Québec a hérité d’au moins 618 puits pétroliers et gaziers abandonnés

Photo: Oksana Gracheva Archives Getty Images

Le gouvernement du Québec a hérité d’au moins 618 puits pétroliers et gaziers abandonnés au fil des ans, dont bon nombre sont « à repérer, à inspecter ou à sécuriser ». Mais plusieurs sont difficiles à localiser, admet le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau. Et le Québec compte toujours 242 puits considérés comme « actifs », donc où l’exploration pourrait être relancée.

En dévoilant mardi son « plan de match » pour « intensifier » les mesures prises pour régler le dossier des « puits inactifs », le ministre Moreau a indiqué que le gouvernement a recensé un total de 711 puits abandonnés au fil des décennies.

De ce nombre, 618 puits sont considérés comme « sans responsable connu », mais ils sont toujours « à repérer, à inspecter ou à sécuriser ». Cela signifie que c’est le gouvernement du Québec qui devra, dans chacun des cas, repérer les puits en question et apporter des correctifs si nécessaire. Il pourrait s’agir de stopper de « petites émanations » de gaz, de retirer des éléments de tubage du puits, ou encore d’installer une pancarte pour prévenir de la présence d’un puits abandonné.

Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) prévoit d’ailleurs d’entreprendre des « travaux » sur 91 de ces puits « dès cet été ». « Toute situation préoccupante sera traitée sans délai », a promis le ministre, en invitant aussi les citoyens à contacter le ministère s’ils trouvent un puits abandonné sur leur terrain ou s’ils en soupçonnent la présence.

Puits introuvables

Dans certains cas, les choses pourraient s’avérer compliquées pour le gouvernement. Le ministre Pierre Moreau a en effet admis mardi que certains puits abandonnés sont difficiles à repérer, puisque les données dont dispose le ministère ne sont pas toutes fiables. « C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin », a illustré le ministre. Combien y a-t-il de puits « introuvables » ? « C’est difficile à dire », a répondu le ministre.

Cette situation a mené l’an dernier les inspecteurs du MERN (ils étaient alors deux pour l’ensemble du Québec) à juger « conformes » plusieurs puits abandonnés qui n’avaient pourtant jamais été repérés. Parmi ceux-ci, on retrouve des puits forés par des entreprises privées qui ont cessé d’exister, mais aussi des puits de la défunte Société québécoise d’initiative pétrolière (SOQUIP), une société d’État.

On compte également au moins un puits de gaz de schiste foré en 2009 ou 2010. Classé « introuvable », il a tout de même été inscrit comme étant « conforme ».

Plan d’action 2014

Fait à noter, l’annonce du ministre Pierre Moreau mardi n’était pas la première du gouvernement Couillard pour le dossier des puits « inactifs ». En octobre 2014, Québec avait lancé un « plan d’action » dont l’objectif était de compléter l’ensemble des inspections de puits sur une période de trois ans.

« Trois ans et demi après avoir lancé son plan d’action pour l’inspection des puits inactifs au Québec en 2014, et après avoir géré ce dossier avec une opacité et un laxisme ahurissants, le gouvernement Couillard lance… la même chose », a d’ailleurs réagi mardi Carole Dupuis, du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec.

Dans une réaction conjointe publiée à la suite de l’annonce du ministre Moreau, des groupes environnementaux ont aussi dénoncé « une manoeuvre visant à rassurer la population au moment où le gouvernement s’apprête à adopter ses contestés règlements sur les hydrocarbures et à accélérer l’exploration pétrolière et gazière au Québec ».

Le gouvernement Couillard doit présenter sous peu la réglementation de mise en oeuvre de la Loi sur les hydrocarbures. « Le ministre précisera ses intentions au cours des prochaines semaines », a précisé mardi son attachée de presse, Catherine Poulin. Selon les projets de règlements publiés en septembre 2017, le gouvernement compte autoriser la fracturation hydraulique. Il était aussi question de permettre les forages près des zones habitées et des milieux naturels protégés.

Entreprises responsables

Un total de 93 puits abandonnés sont par ailleurs toujours sous la responsabilité d’entreprises. Le ministre a précisé que celles-ci seront contactées afin de repérer leurs puits.

Est-ce que le ministère entend faire les travaux nécessaires et refiler la facture aux entreprises responsables ? « Non », a dit le ministre Moreau. « Nous allons dire aux propriétaires qu’ils sont responsables de leurs puits et leur dire : “Vous devez faire les travaux et nous démontrer que c’est sécurisé”. »

En plus des puits abandonnés au fil des décennies, le gouvernement a aussi recensé un total de 242 puits « où il pourrait y avoir des activités » et qui sont, dans certains cas, fermés « temporairement ».

Mais cela ne signifie pas que l’exploration pétrolière et gazière reprendra dans chacun de ces puits. Selon Pierre Moreau, les éventuelles ressources pétrolières exploitables au Québec « ne sont pas énormes » et elles seraient « concentrées » dans la région de la Gaspésie. Trois projets sont réellement actifs, a-t-il précisé, un contrôlé par Junex (Galt) et deux contrôlés par Pieridae Energy (Bourque et Haldimand). Ils sont tous situés dans la région de Gaspé.

Au total, les entreprises actives dans la recherche d’énergie fossile détiennent présentement 304 permis d’exploration au Québec, essentiellement dans la vallée du Saint-Laurent (pour son potentiel en gaz de schiste), dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Ces permis recouvrent un territoire de plus de 53 225 km².