BP obtient le feu vert pour forer au large de la Nouvelle-Écosse

Les autorités canadiennes et de la Nouvelle-Écosse viennent d’accorder les autorisations finales à BP, qui compte entamer un forage en eaux profondes au large de la province. Le secteur ciblé par la pétrolière à l’origine de la gigantesque marée noire du golfe du Mexique est fréquenté assidûment par des espèces en voie d’extinction, dont la baleine noire.

Selon le président de l’Office Canada — Nouvelle-Écosse sur le pétrole extracôtier, Stuart Pinks, le forage de BP « sera réalisé de manière sécuritaire » et sous étroite surveillance de l’organisme réglementaire.

Ce feu vert survient quelques jours après l’arrivée de la plateforme de forage West Aquarius au large de la Nouvelle-Écosse. Celle-ci avait déjà été transportée depuis l’Europe, à la demande de BP. Elle se trouvait d’ailleurs déjà dans la zone ciblée pour le forage à venir.

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La pétrolière pourra donc forer un puits exploratoire à près de 300 kilomètres au sud-est d’Halifax. C’est dans ce secteur que BP compte forer jusqu’à sept puits d’exploration d’ici 2022, afin de vérifier s’il existe un gisement de pétrole.

Ce premier forage en haute mer sera réalisé à une profondeur de près de 3000 mètres, soit le double de la profondeur du forage exploratoire qui a mené à la catastrophe de Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique. Et aucun puits de secours (utilisé pour stopper une fuite) n’est prévu pour ces travaux en plein Atlantique Nord.

Mckenna approuve

La ministre de l’Environnement du Canada, Catherine Mckenna, s’est portée dimanche à la défense de la décision d’autoriser BP à lancer cette nouvelle campagne de forages.

« Le projet de BP est passé par un processus d’évaluation environnemental et il est assujetti à de strictes conditions », a-t-elle affirmé. « Nous allons le surveiller étroitement », a-t-elle ajouté, en rappelant que le gouvernement se préoccupe « grandement » de la protection des milieux marins.

Le discours rassurant du gouvernement Trudeau ne convainc pas Angela Giles, du Conseil des Canadiens. « La réalité est que l’industrie pétrolière ne peut pas nous promettre qu’il n’y aura pas de déversement. Pour nous, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Nous ne voulons pas devenir le prochain golfe du Mexique », a-t-elle souligné, à la suite de l’autorisation accordée à la pétrolière.

BP juge pour sa part que la plupart des scénarios les plus graves de déversement de pétrole sont peu probables. « En situation réelle, le promoteur interviendrait immédiatement et, au cas peu probable où il y aurait éruption, le promoteur a prévu que le puits serait obturé et confiné en 13 à 25 jours […] », précise également le rapport produit au cours des derniers mois par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE). Dans le golfe du Mexique, une telle opération a pris cinq mois.

Baleines noires

Selon des informations publiées la semaine dernière par Radio-Canada, à partir de données recueillies par les chercheurs américains, les baleines noires fréquentent assidûment la région maritime ciblée pour les forages de BP. Et selon la documentation produite par le gouvernement fédéral en vertu de la Loi sur les espèces en péril, l’exploration pétrole constitue une « menace » directe sur l’habitat de ce cétacé.

Qui plus est, selon l’analyse de l’ACEE, « les émissions sonores » des travaux « dépasseraient le seuil de perturbation du comportement établi pour les mammifères marins » jusqu’à une distance de 150 kilomètres, et ce, plusieurs mois par année. Mais encore une fois, BP se veut rassurante en promettant de surveiller la présence d’animaux dans le secteur.

Qu’adviendrait-il en cas de déversement ? « Selon le promoteur, il est peu probable que les baleines exposées à un déversement de pétrole en ingèrent suffisamment pour subir de sérieuses lésions internes », note l’ACEE.