Lacs et rivières ouverts aux pétrolières

Le gouvernement du Québec compte ouvrir les lacs et les rivières aux projets d’exploration pétrolière et gazière.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le gouvernement du Québec compte ouvrir les lacs et les rivières aux projets d’exploration pétrolière et gazière.

Contrairement à ce qu’avait promis le ministre de l’Énergie, Pierre Moreau, le gouvernement Couillard compte bel et bien ouvrir les lacs et les rivières du Québec aux projets d’exploration pétrolière et gazière, a constaté Le Devoir. Et si les libéraux ferment la porte à la fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent, ils comptent l’autoriser dans toutes les autres régions de la province, en plus de permettre les forages aux limites des milieux naturels protégés.

Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles a mis en ligne mercredi en fin de journée la « version administrative » des nouveaux projets de règlements qui vont de pair avec la mise en oeuvre de la première Loi sur les hydrocarbures de l’histoire du Québec.

Ces documents de quelques centaines de pages révèlent que le gouvernement Couillard a l’intention d’ouvrir la quasi-totalité des lacs et des rivières du Québec aux projets d’exploration pétrolière et gazière. En se basant sur la carte officielle des 53 225 km2 de permis d’exploration en vigueur à l’heure actuelle au Québec, on constate que des milliers de cours d’eau de différentes régions pourraient donc être ciblés par les entreprises.

Fait à noter, seuls treize cours d’eau seraient hors d’accès pour les entreprises, dont le fleuve Saint-Laurent, le lac Saint-Jean, le lac Memphrémagog, le canal Lachine, la rivière Richelieu, la rivière Saint-Maurice et la rivière Saguenay.

Pour tous les autres, le gouvernement compte autoriser les entreprises à réaliser des « levés géophysiques », des opérations qui peuvent nécessiter l’utilisation d’« explosifs ». Les pétrolières et les gazières pourront également mener des forages exploratoires, y compris des forages horizontaux, ou encore des opérations d’exploitation d’énergies fossiles directement dans les lacs et les rivières.

Distances

Les forages en milieu hydrique ou en milieu terrestre ne pourront toutefois pas être réalisés à moins de 300 mètres d’une résidence isolée, par exemple un chalet, ou à moins de 180 mètres d’un barrage « à forte contenance ». Les foreuses devront aussi être positionnées à au moins 550 mètres « d’un établissement de santé et de services sociaux, d’un établissement d’enseignement, d’un bâtiment où sont offerts des services de garde à l’enfance ».

Dans la plupart des cas, on constate cependant que « le ministre » peut « permettre la réduction des distances si le titulaire de l’autorisation lui démontre qu’une mesure de protection efficace permet de réduire les risques ».

Les forages seront en outre interdits dans les périmètres urbanisés, mais aussi dans un rayon d’un kilomètre autour de ceux-ci. Le ministre Moreau croit répondre ainsi aux critiques des 338 municipalités qui exigeaient des règles plus strictes de protection de l’eau potable dans le cadre des forages. Mais les projets de règlements publiés mercredi ne font pas mention de la question de la protection de l’eau potable, qui relève d’un règlement géré par le ministère de l’Environnement.

Le gouvernement, qui réaffirmait mercredi que « la protection de l’environnement est au coeur » de ses décisions, mais aussi qu’il est « à l’écoute de la population », a par ailleurs décidé de revoir les distances prévues entre un forage et un milieu naturel protégé, comme un parc national ou une aire protégée. Alors que les premiers projets de règlements, publiés en septembre 2017, prévoyaient une distance de 60 mètres, le ministre Moreau prévoit maintenant une distance de 100 mètres.

Volte-face

Le choix de garder la porte ouverte aux forages dans les lacs et les rivières signifie toutefois que le ministre Pierre Moreau revient sur sa parole. « Le gouvernement du Québec n’autorisera jamais l’exploration ou l’exploitation d’hydrocarbures dans les cours d’eau, dans les parcs nationaux, à proximité des garderies, des cours d’école, dans les espaces résidentiels ou au coeur des zones urbaines », avait-il affirmé, peu de temps après sa nomination, en octobre 2017, en marge du congrès de l’Association pétrolière et gazière du Québec.

« Je m’adresse à ceux qui font croire le contraire et qui tiennent un discours alarmiste. Il faut cesser de faire peur au monde », avait-il ajouté.

Dans le cadre d’un point de presse tenu mercredi en compagnie de la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, Pierre Moreau a par ailleurs annoncé que le gouvernement interdira les opérations controversées de « fracturation » dans le schiste de l’Utica, soit la formation géologique ciblée pour la recherche de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent.

Après des années de controverse, le gouvernement Couillard ferme donc la porte aux projets d’exploration gazière qui avaient débuté sous le gouvernement libéral de Jean Charest, il y a de cela une décennie. « L’acceptabilité sociale n’était clairement pas au rendez-vous », a résumé M. Moreau. Si la technologie se développait et permettait l’extraction de gaz de schiste sans recourir à la fracturation, le gouvernement pourrait l’autoriser, a-t-il toutefois précisé.

Les entreprises qui le souhaitent pourront toutefois utiliser la fracturation pour extraire du pétrole ou du gaz naturel, selon les règles élaborées par le gouvernement Couillard. Cette technique controversée pourra par exemple être utilisée dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

Qui plus est, les pétrolières pourront utiliser, partout au Québec, une technique qui présente des similitudes avec la fracturation hydraulique. Elles pourront ainsi recourir à la « récupération assistée du pétrole », une technique d’exploitation qui n’a jamais été évoquée auparavant.

