Un autre pipeline rencontre des embûches

Photo: Richard Tsong-Taatarii Star Tribune Associated Press Un travailleur s’affairait à la finition du pipeline de remplacement de la Ligne 3 d’Enbridge, à Superior, au Wisconsin, en août 2017.

Un autre projet de pipeline approuvé par le gouvernement Trudeau fait face à la possibilité de subir des retards de construction, ou alors un blocage. Cette fois, c’est le remplacement de la Ligne 3 de la pétrolière Enbridge qui se heurte à des obstacles en sol américain. Une situation qui a fait reculer l’action de l’entreprise à la Bourse de Toronto.

Au moment où il autorisait le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain, en novembre 2016, le gouvernement fédéral donnait aussi son aval au remplacement de la Ligne 3 d’Enbridge, un pipeline de 1660 km construit dans les années 1960 et qui transporte du pétrole de l’Alberta jusqu’au Wisconsin, en traversant le Minnesota.

Le projet de l’entreprise doit surtout permettre de faire passer la capacité quotidienne de transport de 390 000 barils à 760 000 barils, soit 277 millions de barils par année.

Dans une décision rendue lundi, une juge du Minnesota, Ann O’Reilly, a d’ailleurs souligné qu’il est « raisonnable » de construire un nouveau pipeline pour remplacer l’ancien, mais aussi pour augmenter la capacité de transport. Mais elle a du même coup recommandé à la Commission des services publics de l’État, qui doit rendre sa décision définitive en juin, de rejeter le tracé choisi par Enbridge.

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En clair, la juge estime que l’entreprise doit construire sa nouvelle Ligne 3 sur le même tracé que l’ancienne. Une telle option signifierait toutefois de retirer le pipeline existant, ce qui forcerait Enbridge à stopper le flux de pétrole pour plusieurs mois, selon une analyse publiée mardi par Desjardins Valeurs mobilières à la suite de la décision de la juge O’Reilly.

Une situation qui entraînerait également des coûts supplémentaires et des retards dans la mise en service de la nouvelle conduite, qui en accuse déjà.

Opposition autochtone

Dans une réaction officielle publiée sur son site Web, Enbridge a fait valoir qu’elle « n’approuve pas » cette recommandation concernant le tracé. L’entreprise de Calgary a toutefois dit vouloir éviter de « conjecturer » sur la suite des choses, préférant attendre la décision de la Commission des services publics du Minnesota.

La pétrolière souhaite pour sa part construire la nouvelle Ligne 3 en suivant un nouveau tracé, situé plus au sud. Cela lui permettrait de laisser le vieux pipeline dans le sol, mais surtout d’éviter de construire sa canalisation en traversant deux territoires de la nation ojibwée, qui a déjà manifesté son opposition au projet.

À la suite de consultations publiques menées dans l’État américain, la juge O’Reilly estime cependant que le tracé privilégié par Enbridge entraînerait des impacts environnementaux trop importants, au point de contrebalancer les bénéfices du projet. L’entreprise soutient au contraire que son tracé serait celui du moindre impact, notamment pour les Premières Nations, l’eau potable et les zones habitées.

Cette nouvelle incertitude sur la construction d’un pipeline a fait reculer l’action d’Enbridge à la Bourse de Toronto. En deux jours, l’action est passée de 39,82 $ à 37,59 $, un recul de 2,23 $.

Le remplacement de la Ligne 3 est le troisième projet soutenu par le gouvernement Trudeau qui se heurte à des incertitudes quant à sa réalisation. Le projet Trans Mountain est rejeté par la Colombie-Britannique, et TransCanada n’a toujours pas annoncé sa décision définitive concernant le pipeline Keystone XL.