Ottawa autorise la pétrolière BP à forer au large de la Nouvelle-Écosse

Dans sa défense du projet Trans Mountain, le gouvernement Trudeau ne cesse de répéter que la protection des milieux marins est une priorité absolue. Il vient toutefois d’autoriser la pétrolière BP à forer jusqu’à sept puits en eaux profondes, au large de la Nouvelle-Écosse. Une décision qui soulève de vives inquiétudes puisque cette entreprise est à l’origine de la pire marée noire de l’histoire, celle du golfe du Mexique en 2010.

Le sujet est passé totalement inaperçu cette semaine, même s’il annonce un ambitieux projet pétrolier. La plateforme de forage West Aquarius, venue d’Europe, vient d’arriver dans les eaux canadiennes, afin de prendre position dans le secteur où la pétrolière BP détient 14 000 km2 de permis d’exploration, à près de 300 km au sud-est de Halifax.
 

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C’est à cet endroit que BP compte forer jusqu’à sept puits d’exploration d’ici 2022, afin de vérifier s’il existe un gisement de pétrole. Ce premier forage en haute mer sera réalisé à une profondeur de près de 3000 mètres, soit le double de la profondeur du forage exploratoire qui a mené à la catastrophe de Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique. Et aucun puits de secours (utilisé pour stopper une fuite) n’est prévu pour ces travaux en plein Atlantique Nord.

C’est la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, qui a autorisé le projet de forages de BP au début du mois de février. Selon ce que précise son cabinet, à la lumière d’une évaluation environnementale fédérale, ce projet « n’est pas susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants ».

Qui plus est, le promoteur « devra prendre toutes [les] mesures raisonnables pour prévenir des accidents et des dysfonctions qui [entraîneraient] des effets environnementaux néfastes ». Le bureau de la ministre rappelle du même coup que « de bons projets jouent un rôle important dans une économie propre en créant des emplois et de la croissance ».

Le discours rassurant du gouvernement Trudeau ne convainc pas Angela Giles, du Conseil des Canadiens. « La réalité est que l’industrie pétrolière ne peut pas nous promettre qu’il n’y aura pas de déversement. Pour nous, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Nous ne voulons pas devenir le prochain golfe du Mexique. » Des inquiétudes partagées par Colin Sproul, vice-président de l’Association des pêcheurs de la baie de Fundy. Il faut dire que l’industrie de la pêche est très importante en Nouvelle-Écosse. Selon les données de Pêches et Océans Canada, la valeur annuelle des débarquements dépasse les 600 millions de dollars.

BP juge toutefois que la plupart des scénarios les plus graves de déversement de pétrole sont peu probables. « En situation réelle, le promoteur interviendrait immédiatement et, au cas peu probable où il y aurait éruption, le promoteur a prévu que le puits serait obturé et confiné en 13 à 25 jours […] », précise également le rapport de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE). Dans le golfe du Mexique, une telle opération a pris cinq mois.

Incohérence libérale

Au-delà des risques d’une marée noire pour les secteurs de l’économie qui dépendent des ressources marines, la directrice du chapitre Atlantique du Sierra Club, Gretchen Fitzgerald, estime que le gouvernement Trudeau fait preuve d’incohérence dans la protection des milieux marins.

Photo: Vin Moore via marinetraffic.com

Le gouvernement a mis en place des règles strictes pour le transport maritime et la pêche dans le golfe du Saint-Laurent pour protéger les baleines noires. Or, rappelle-t-elle, la région où BP réalisera ses forages fait directement partie de l’habitat de cette espèce, mais aussi de l’habitat du rorqual bleu et de la baleine à bec. Ces cétacés sont tous protégés par la Loi sur les espèces en péril, et ils sont tous susceptibles de subir des impacts en raison des travaux de la pétrolière.

Selon l’analyse de l’ACEE, « les émissions sonores » des travaux « dépasseraient le seuil de perturbation du comportement établi pour les mammifères marins » jusqu’à une distance de 150 kilomètres, et ce, plusieurs mois par année. Mais encore une fois, BP se veut rassurante en promettant de surveiller la présence d’animaux dans le secteur. Qu’adviendrait-il en cas de déversement ? « Selon le promoteur, il est peu probable que les baleines exposées à un déversement de pétrole en ingèrent suffisamment pour subir de sérieuses lésions internes », note l’ACEE.

L’agence fédérale « accepte » d’ailleurs « la conclusion du promoteur selon laquelle les effets résiduels que le projet pourrait avoir sur les poissons et leur habitat, les mammifères marins, les tortues de mer, les oiseaux marins », mais aussi sur les pêches commerciales « ne sont pas susceptibles d’être importants ».

Le projet de BP devrait par ailleurs être mené en même temps qu’un autre projet de la pétrolière Statoil. L’entreprise, qui détient elle aussi des permis d’exploration au sud de la Nouvelle-Écosse, prévoit de mener des levés sismiques d’ici le mois d’octobre, la première étape avant la réalisation de forages.

Le gouvernement a mis en place des règles strictes pour le transport maritime et la pêche dans le golfe du Saint-Laurent afin de protéger les baleines noires. Or la région où BP réalisera ses travaux fait partie de l’habitat de cette espèce, mais aussi du rorqual bleu et de la baleine à bec.

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