Des caisses demandent au mouvement Desjardins de se retirer du financement de Kinder Morgan

L'appui de Desjardins au projet de Kinder Morgan a suscité suffisamment d’indignation pour inciter des membres à demander que le sujet soit inscrit à l’ordre du jour de leur assemblée annuelle.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L'appui de Desjardins au projet de Kinder Morgan a suscité suffisamment d’indignation pour inciter des membres à demander que le sujet soit inscrit à l’ordre du jour de leur assemblée annuelle.

Le Mouvement Desjardins fait face à un vent de contestation qui prend de l’ampleur au sein du réseau des caisses, a appris Le Devoir. Jusqu’à présent, 16 d’entre elles ont adopté une résolution exigeant que Desjardins retire le financement accordé à Kinder Morgan pour la construction du pipeline Trans Mountain, mais aussi que l’institution mette fin à ces investissements dans les pipelines de l’industrie des sables bitumineux.

La saison des assemblées générales annuelles de caisses Desjardins bat son plein cette année en plein coeur de la controverse sur le pipeline Trans Mountain, de Kinder Morgan. Or, le Mouvement Desjardins a participé au financement du projet de la pétrolière texane. Il lui a accordé l’an dernier un prêt de 145 millions de dollars en vue de la construction de ce pipeline, qui doit transporter vers la côte ouest 325 millions de barils de pétrole albertain chaque année.
 

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Cet appui à un projet très controversé a suscité suffisamment d’indignation pour inciter des membres de Desjardins à demander que le sujet soit inscrit à l’ordre du jour de leur assemblée annuelle. Concrètement, ils souhaitaient que leur caisse adopte une résolution qui « demande aux instances du Mouvement Desjardins et ses filiales de mettre fin de façon permanente au financement et aux investissements dans les pipelines de sables bitumineux et qu’il retire son soutien au projet Trans Mountain ».

L’argumentaire de la résolution s’appuie sur la nécessité de réduire notre consommation de pétrole « pour éviter le pire de la crise climatique », mais aussi sur l’opposition de Premières Nations et de la Colombie-Britannique au projet de Kinder Morgan.


Dans certains cas, des lettres de réponse ont été envoyées avant la tenue de l’assemblée, en insistant sur les « actions de Desjardins pour faire face au défi climatique ». Ces lettres, dont Le Devoir a obtenu certains exemplaires, étaient très similaires. Elles rappelaient la volonté de Desjardins de « contribuer à la transition énergétique », notamment en réduisant « l’empreinte carbone » de ses portefeuilles d’investissements.

Sans jamais mentionner le cas du pipeline Trans Mountain, les lettres se concluaient en indiquant que, « de manière à faire entendre votre voix, vous avez l’occasion de partager votre préoccupation lors de la période de questions prévue à votre assemblée générale annuelle ».

Certaines caisses ont toutefois accepté d’emblée d’inscrire le sujet à l’ordre du jour, tout en précisant que les membres pouvaient voter sur la résolution, mais que ce vote serait transmis à la Fédération « à titre indicatif ». La porte-parole de Desjardins, Chantal Corbeil, a d’ailleurs précisé que la décision d’investir dans Kinder Morgan revient uniquement à la Fédération.

Résolutions adoptées

En date de vendredi, 16 caisses ont néanmoins adopté la résolution exigeant le retrait du financement des projets de pipelines. C’est le cas de la caisse des policiers et policières de Montréal, qui compte plus de 36 000 membres et des actifs sous gestion de 2,3 milliards de dollars. Et fait à noter, près de la moitié des 271 assemblées annuelles prévues par les caisses sont à venir au cours des prochains jours.

L’enjeu des investissements de Desjardins dans les énergies fossiles — qui s’élèvent à 6,5 milliards de dollars — a aussi été abordé lors de l’assemblée générale annuelle du Mouvement, tenue le 24 mars. « Je suis intervenu pour dire qu’il faut sortir des sables bitumineux. Ça ne veut pas dire que les gens qui ont investi dans le secteur doivent perdre leur argent, mais il faudrait une stratégie pour aller vers l’élimination de ces investissements », a fait valoir vendredi Gérald Larose, président du conseil d’administration de la Caisse d’économie solidaire.

Un point de vue que partage Greenpeace, qui a appuyé la campagne de résolutions des membres des caisses. « Une coopérative comme Desjardins doit écouter ses membres et, à la lumière des votes qui ont eu lieu, ils sont massivement pour un désinvestissement des pipelines de sables bitumineux et de Kinder Morgan. Il est plus que temps que le Mouvement Desjardins suive la tendance mondiale et laisse tomber à son tour les pipelines de sables bitumineux », a affirmé son porte-parole, Patrick Bonin.

