L’obsolescence est aussi l’affaire des consommateurs, prévient Équiterre

«De plus en plus de consommateurs donnent une fin de vie prématurée à leurs produits» alors qu’ils ne sont pas nécessairement inutiles.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «De plus en plus de consommateurs donnent une fin de vie prématurée à leurs produits» alors qu’ils ne sont pas nécessairement inutiles.

Si le prêt-à-jeter est devenu la norme pour plusieurs des produits que nous consommons, les entreprises qui les fabriquent ne sont pas les seules à blâmer. Les consommateurs sont eux aussi en bonne partie responsables du phénomène de l’obsolescence, conclut une enquête qui doit être publiée jeudi par Équiterre.

Qu’il s’agisse d’appareils électroménagers d’usage courant ou encore d’appareils électroniques, il est devenu commun d’affirmer que la durée de vie de ces produits ne cesse de diminuer. La situation a d’ailleurs été documentée. Et pour expliquer le phénomène, plusieurs accusent sans détour les entreprises qui produisent ces appareils. C’est ce qu’on appelle « l’obsolescence programmée ».

L’étude produite par Équiterre à partir d’une enquête menée auprès de 2202 Canadiens, et dont Le Devoir a obtenu copie, indique d’ailleurs que plus de 86 % des répondants affirment que leurs appareils électroménagers et électroniques sont « volontairement conçus pour ne pas durer ».

Or, cette réalité — ou cette perception, selon le point de vue — ne permet pas de comprendre toute l’ampleur du phénomène de l’obsolescence, explique Annick Girard, chargée de projet chez Équiterre. Les consommateurs ont aussi une grande part de responsabilité dans cette situation, même s’« ils croient qu’ils sont essentiellement des victimes », précise-t-elle.

L’enquête révèle en effet que « de plus en plus de consommateurs donnent une fin de vie prématurée à leurs produits, généralement des biens durables, non pas parce que ceux-ci ne fonctionnent plus, mais tout simplement pour des raisons de fonctionnalités techniques, esthétiques ou psychologiques ».

Les résultats tendent ainsi à démontrer que très peu de gens font réparer leurs appareils défectueux. Seulement 19 % des répondants font réparer leurs appareils électroménagers et 26 % le font pour les appareils électroniques. Quant aux achats, ils se concentrent à 80 % sur des appareils neufs, ce qui indique « une faible propension vers le réemploi ».

Près d’un consommateur sur cinq peut par ailleurs être qualifié d’« excessif », puisqu’il a acheté cinq appareils ou plus au cours des deux dernières années.

Dans ce cas, Annick Girard rappelle toutefois que les consommateurs succombent aussi aux « tactiques marketing » qui incitent à la consommation. Elle cite comme exemples les promotions qui proposent de remplacer les électroménagers en bloc, ou encore les cartes de crédit qui offrent d’acheter des produits grâce à un programme de « points » accumulés au fil des achats.

Partant de ces constats, Équiterre plaide pour une prise de conscience du phénomène. « Nous ne disons pas que l’obsolescence programmée n’existe pas, mais elle est très difficile à démontrer. Établir la preuve, par exemple, peut s’avérer très long et très ardu. Sachant cela, il faut regarder ce que nous pouvons faire comme citoyens et comme consommateurs pour lutter contre l’obsolescence », souligne Mme Girard.

Réutilisation

Elle estime ainsi qu’il importerait de promouvoir une plus grande réutilisation de certains appareils, notamment électroménagers. En ce sens, Équiterre plaide pour que les gouvernements fassent des efforts beaucoup plus substantiels afin d’offrir une éducation à la consommation. « Très peu de choses se font actuellement » au Québec et au Canada, selon Annick Girard, notamment « pour favoriser la durabilité de l’utilisation des produits ».

Les entreprises devraient aussi être obligées de concevoir des produits qui peuvent être réparés, et non seulement remplacés, comme cela est devenu en bonne partie la norme. « On pourrait aussi demander aux fabricants d’indiquer quelle serait la durée de vie normale d’un appareil, mais aussi exiger un meilleur accès aux pièces de rechange et aux guides de réparation », ajoute Mme Girard.

« On en revient aussi à une question très simple, mais qui demeure pertinente : en avez-vous vraiment besoin ? »