Un pour tous et tous pour l’environnement

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Raphaël Brunier, Patricia Côté, Dominic Roy et Gabriel Noël-Letendre, quatre des cinq finissants à la maîtrise qui ont créé une coopérative pour les professionnels en environnement
Photo: Michel Caron Université de Sherbrooke Raphaël Brunier, Patricia Côté, Dominic Roy et Gabriel Noël-Letendre, quatre des cinq finissants à la maîtrise qui ont créé une coopérative pour les professionnels en environnement

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Leur maîtrise en environnement n’est pas terminée, mais ils ont déjà un avant-goût des défis qui les attendent sur le marché du travail. Et pour mieux les surmonter, ces étudiants s’organisent pour constituer une coopérative dans le but de se soutenir entre professionnels du secteur.

Ils ne se font pas d’illusions : comme professionnels dans le domaine du développement durable, ils risquent de se retrouver souvent à travailler seuls, avec peu de ressources, pour une organisation qui voit le respect de l’environnement comme une contrainte. Mais les cinq finissants à la maîtrise en environnement assis autour de la table sont loin d’afficher une mine désespérée. Alors que la lumière naturelle illumine l’Atrium du pavillon des sciences de la vie de l’Université de Sherbrooke, ils se montrent enthousiastes. La raison ? Ils ont amorcé, depuis décembre dernier, des démarches pour lancer d’ici l’automne prochain une coopérative de solidarité afin de soutenir les professionnels en développement durable et en environnement. Une solution pour ne pas se retrouver dépourvus et isolés une fois sur le marché du travail.

« Pourquoi on serait toujours chacun de notre côté à essayer de défricher notre propre chemin, alors qu’on pourrait juste s’entraider, marcher ensemble ? » lance en affichant un large sourire Dominic Roy, l’un des instigateurs de l’organisation provisoirement nommée Coop Env DD.

La veille, l’équipe venait de réaliser une séance sur le Web pour répondre aux questions et prendre le pouls des gens intéressés. Elle a aussi mis en ligne, jusqu’à la fin avril, un sondage auquel environ 200 personnes ont déjà répondu. Gabriel Noël-Letendre remarque que certains besoins sont plus fréquemment exprimés, comme ceux d’un partage de connaissances, d’un programme de mentorat et de la possibilité de résoudre des problèmes en collaboration avec des pairs.

Des besoins, dans un domaine aussi éclaté que l’environnement, qu’ils ont déjà constaté par eux-mêmes lors de leurs stages ou de leurs mandats comme consultants. À l’instar de beaucoup de professionnels dans cette discipline en émergence, Patricia Côté évoque avoir été confrontée à des enjeux auxquels elle était moins accoutumée. Titulaire d’un baccalauréat en gestion des ressources humaines, elle rédige un essai de maîtrise sur l’application des théories de l’économie comportementale en matière d’environnement. À l’été 2017, comme inspectrice adjointe pour une municipalité, elle a dû s’attaquer à des problèmes de plantes envahissantes, qui étaient à ce moment-là loin de sa spécialité. « On se construit un bagage, mais je pense que ça prend des gens parfois pour nous guider », dit-elle.

« L’important, ce n’est pas de tout savoir, mais savoir qui sait quoi. Il faut connaître les bonnes personnes, se créer un réseau fort, assure Dominic Roy. Il ne faut pas juste des soirées ou des 5 à 7 sur une thématique, mais se dire qu’on travaille ensemble, même si ce n’est pas sur le même projet. »

Certains regroupements existent déjà, comme le Réseau Environnement. S’ils permettent aux acteurs du secteur de se rassembler et de se rencontrer, ils n’offrent pas « la boîte à outils qu’on souhaiterait faire », indique Patricia Côté. Cette « boîte à outils » mettra à disposition des ressources, notamment sur les procédures et les méthodes d’analyse propre à certains enjeux, mais aussi du soutien de la part de professeurs, de retraités ou de professionnels du milieu. Les étudiants ne cachent pas non plus leur ambition d’aménager à terme un espace de cotravail. Raphaël Brunier voit ainsi la démarche comme une occasion « de bénéficier de l’expérience et de l’expertise, que moi je n’ai peut-être pas, mais que d’autres collègues ont parce qu’ils ont déjà eu la chance de travailler là-dessus, puis de vraiment rassembler des ressources et des connaissances pour le bien commun ».

Plutôt que de former une association, le groupe a décidé d’opter pour le modèle coopératif, qu’ils jugent plus flexible. Ils ouvrent ainsi la porte à ce que la coopérative puisse recevoir des contrats et fasse travailler des membres, s’il s’agit d’un souhait de ces derniers. Le groupe est notamment accompagné dans sa démarche par la Coopérative de développement régional du Québec (CDRQ).

Il ne s’agira pas de la première coopérative dans le domaine de l’environnement. Le Regroupement des associations pour la protection de l’environnement des lacs et des bassins versants (RAPPEL) a, par exemple, été fondé il y a une vingtaine d’années. Mais cette coopérative de solidarité se concentre sur des services d’experts-conseils en matière d’eau. Celle formée par les étudiants de l’Université de Sherbrooke se veut multidisciplinaire.

« Savoir qu’il y a différentes expertises qui sont présentes dans la coopérative, je pense que ça peut être sécurisant et que ça fait la force du projet », dit Sarah Dubord Fortin, dont les travaux de maîtrise s’attardent aux répercussions des changements climatiques en agriculture.

Une approche en droite ligne avec leur maîtrise, souligne Patricia Côté, durant laquelle les professeurs insistaient pour qu’ils forment des équipes multidisciplinaires. « Au début, on se questionnait sur l’intérêt de cela, admet-elle. Mais on a vu qu’on allait beaucoup plus loin de cette façon. »

« Il n’y a pas de raisons que le milieu de l’environnement devienne compétitif, lance Gabriel Noël-Letendre pour résumer la démarche. Il faut faciliter notre travail et en augmenter la répercussion pour que la société devienne plus durable. On ne peut pas commencer à se concurrencer. Ce serait complètement absurde. »