En juillet 2017, le Mouvement Desjardins a décrété un moratoire sur le financement des projets de pipelines, au moment où Le Devoir s’apprêtait à publier un texte précisant son financement dans le projet Trans Mountain. Ce moratoire a été levé le 6 décembre, mais le mouvement coopératif a alors annoncé des « pratiques » pour améliorer le bilan environnemental de ses activités.

Au même moment, dans un document soumis par Kinder Morgan Canada aux autorités réglementaires, le nom de Desjardins Valeurs mobilières apparaît dans la liste des établissements qui exercent la fonction de preneurs fermes pour une émission d’actions privilégiées pouvant atteindre 250 millions de dollars. Le rôle d’un preneur ferme consiste à acquérir des actions afin de les revendre aux investisseurs. Le groupe des principaux établissements impliqués dans l’opération était composé de la CIBC, de la Banque Royale, de la Banque Scotia et de la TD.

Desjardins avait alors l’obligation d’acquérir 2,5 % des actions, selon une convention de prise ferme datée du 6 décembre. Ce document est disponible sur le site Web SEDAR, qui permet au public investisseur de consulter les documents exigés des sociétés inscrites en Bourse. Desjardins a alors acheté des actions de Kinder Morgan pour une valeur de 5 millions à 6,25 millions de dollars, afin de les revendre à des investisseurs.

18 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 21 avril 2018 00 h 25

    Desjardins déçoit de plus en plus!

    Après la litanie des fermetures de caisses populaires en région, voilà maintenant que l’on apprend qu’ils investissent dans les projets controversés des compagnies pétrolières, dont celle de Kinder Morgan. Ne dit-on pas que l’argent n’a pas d’odeur, ce semble vrai dans ce cas. C’est très frustrant de savoir que l’argent que l’on investit chez Desjardins sert de prêts pour des compagnies qui sont à contre-courant des préoccupations environnementales. On s’attendrait à mieux de leur part. Notre réflexion devra porter sur le degré d’acceptabilité que nous avons comme client d’investir nos avoirs dans une institution qui a un sens éthique environnemental plus que discutable!

    • Robert Beauchamp - Abonné 21 avril 2018 17 h 31

      ''...La décision d'investir dans Kinder Morgan revient uniquement à la Fédération.'' Voilà les nouveaux diktats suivant la financiarisation des Caisses selon l'adage ''cause toujours mon lapin''. Il est temps que le sociétaires d'influence rappellent à l'ordre les tenants du néolibéralisme et fassent pression sur un retour souhaité vers la mission première de la Caisse.

  • Denis Paquette - Abonné 21 avril 2018 02 h 21

    faut-il laisser le capitalisme s'infliltrer partout

    sinon a quoi ca servirait de faire parti d'une coopérative, si ce n'est pour avoir une approche semblable a toutes les banques

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 avril 2018 18 h 14

      Peut-être parce que les membres s'attendent à des rendements comparables...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 22 avril 2018 11 h 34

      "faut-il laisser le capitalisme s'infliltrer partout"

      Ça adonne qu'une caisse, populaire ou pas, est un "contenant" à capitaux...

      Il est donc bien difficile qu'elles ne soit pas capitaliste.

  • Denis Paquette - Abonné 21 avril 2018 02 h 32

    il y a des fatalitées a lesquelles ont n'échappe pas

    je suis loin d'être sur que l'on pourrait y survivre, du premier hochet jusqu'au dernier moment n'est ce pas ce qui nous entoure

  • Gilles Bousquet - Abonné 21 avril 2018 07 h 57

    Même une erreur qui ne peut pas se corriger rapidement, probablement.

    Un prêt se retire seulement, selon le contrat de prêt, pas avant.

    Desjardins va hésiter fortement avant de recommencer, même si ça peut être payant pour ses membres.

  • René Racine - Abonné 21 avril 2018 08 h 10

    Guerre sainte contre le maudit

    J’espère que Desjardins ne reculera pas devant les activistes environnementaux contre le pétrole, dit le maudit. Ces religieux de l’environnement, qui montent aux barricades chaque fois qu’ils entendent PÉTROLE, ce mot de rassemblement pour partir en croisade et déclencher une guerre sainte contre le maudit.

    Pourtant, ces activistes environnementaux contre le pétrole, en consomment eux aussi : les produits alimentaires qu’ils mangent sont sur les tablettes des épiceries comment? Tous leurs déplacements se font en marchant, sans aucun doute... C’est vrai, il faut sauver la planète, vivre dans la pureté absolue en apprenant par coeur le petit catéchiste environnemental, en continuant de consommer le pétrole qui vient d’ailleurs et surtout ne pas produire le nôtre, le consommer, le vendre et le transporter.

