Le Québec importe essentiellement du pétrole de l’Ouest canadien et des États-Unis

Le Québec continue aussi d'importer du pétrole par bateau en provenance de l’Algérie, du Kazakhstan, du Royaume-Uni et du Nigeria.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le Québec continue aussi d'importer du pétrole par bateau en provenance de l’Algérie, du Kazakhstan, du Royaume-Uni et du Nigeria.

De nouvelles données publiées mardi par l’Office national de l’énergie confirment le changement profond qui s’est opéré dans la provenance du pétrole consommé au Québec, et ce, sur une période d’à peine cinq ans. Non seulement la province compte beaucoup sur la production de l’Ouest canadien, mais plus des deux tiers des importations d’or noir arrivent maintenant des États-Unis, notamment grâce au pipeline 9B d’Enbridge.

Selon les informations inscrites dans le rapport de l’Office national de l’énergie (ONE) portant sur le raffinage pétrolier au Canada, le Québec importait en 2017 une moyenne de 158 000 barils de pétrole brut chaque jour, un chiffre en baisse par rapport aux 214 000 barils importés sur une base quotidienne en 2016.

Il faut dire que les deux raffineries de la province, soit celle de Suncor, à Montréal-Est, et celle de Valero, à Lévis, peuvent compter depuis l’automne 2015 sur un approvisionnement qui transite par le pipeline 9B d’Enbridge. Ce pipeline, qui a été construit en 1975 et qui a subi plusieurs réparations depuis qu’il achemine du pétrole vers Montréal, peut transporter jusqu’à 300 000 barils chaque jour.

À lui seul, ce pipeline comble donc une bonne partie des besoins des raffineries, qui peuvent traiter plus de 400 000 barils quotidiennement, principalement pour répondre à la consommation des Québécois, qui avoisine les 350 000 barils.

Fait moins connu, le pipeline 9B sert aussi à transporter du pétrole importé des États-Unis, selon ce que souligne l’ONE dans son rapport publié mardi. Les importations d’or noir américain ont d’ailleurs connu une augmentation très marquée au Québec depuis à peine cinq ans. Avant 2012, les États-Unis n’exportaient à peu près pas de brut au Québec. Or, en 2017, les données de l’agence fédérale indiquent que 68 % des importations québécoises provenaient de nos voisins du sud.

Ce pétrole, dont la production a littéralement explosé aux États-Unis au cours des dernières années (notamment en raison du boom du pétrole de schiste), remplace de plus en plus les importations d’outre-mer. Ainsi, alors que le pétrole algérien représentait 40,8 % des importations du Québec en 2012, ce taux a reculé à 21 % en 2017, selon les nouvelles données de l’ONE. Dans le portrait du pétrole qui arrive dans la province par bateau, on en retrouve aussi 4 % qui arrive du Kazakhstan, 4 % du Royaume-Uni et 2 % du Nigeria.

Stratégie d’affaires

Ces changements majeurs depuis cinq ans signifient-ils que le Québec pourrait un jour se tourner complètement vers la production de l’Ouest canadien et la production américaine pour s’approvisionner, et donc mettre de côté les importations d’outre-mer ? « Ce serait techniquement possible, mais les raffineries ne pensent jamais dans ces termes. Elles ne pensent qu’au prix d’achat et aux spécifications techniques du pétrole acheté », souligne le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau.

« Les raffineries n’ont aucune contrainte sur la provenance du pétrole, et les consommateurs n’ont jamais vraiment demandé à savoir d’où vient leur pétrole, sauf dans le cas du pétrole albertain ou l’éventuel pétrole québécois », ajoute-t-il. Qui plus est, le pipeline 9B n’est tout simplement pas suffisant pour répondre à la demande des Québécois, « qui est en croissance ». Cela signifie, selon M. Pineau, que les raffineries doivent toujours importer du pétrole par bateau, qui transite donc sur le Saint-Laurent.

Le Devoir a contacté Suncor et Valero pour savoir si les deux dernières raffineries du Québec pourraient être intéressées par un approvisionnement pétrolier strictement nord-américain.

« Nous cherchons toujours à maintenir le plus de flexibilité possible en ce qui concerne nos sources d’approvisionnement en pétrole brut. Il est impossible de prédire ce qui arrivera. Nos décisions d’approvisionnement sont basées sur plusieurs facteurs qui ont l’habitude de fluctuer sur une base régulière (coûts, propriétés inhérentes, saison, disponibilités, impératifs de production, contraintes de transport, etc.) », a répondu par courriel le directeur principal, Affaires publiques et gouvernementales pour le Canada de Valero, Louis-Philippe Gariépy. Suncor n’a pas répondu mardi aux questions du Devoir.

Par ailleurs, le rapport de l’ONE précise que le Canada est le septième producteur mondial de pétrole brut, mais que le pays est seulement en mesure de raffiner le tiers de sa production. « Cette situation est principalement due à la taille de l’industrie canadienne du raffinage par rapport à celle des ressources, à l’emplacement des raffineries et au faible nombre de raccordements entre les pipelines qui traversent le Canada », souligne le document.

« La plupart des raffineries canadiennes, construites à une époque où l’offre de pétrole brut léger était abondante, n’ont pas été conçues pour traiter les volumes croissants de pétrole brut lourd issu des sables bitumineux. » C’est le cas notamment des raffineries du centre et de l’est du Canada, qui « importent d’importants volumes de pétrole brut, principalement léger ».