Hydro-Québec pourrait construire trois Suroît à Beauharnois

En 1989, Hydro-Québec projetait de construire sur ses terrains en bordure du canal de Beauharnois non pas une mais trois centrales thermiques au gaz naturel, la première devant être soumise au débat public en l'an 2000!

C'est ce qui ressort de l'Étude de la vocation des propriétés d'Hydro-Québec le long du canal de Beauharnois, réalisée en 1989 pour Hydro-Québec, région Maisonneuve, par la Société multidisciplinaire d'études et de recherches de Montréal avec la collaboration de la firme d'ingénieurs Urgel Delisle et associés.

Ces documents, dont le maire de Beauharnois, Daniel Charlebois, a remis copie au Devoir, avaient alors été remis à la ville de Beauharnois et de Melocheville pour fins de planification de leur aménagement urbain. La demande récente d'Hydro-Québec de faire modifier la réglementation de Beauharnois en vue d'autoriser la construction du Suroît permettrait à la société d'État de construire éventuellement sur ces terrains non pas une mais plusieurs centrales thermiques ou d'agrandir l'actuel projet fort controversé sans que les citoyens de cette ville aient à se prononcer de nouveau par l'entremise de leur conseil municipal.

Selon ce document, «quatre emplacements sont gardés en réserve pour l'implantation d'une éventuelle centrale à turbines à gaz dans les bassins SB2, SB7 et SB8. Une étude préliminaire a récemment débuté à ce sujet pour un échéancier de mise en service vers 2000. Évidemment, une centrale aura besoin de lignes de transport d'énergie, qui se situeraient préférablement dans les bassins avant de cheminer à l'extérieur».

Aucune limite

En entrevue au Devoir, le maire Charlebois a expliqué qu'une fois levé l'interdit actuel de construction visant les centrales thermiques ou nucléaires, Hydro-Québec pourrait à loisir construire autant de centrales thermiques ou nucléaires qu'elle le voudrait à cet endroit, sans devoir rendre de nouveaux comptes à la municipalité.

«Si on lève ce règlement, a ajouté Daniel Charlebois, ils peuvent construire deux ou trois Suroît sur le seul site SB8 car il y a là de la place en masse. Ils ne nous ont pas demandé de lever l'interdit sur le seul terrain de la centrale projetée. Ils savent que si on avait levé l'interdiction de construire des centrales thermiques au gaz ou au mazout, voire des centrales nucléaires sur leurs terrains, on ne pourrait plus revenir en arrière et aucune limite ne s'appliquerait plus à leurs projets de construction.

«Or, par le passé et même maintenant, ce qui nous inquiète, c'est de voir le décor autour de ce projet changer rapidement et sans préavis. Un jour, on apprend que GE va construire et non pas Hydro-Québec. Un autre jour, c'est autre chose. Il y a tellement de lapins qui sortent du chapeau d'Hydro-Québec qu'on a de plus en plus de réserves parce qu'une fois déréglementé, ils feront ce qu'ils veulent avec tout le secteur.

«J'ai demandé à plusieurs reprises à Hydro-Québec combien de centrales ils voulaient construire ici, combien de Suroît, à long terme. On n'a jamais eu de réponse», a conclu le maire Charlebois.

Les terrains d'Hydro-Québec en bordure du canal de Beauharnois font partie du secteur zoné industriel de cette ville. Mais un règlement y interdit la construction de centrales thermiques ou nucléaires à côté de l'énorme centrale hydroélectrique de Beauharnois. La municipalité avait conclu l'an dernier une entente de principe avec Hydro-Québec, qui accordait un million à la MRC et trois millions à la ville si la réglementation donnait le feu vert au Suroît. La municipalité, qui avait amorcé le changement réglementaire, l'a finalement suspendue sine die, ce qui devrait stopper le projet car Hydro-Québec a toujours affirmé qu'elle n'irait pas de l'avant sans l'accord du milieu. Pourtant, Québec et la société d'État continuent de le pousser devant d'autres instances, comme la Régie de l'énergie, dans l'espoir de décrocher un verdict favorable quelque part.

Mais ce n'est pas du côté de l'opposition à Québec que viendra cet appui car les porte-parole du Parti québécois ont à toutes fins utiles demandé hier au gouvernement de cesser de lancer des études sur le potentiel éolien du Québec et de planifier plutôt et rapidement son développement au profit des régions. Le ministre responsable par intérim des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, a répondu que son ministère lancerait prochainement un appel d'offres pour réaliser une autre étude sur le potentiel éolien du Québec, en plus de celle d'Hélimax et de l'inventaire d'une précision inégalée que s'apprête à publier Environnement Canada. Le député François Legault a pour sa part signalé que le gouvernement serait plus avisé d'évaluer et de matérialiser les énormes retombées économiques pour les régions éloignées des quelque 4000 MW en éolien, en guise de piste alternative au Suroît, que suggère l'inventaire éolien provincial réalisé par Hélimax et dévoilé il y a quelques jours.