Pierre Moreau ne croit pas au retour du pipeline Énergie Est

Le projet Énergie Est avait soulevé une vive controverse au Québec, à tel point que les audiences fédérales avaient été annulées avant même qu’elles commencent.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le projet Énergie Est avait soulevé une vive controverse au Québec, à tel point que les audiences fédérales avaient été annulées avant même qu’elles commencent.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, Pierre Moreau, ne croit pas à la relance du défunt projet de pipeline Énergie Est, jugeant notamment que l’opposition à ce projet serait trop forte, mais aussi qu’il n’est pas dans l’intérêt national. Des partisans de ce pipeline pressent pourtant le gouvernement Trudeau d’appuyer sa réalisation, jugeant qu’il est aussi crucial que l’expansion de Trans Mountain.

Officiellement, la pétrolière TransCanada a abandonné en octobre dernier son projet de pipeline Énergie Est, qui devait acheminer du pétrole des sables bitumineux sur une distance de 4600 kilomètres, jusqu’au Nouveau-Brunswick. Ce pipeline, qui devait transporter chaque jour 1,1 million de barils de brut, aurait traversé le territoire québécois sur plus de 625 kilomètres.

Ce projet avait d’ailleurs soulevé une vive controverse au Québec, qui aurait contribué à son abandon. Mais maintenant que le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé le rachat du pipeline Trans Mountain et du projet d’expansion de ce dernier au nom de « l’intérêt national » canadien, des partisans d’Énergie Est estiment que le fédéral devrait relancer le projet développé par TransCanada.

Le président-directeur général de la pétrolière Irving, Jim Irving, mais aussi un député libéral du Nouveau-Brunswick, Wayne Long, et le maire de Saint John, Don Darling, ont tous plaidé depuis mardi en faveur du défunt projet de TransCanada.

Le chef conservateur Andrew Scheer a lui aussi déjà évoqué le retour de ce projet controversé s’il est élu premier ministre l’an prochain. Ses troupes ont d’ailleurs directement abordé le sujet mercredi aux Communes, en soulignant qu’Ottawa devrait offrir une « certitude » de construction pour TransCanada.

Opposition

Interpellé jeudi à Québec, le ministre Pierre Moreau a toutefois jugé cette relance peu probable. « Je pense qu’il y a une opposition assez claire au Québec pour ce projet-là, et je n’ai pas l’impression que c’est un grand mouvement » en faveur d’Énergie Est, a-t-il souligné d’entrée de jeu.


Pour le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Énergie Est n’est tout simplement pas un projet qui répond au critère de « l’intérêt national ». « Ce dont on parle, c’est de transporter du pétrole d’un point A à un point B à l’intérieur du Canada, donc la comparaison ne se fait pas », avec Trans Mountain.

Dans le cas du projet de 7,4 milliards de Kinder Morgan, que le fédéral est prêt à prendre en charge, M. Moreau a souligné que l’objectif est d’exporter du pétrole brut. Fait à noter, c’était aussi l’objectif de TransCanada avec le projet Énergie Est. Selon les données de l’entreprise, plus de 80 % du pétrole devait être exporté à l’état brut, par bateau, à partir d’un port du Nouveau-Brunswick.

Le pipeline Énergie Est, un projet dont la valeur a été évaluée à 15,7 milliards de dollars, devait acheminer du pétrole en vue d’une exportation vers l’Europe, les États-Unis et l’Inde. Ces marchés permettraient aux producteurs albertains d’obtenir un meilleur prix pour leur production, ce qui est aussi l’objectif avec l’expansion de Trans Mountain.

Le pipeline aurait traversé le territoire de six provinces, de l’Alberta au Nouveau-Brunswick. Au Québec, il aurait traversé le territoire de plusieurs municipalités, quelques centaines de cours d’eau, des terres agricoles et des milieux naturels protégés. Plusieurs municipalités s’y opposaient, mais aussi des groupes environnementaux et des nations autochtones.

Avec Dave Noël