Les glaces de l’Arctique lourdement contaminées par le plastique

Les chercheurs de l’Institut allemand Alfred Wegener (AWI) ont recueilli des échantillons de glace polaire dans le cadre de trois expéditions menées en 2014 et 2015.
Photo: Stefan Hendricks / Institut Alfred Wegener / Nature Publishing Group Les chercheurs de l’Institut allemand Alfred Wegener (AWI) ont recueilli des échantillons de glace polaire dans le cadre de trois expéditions menées en 2014 et 2015.

Les glaces de l’Arctique sont de plus en plus contaminées par le plastique, conclut une vaste étude menée dans cinq régions de l’océan Arctique. Certains échantillons analysés contenaient jusqu’à 12 000 microparticules par litre de glace, un niveau de pollution record.

Les chercheurs de l’Institut allemand Alfred Wegener (AWI), spécialisé dans la recherche polaire, ont recueilli des échantillons de glace dans le cadre de trois expéditions menées en 2014 et 2015.

L’analyse de ces échantillons a démontré des indices de forte contamination par le plastique, et ce, tout le long d’un vaste courant qui traverse l’océan Arctique d’est en ouest.

Cette pollution se retrouvait essentiellement sous forme de particules de très petite taille. Dans certains cas, la glace analysée contenait jusqu’à 12 000 de ces microparticules par litre, un niveau « deux à trois fois plus élevé que les mesures précédentes », soulignent les chercheurs.

Activité humaine

Au total, les scientifiques ont découvert pas moins de 17 types de plastiques dans la glace de mer, certains provenant d’emballages, de peinture, de fibres de polyester, de débris de filets de pêche, de nylon ou encore de matières servant à la fabrication de filtres de cigarettes.

12 000
C'est la quantité de microparticules de plastique par litre retrouvée dans certains échantillons de glace arctique. Un niveau deux à trois fois plus élevé que les mesures précédentes.

« Ces constats démontrent notamment que le trafic maritime et la pêche commerciale laissent des traces dans l’Arctique », peut-on lire dans l’étude. Qui plus est, une partie des microparticules retrouvées dans les hautes latitudes indique que les déchets provenant du « continent de plastique » du Pacifique Nord voyagent aisément jusqu’en Arctique.

Selon ce que précise la biologiste de l’AWI Ilka Peeken dans un communiqué annonçant la publication de l’étude dans la revue Nature Communications, la taille minuscule des particules suggère qu’« elles peuvent facilement être ingérées par les micro-organismes » qui sont à la base de la chaîne alimentaire. « Personne ne peut dire précisément à quel point ces particules de plastique sont dommageables pour la vie marine, et ultimement pour l’être humain », ajoute-t-elle.

Océans affectés

En plus de la glace de mer, les chercheurs de l’AWI ont déjà démontré que les fonds marins de l’Arctique sont eux aussi frappés par la pollution par le plastique. Dans certaines régions, les sédiments contenaient jusqu’à 6500 particules par kilogramme de sol.

Les océans et les mers du globe contiendraient déjà plus de 150 millions de tonnes de plastique, une matière dont la production industrielle ne cesse de croître. Cette pollution pourrait même doubler d’ici 2050 si rien n’est fait pour réduire les rejets de ces polluants dans l’environnement.

Selon les conclusions d’une étude publiée en 2017 dans Nature Communications, les fleuves déversent entre 1,15 et 2,41 millions de tonnes de plastique chaque année dans les océans, soit un rythme d’environ 50 kilos par seconde. Un chiffre jugé par ailleurs « prudent », puisqu’il ne prend pas en compte l’ensemble des débris transportés jusqu’aux océans. Les 20 fleuves qui contribuent le plus à la dissémination de cet héritage toxique, surtout situés en Asie, comptent pour 67 % des apports en plastique.

Selon les données du Programme des Nations unies pour l’environnement, cette matière très peu dégradable constituerait plus de 80 % des débris qu’on retrouve dans ces vastes étendues d’eau. La grande majorité provient de la terre ferme et est transportée au gré des bassins versants.

Il s’agit pour l’essentiel de microparticules, qui voyagent dans tous les océans du globe. Cette substance s’immisce donc dans toute la chaîne alimentaire. Dans les poissons, qui en ingurgitent des morceaux en les confondant avec leur nourriture. Dans les oiseaux, qui mangent des poissons ou qui nourrissent leur progéniture carrément avec du plastique.