    • Guy Coderre - Abonné 21 avril 2018 09 h 25

      M. Racine. Oui nous avons encore besoin de pétrole mais pas de se pétrole sale qui émet 4 fois plus de gaz à effet de serre pour sa production qu'un pétrole conventionnel. L'exploitation des sables bitumeux est uner catastrophe environnementale et humanitaire en Alberta.

    • Daniel Ouellette - Inscrit 21 avril 2018 11 h 52

      M. Racine, votre réflexion n’est pas surprenante, vous reprenez la logique suicidaire de la consommation à tout prix. Cette vision est en voie de nous conduire à une véritable crise environnementale et humaine. Une analogie illustre bien ce comportement, puisque nos sociétés ont ces problèmes, une personne ayant de sérieux problèmes de santé à cause d’un surpoids, pesant 400 livres et qui argumente à son médecin « qu’il n’est pas nécessaire de faire attention à ce qu’elle mange… la bouffe est partout », donc je mange!

      Les océans commencent à révéler les excès de consommation des produits du pétrole, les chairs des animaux marins contiennent des particules de plastics, des kilomètres de coraux suffoquent pendant qu’on surpêche. Je termine en vous demandant de vous réveiller rapidement, le pétrole dont il est question n’est pas le « gentil pétrole » de votre station d’essence, mais il est celui qui résulte d’un immense gâchis environnemental dans les provinces des prairies.

      Alors, oui on va votez dans les assemblées de Desjardins contre ces investissements destructeurs.

    • Daniel Bérubé - Abonné 21 avril 2018 11 h 56

      Vous avez bien raison !!! Moi aussi, je pense comme vous, mais j'ai amélioré mes habitudes... avant j'allais porter la vieille huile de mes moteurs au centre de trie, mais maintenant je la jette dans le ruisseau près d'ici... je ne fais plus de polution en allant la porter là-bas ! Il ne s'agissait que d'y penser... si tous faisaient des efforts semblables !

      Les gens ne se sont pas rendu compte encore que le pétrole est plus important que la nourriture ! Car comme vous le dites: si je n'ai pas de pétrole, comment irais-je chercher ma nourriture au Wall-Mart (je dois faire plus de 200 km pour aller au W.M. le plus proche ! Et si jamais ce W.M. est fermé pour cause syndicale (comme au Saguenay), je devrai faire plus de 500km pour mon épicerie ! Mais je ne puis faire autrement, je sauve de 3 à 4 dollards sur mon épicerie en allant là bas...

      Que voulez-vous... y'a des gens qui prennent bien du temps à comprendre ! Prenons notre petit catéchisme environnemental et prions pour eux...

    • Brigitte Garneau - Abonnée 21 avril 2018 12 h 43

      M. Racine, c'est bien beau de faire la morale, mais faites-vous vraiment un effort pour réduire votre consommation de pétrole? Moi oui, je fais mon effort. Depuis 2 ans, je roule en véhicule 100% électrique. Mon travail est situé à cinquante kilomètres de chez moi. Près de 40,000 kilomètres plus tard, ZÉRO émission et environ 6000$ d'économie d'essence, je me dis que ce n'est pas si mal...je me croise les doigts car jusqu'à maintenant, je n'ai eu AUCUN pépin avec ma voiture! De plus, lorsque je vais à Montréal, je prends toujours l'autobus hybride qui me mène au centre-ville. De là, je prends les transports en commun pour tous mes déplacements..imaginez, si nous étions des millions à faire de même!! Et vous, M. Racine, le feriez-vous?

    • Louise Nepveu - Abonnée 21 avril 2018 14 h 36

      À M. René Racine. Je crois que vous ne saisissez pas la différence entre le pétrole ordinaire et celui qui provient des sables bitumineux qui, eux, occasionnent un saccage environnemental inimaginable. Avez-vous vu certains documentaires sur ces sites? Avez-vous lu des articles expliquant les conséquences de ce type de forages qui pompent littéralement l'eau des rivières en détruisant toute forme de vie marine? Savez-vous que lorsque ce pétrole lourd se répand dans le sous-sol terrestre ou aquatique, aucun moyen n'existe pour le récupérer car il a la fâcheuse tendance à couler au fond? Enfin, vous êtes-vous renseigné sur les émissions de CO2 générés par ce mode d'exploitation? Si oui, on peut en déduire que l'avenir de nos petits-enfants ne vous préoccupe guère. C'est bien triste!