« Pour le béluga, le Saint-Laurent et le Saguenay, c’est son habitat estival principal, donc c’est une espèce qui est résidante, avec une utilisation beaucoup plus complexe de son habitat. Donc le développement du simulateur de déplacement du béluga va demander beaucoup plus d’investigations et de données », a expliqué le professeur Chion.

Collaborations

Le gouvernement du Québec a investi 2,1 millions de dollars dans le projet, ce qui couvrira ses coûts d’activités pour les cinq prochaines années.

Les chercheurs tiendront aussi des consultations avec les intervenants de l’industrie maritime. Selon M. Chion, leur collaboration est nécessaire pour sauver les bélugas.

Pêches et Océans Canada fournira des données sur les bateaux et l’acoustique, alors que les informations sur le comportement et les activités des bélugas proviendront du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM).

Selon Robert Michaud, qui dirige le groupe, plus de recherches sont nécessaires pour comprendre exactement comment les bruits affectent les bélugas, qui ne compteraient que quelque 900 espèces à l’heure actuelle.

Les scientifiques ont longtemps pensé que la pollution sonore avait un impact sur les bélugas, qui utilisent les sons pour communiquer, se déplacer et chasser.

Le simulateur devrait aider les scientifiques à comprendre quelle est l’empreinte acoustique des bateaux — et ce, sur les trois dimensions : à l’avant, sur les côtés et en profondeur — et quel est son impact sur les bélugas. On cherchera alors à déterminer si l’ajustement de la vitesse ferait une différence sur les mammifères marins.

Selon M. Michaud, les recherches sont d’autant plus urgentes avec la mise en oeuvre de la Stratégie maritime du Québec, qui pourrait augmenter de façon importante le trafic maritime sur le Saint-Laurent.

L’idée est de trouver des moyens de réduire l’impact du trafic sur les bélugas, et cela pourrait nécessiter des sacrifices, a prévenu M. Michaud, mentionnant par exemple les fermetures de zones de pêche qui ont dû être effectuées dans l’est du Canada pour sauver les baleines noires de l’Atlantique-Nord.