L’aluminium québécois bientôt produit sans gaz à effet de serre?

Roy Harvey, p.-d.g. d’Alcoa, Justin Trudeau, Philippe Couillard et Alf Barros, p.-d.g. de Rio Tinto Aluminium, étaient rassemblés à Saguenay pour faire l’annonce jeudi.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Roy Harvey, p.-d.g. d’Alcoa, Justin Trudeau, Philippe Couillard et Alf Barros, p.-d.g. de Rio Tinto Aluminium, étaient rassemblés à Saguenay pour faire l’annonce jeudi.

Rio Tinto et Alcoa pensent pouvoir éliminer complètement leurs émissions de gaz à effet de serre grâce à une nouvelle technologie lancée jeudi à Saguenay. Une technologie à laquelle se sont aussi associés Apple et les deux ordres de gouvernement, qui y investissent 188 millions de dollars.

« Cela va permettre d’éliminer l’équivalent de 1,8 million de voitures sur les routes », a fait valoir le p.-d.g. de Rio Tinto Aluminium, Alf Barrios, lors d’une cérémonie à grand déploiement qui s’est déroulée au campus de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). « C’est une véritable percée », a ajouté le p.-d.g. d’Alcoa, Roy Harvey.

Un tel changement n’est pas anodin, puisque les deux producteurs d’aluminium comptent parmi les plus gros émetteurs de GES au Québec à l’heure actuelle.

D’emblée, ce n’est pas une partie, mais bien toutes les émissions de GES qui pourraient être éliminées dans cette aventure, a-t-on expliqué lors de l’annonce en présence du premier ministre fédéral, Justin Trudeau, et de son homologue québécois, Philippe Couillard.

Comme son nom l’indique, le nouveau procédé « d’électrolyse de l’aluminium sans carbone » ne nécessiterait plus l’usage de carbone et, dès lors, ne générerait plus de dioxyde de carbone, mais uniquement de l’oxygène. Il a été développé au siège social d’Alcoa à Pittsburgh, mais c’est chez Rio Tinto au Québec qu’il sera développé.

Pour développer cette technologie, une nouvelle coentreprise du nom d’Élysis a été créée par les deux géants de l’aluminium, et le gouvernement du Québec a mis la main sur 3 % de ses parts.

Vincent Christ, son p.-d.g., a dit s’attendre à pouvoir la déployer dans l’industrie à compter de 2024, dans le cadre d’une seconde phase.

Parlant d’une technique « révolutionnaire », il a avancé que l’utilisation du nouveau procédé par l’ensemble de l’industrie canadienne équivaudrait pour l’environnement à l’ajout d’une forêt de la taille du lac Érié.

L’association étonnante entre les concurrents Rio Tinto et Alcoa a par ailleurs été rendue possible grâce à l’intervention d’Apple, a-t-il signalé.

En plus d’éliminer les GES, le nouveau procédé permettra de réduire de 15 % les frais d’exploitation et de faire croître la productivité dans une même proportion.

Apple a investi pour sa part 13 millions dans le projet. À terme, elle espère n’utiliser que de l’aluminium « vert » dans ses appareils.

Pour Saguenay, la nouvelle s’accompagne de la création d’une centaine d’emplois dans son centre de recherche d’Arvida en recherche et développement, en gestion et en ventes.

Réduction de GES

Au Canada, la majorité des émissions de gaz à effet serre provient des transports, et l’industrie ne représente que 2,5 % du total des émissions selon une compilation réalisée en 2013.

À terme, on estime pouvoir réduire les émissions canadiennes de 6500 kilotonnes au Canada. Or, au Québec, les nombreuses usines de Rio Tinto (Alma, Saguenay, Sorel, etc.) sont celles qui contribuent le plus aux émissions, avec plus de 4000 kilotonnes de GES émises par an.

Chez Alcoa, l'usine de Deschambault avait émis 464 kilotonnes en 2013.

Prié de mesurer l’impact que le nouveau procédé aurait sur les cibles de réduction des gaz à effet de serre, le premier ministre Trudeau s’en est tenu à des considérations générales. « Il faut continuer d’innover et de réduire nos gaz à effets de serre », a-t-il dit.

Philippe Couillard, de son côté, a souligné qu’il allait falloir attendre quelques années avant que le déploiement de la nouvelle technologie ait un tel impact sur les émissions. « On peut penser qu’entre 2022-2024 et 2030, c’est là que va se produire l’accélération de l’impact de cette nouvelle technologie. Mais souvenons-nous que l’aluminium n’est pas la principale source d’émission de carbone chez nous. La principale source demeure le transport. »

Le plus récent bilan québécois des émissions disponible, soit celui de 2015, indique que les émissions ont diminué de 8,8 % depuis 1990. Or, l’objectif pour 2020 est d’atteindre une réduction de 20 %.