Mortalités à la hausse chez les bélugas du Saint-Laurent

Une femelle béluga nageant avec son petit.
Photo: GREMM Une femelle béluga nageant avec son petit.

Alors que le gouvernement fédéral promet finalement d’investir pour mieux protéger les bélugas du Saint-Laurent, les plus récentes données sur l’espèce démontrent que les mortalités élevées de ces cétacés se sont poursuivies en 2017, particulièrement chez les jeunes bélugas. Une situation qui laisse présager le pire pour les années à venir.

Les données publiées jeudi par le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) font ainsi état d’« une autre année noire », puisque 22 carcasses de bélugas ont été retrouvées l’an dernier. Le bilan des mortalités est à la hausse par rapport à la moyenne des dernières années, mais aussi lorsqu’on le compare à 2016, année où 14 de ces cétacés résidents du Saint-Laurent avaient été retrouvés morts.

Qui plus est, 2017 a été l’une des pires années jamais enregistrées en ce qui a trait au nombre de nouveau-nés ou de très jeunes bélugas retrouvés morts, avec un total de 10 carcasses. Il pourrait s’agir de la seconde année la plus mortelle pour les jeunes bélugas, après 2012, où le total atteignait 16 nouveau-nés.

La situation critique de la population a poussé les scientifiques à tenter des remises à l’eau de nouveau-nés retrouvés échoués, comme ici, en 2016.

 


« Encore cette année, le nombre de nouveau-nés retrouvés morts est très élevé. C’est une ponction importante sur le potentiel de rétablissement des bélugas », souligne le directeur scientifique du GREMM, Robert Michaud. Ces bélugas, âgés d’à peine quelques heures ou quelques jours, auraient visiblement été séparés de leur mère, ce qui laisse présager des difficultés au moment de la naissance ou à la suite de celle-ci.

Déclin accéléré ?

Le phénomène est d’autant plus inquiétant pour les chercheurs que les mortalités élevées de très jeunes animaux sont relativement récentes. Avant 2008, la moyenne annuelle se situait à un nouveau-né.

Qui plus est, deux des trois femelles analysées en 2017 par l’équipe du Dr Stéphane Lair, de la Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe, « présentaient des signes de mise bas récente ou d’allaitement en cours suggérant que leurs veaux n’ont probablement pas survécu à la mort de leur génitrice ».

Photo: Alexandre Shields L'équipe du vétérinaire Stéphane Lair pratique des nécropsies sur plusieurs des bélugas retrouvés morts.

Au bout du compte, la mortalité des nouveau-nés et celle des femelles autour de la mise bas risquent d’accélérer le déclin de la population.

Pour Véronique Lesage, chercheuse scientifique de l’Institut Maurice-Lamontagne de Pêches et Océans Canada, cette situation « coïncide avec des changements importants dans leur écosystème, des changements qui créent des conditions environnementales défavorables. On n’a peut-être pas de contrôle direct ou immédiat sur ces conditions, mais on peut agir sur les stresseurs qui résultent de nos activités, comme le trafic maritime, le dérangement dans les aires sensibles pour les mères et les jeunes, la contamination, les atteintes aux habitats et la compétition avec les pêcheries ».

Investissements fédéraux

Dans son plus récent budget, le gouvernement de Justin Trudeau s’est engagé à débloquer 167,4 millions de dollars sur cinq ans afin de financer des travaux de recherche sur les risques auxquels sont exposés les cétacés, mais aussi des mesures de protection. Le budget mentionne notamment le cas du béluga du Saint-Laurent, une espèce dont le fédéral a officiellement décidé de protéger l’habitat « essentiel » en décembre dernier.

Il subsiste aujourd’hui moins de 900 bélugas dans les eaux québécoises, alors que la population dépassait les 10 000 individus à la fin du XIXe siècle. Le pire, c’est que leur population n’a jamais augmenté depuis qu’ils bénéficient d’une protection légale, soit depuis 1979.

Après la chasse intensive qui a décimé l’espèce pendant des décennies, ces cétacés emblématiques du Saint-Laurent sont désormais victimes du dérangement causé par la navigation, qu’elle soit commerciale ou liée aux embarcations de plaisance.

Ces animaux grégaires, pour qui la communication entre les individus est essentielle, sont aussi affectés par la pollution sonore de leur habitat et subissent les impacts de la contamination des eaux de l’estuaire.