Le gouvernement la définit comme « toute récupération d’hydrocarbures au moyen de méthodes de maintien de la pression du gisement, notamment par l’injection de fluides ». Celle-ci permet d’augmenter la quantité de brut ramené à la surface en forant des puits supplémentaires qui permettent d’injecter, par exemple, du gaz ou des produits chimiques, pour stimuler la production.

20 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 juin 2018 05 h 08

    Reprise de la blague pétrolière de l'île Anticosti

    Bonjour les fuites de méthane et la contamination non seulement de la nappe phréatique mais aussi des cours d'eau…

    Tout ça pour tirer au plus 3% du pétrole emprisonné dans roche… et empocher des dividendes grâce à la spéculation boursière…

    En prévision des prochaines élections, voilà une reprise de la blague pétrolière de l'île Anticosti

    Quelle est la part d'électeurs qui n'a aucune connaissance en économie, en physique et en géologie ?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 7 juin 2018 13 h 38

      " contamination non seulement de la nappe phréatique mais aussi des cours d'eau…"

      Ça bien être a feu et a sang chez nos voisins du sud puisque qu'ils ont ajouter au moins 150,000 puits pour fin d'extraction de gaz et de pétrole.

      Non seulement ils ne sont plus dépendant de la production de d'autres pays, situés a l'autre bout du monde (ce qui réduit leur besoin d'une grosse machine de guerre), il en sont même en surplus au point ils prennent la première place dans nos importations canadiennes, et particulièrement québécoises.

      https://www.neb-one.gc.ca/nrg/ntgrtd/mrkt/snpsht/2018/03-01mprtscrdl-fra.html

      Et ici pour l'évolution des productions américaine et canadienne de 1965 à 2015. Virement radicale de la situation en 2008 pour cause de l'arriver de la technologie de fracturation en forage horizontale.
      www.goo.gl/9JvnXs

  • Daniel Grant - Abonné 7 juin 2018 08 h 42

    Pendant que Moreau joue du violon sur le Titanic...

    Chantons tous ensemble
    « Niquons la planète »
    avec les Saltimbanks

    Canari de l’environnement

  • Jacques Morissette - Abonné 7 juin 2018 09 h 01

    Quand les détails discutables de l'annonce se perdent dans le message.

    Le néolibéralisme du parti Libéral annonce: Regarde la lune, mais pas le doigt manipulateur qui la pointe.

  • Denis Langlois - Abonné 7 juin 2018 09 h 20

    LES GOUVERNEMENTS ET L’APROPRIATION DE LA NATURE

    Des études nombreuses -comme les rapports annuels du GIEC et autres institutions spécialisées sur le climat-, des films d'avant-garde -comme "La terre vue du cœur" et "Demain", qui montrent l'imagination nécessaire pour résoudre les crises écologiques, économiques et sociales que traversent nos pays-, des mobilisations citoyennes et autochtones comme celles contre les pipelines d'Énergie Est et de Kinder Morgan... rien n'y fait. Les preuves du caractère dévastateur et largement mis en cause de ce modèle de développement ne suffisent pas à contrer des gouvernements soumis à la folle appropriation d'une nature que les profiteurs de tous genres ne saisissent même pas.

    Et nous devrions permettre à ces dirigeants politiques de continuer à gouverner cette folie destructrice? Non merci, il est de loin préférable de révolutionner ce modèle dépassé et de multiplier les alternatives de développement, énergétiques et autres, à l’œuvre présentement ici et dans le monde.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 7 juin 2018 12 h 04

      Il est de toute évidence qu’il n’y a pas grand monde dans le gouvernement libéral du PM Couillard qui s’est donné la peine d’aller voir un ou les deux films que vous mentionnez. Ils ne sont pas rendus là, faut croire. Leurs priorités sont ailleurs et ils nous démontrent de façon constante qu’ils n’ont aucune répugnance à mettre sur le billot la tête de l’environnement lorsqu’il s’agit de mettre du fric dans les poches des compagnies pétrolières et gazières. Le sort des lacs et des rivières? On verra, on verra...

      Inutile alors de compter sur eux pour aller de l’avant dans le sens que vous décrivez. Ils ont peut-être les deux mains sur le volant, comme un nouveau venu dans le parti libéral vient de nous le rappeler, mais le bras de vitesse, lui, il est positionné sur ‘’R’,

    • Jean-Yves Arès - Abonné 7 juin 2018 13 h 46

      Les politiciens au pouvoir sont ceux que l'on y place.

      C'est jolie ce que l'on peut voir au cinéma, mais ce sont des productions "créatives", ou il est bien facile de faire des scénarios rose-bonbon.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 7 juin 2018 14 h 48

      P.S. Le film DEMAIN, tiré du livre de Cyril Dion portant le même titre, n'est pas un film de scénarios rose-bonbon, mais du factuel basé sur de nombreux témoignages de personnes partout dans le monde.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 juin 2018 09 h 31

    Ne lâchez pas

    Par les textes d’Alexandre Shields, le Devoir nous informe mieux au sujet des turpitudes libérales en matière d’environnement que tous les autres quotidiens du Québec réunis.