Montréal-Est: un nouveau pipeline à construire représente un risque, prévient le BAPE

Le projet de la CIAM nécessitera la construction de huit réservoirs d’entreposage de carburant en bordure du fleuve Saint-Laurent.
Photo: Maquettes Corporation internationale d’avitaillement de Montréal Le projet de la CIAM nécessitera la construction de huit réservoirs d’entreposage de carburant en bordure du fleuve Saint-Laurent.
Le nouveau tronçon de pipeline à construire dans Montréal-Est pour le projet de terminal maritime de carburant d’avion pourrait représenter un risque pour la sécurité des citoyens du secteur, prévient le BAPE. L’organisme invite aussi le gouvernement à s’assurer de la sécurité du pipeline Trans-Nord, construit il y a plus de 65 ans et qui a connu plusieurs incidents.
 

Dans un rapport favorable au projet de la Corporation internationale d’avitaillement de Montréal (CIAM), rendu public le 6 juin, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) insiste sur les enjeux liés aux pipelines qui seront nécessaires pour transporter du carburant d’avion à partir du terminal à construire dans Montréal-Est.

Dans le cadre de son projet, la CIAM prévoit notamment construire une conduite de sept kilomètres pour le relier son site de stockage au pipeline Trans-Nord. Or, souligne le BAPE, le nouveau pipeline «serait implanté dans des emprises d’infrastructures publiques» et «longerait un quartier résidentiel de la ville de Montréal-Est». Il pourrait donc «représenter un risque d’accident avec des conséquences graves pour la sécurité des résidents à proximité», préviennent les commissaires.

La commission d’enquête estime donc «essentiel que l’initiateur informe préventivement les riverains des mesures à prendre dans le cas où le bris du pipeline de raccordement provoquerait une infiltration du carburéacteur dans le réseau d’égout municipal».

Incidents

Quant au pipeline Trans-Nord, le BAPE invite le ministère de l’Environnement du Québec à «valider» que le propriétaire de la conduite répond aux «exigences de l’Office national de l’énergie avant d’autoriser la construction ou le raccordement du pipeline de la CIAM».

Dans son rapport, le BAPE souligne aussi que plusieurs participants aux audiences publiques sur le terminal de carburant ont insisté sur la «la désuétude et la vétusté de ce pipeline vieux de plus de 65 ans». Certains ont d’ailleurs rappelé que de «nombreux incidents» sont survenus de le réseau Trans-Nord «au cours des dernières années».

Ce pipeline est responsable à lui seul de 6 des 13 incidents liés aux pipelines au Québec répertoriés par l’Office national de l’énergie depuis 2008. Selon les données comptabilisées par Équiterre dans son mémoire au BAPE, il y aurait même eu « 83 incidents sur ce pipeline depuis 2004, dont 35 au Québec, ainsi que 8 déversements de substances, dont 2 au Québec, pour la même période, pour un total de 148,1 mètres cubes de substances (932 barils) ». 

Il est notamment à l’origine d’un déversement de plus de 14 000 litres survenu près de la rivière des Prairies en 2010. La même année, un autre déversement de plus de 1500 litres a eu lieu dans Montréal-Est. En septembre 2017, Trans-Nord a également annoncé son intention de remplacer une portion de 500 mètres de conduite en raison de l’érosion de celle-ci.

Cette conduite, qui part de Montréal-Est, traverse Montréal-Nord, puis la rivière des Prairies, une partie de Laval d’est en ouest, avant de redescendre vers le sud, de retraverser la rivière des Prairies, puis de rejoindre l’aéroport. Vers l’ouest, ce pipeline construit en bonne partie en 1952 traverse la rivière des Mille-Îles et celle des Outaouais.

Ce pipeline Trans-Nord a une capacité de transport de 27,5 millions de litres par jour, soit plus de 172 000 barils.

Pipeline absent

 En présentant le mémoire de la Direction régionale de santé publique de Montréal en février, son porte-parole, Luc Lefebvre, avait déploré que le cas du pipeline ne soit tout simplement pas examiné dans l’étude d’impact produite par la CIAM en vue de l’évaluation du BAPE. 

Cette omission est d’autant plus inadmissible, selon la Direction régionale de santé publique, que le pipeline Trans-Nord traverse des cours d’eau dans lesquels un déversement d’hydrocarbures « menacerait l’approvisionnement en eau potable de la population de l’agglomération de Montréal ». « Les prises d’eau sont toutes situées près d’une zone à risque en cas de déversement du pipeline », selon la Direction régionale de santé publique.

 Une telle situation « mettrait en péril la santé et la sécurité de la population », puisque « les besoins en eau pour la région de Montréal sont tels qu’il n’y a pas de sources optionnelles » pour alimenter les trois millions de citoyens de la région.

Convois ferroviaires

Le projet de terminal maritime doit par ailleurs entraîner une augmentation du transport de produits pétroliers sur l’île. Le promoteur souhaite en effet construire sur le bord du fleuve Saint-Laurent un nouveau terminal doté de huit réservoirs pouvant stocker 164 millions de litres de kérosène. 

Ces produits pétroliers, amenés par bateau, pourront alors être chargés à bord de convois ferroviaires (7300 à 10 950 wagons-citernes par année), de camions ou de barges, pour alimenter Ottawa et Toronto.

La CIAM souhaite construire un nouveau terminal pour recevoir, à Montréal-Est, du carburant d’avion destiné aux aéroports de Montréal, d’Ottawa et de Toronto. La construction de ce nouveau terminal, qui remplacera une bonne partie des transbordements effectués présentement au port de Québec, pourrait débuter en 2018. 

Le site choisi « est approprié à la réalisation du projet », conclut d’ailleurs le BAPE. « Toutefois, en raison des volumes de sols contaminés qui sont encore présents à l’emplacement retenu, la commission estime que la réalisation du projet devrait être assortie de l’exigence d’un suivi exhaustif des hydrocarbures pétroliers dans les sols et les eaux souterraines derrière la façade du quai et la mise en oeuvre de moyens visant à empêcher la contamination d’atteindre le fleuve Saint-Laurent », soulignent les commissaires dans leur rapport.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que le BAPE s’inquiétait du risque que représenterait le pipeline Trans-Nord pour la sécurité des citoyens de la région de Montréal, a été corrigée. On aurait plutôt dû lire que le BAPE s’inquiète du risque que représente le pipeline de 7 km qui sera construit pour raccorder le terminal de carburant d’avion de Montréal-Est au pipeline Trans-Nord.

Illustration: Le Devoir