Ottawa dit être prêt à tout pour sauver le pipeline Trans Mountain

Jim Carr a évoqué la possibilité d’offrir un soutien financier public pour éviter l’abandon du projet Trans Mountain.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Jim Carr a évoqué la possibilité d’offrir un soutien financier public pour éviter l’abandon du projet Trans Mountain.

Le gouvernement de Justin Trudeau compte évaluer « toutes les options » possibles pour venir en aide à la pétrolière texane Kinder Morgan, confrontée à des délais pour la construction du projet d’expansion de son pipeline Trans Mountain, en raison de l’opposition en Colombie-Britannique. Pendant ce temps, l’Alberta promet d’agir avec « agressivité » pour défendre les intérêts de l’industrie des sables bitumineux.

Au lendemain de l’annonce de la suspension des investissements pour la construction du pipeline qui doit rallier la côte ouest, Ottawa a multiplié lundi les interventions favorables à ce projet de 7,4 milliards de dollars. Après le gouvernement albertain de Rachel Notley dimanche, le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr, a lui aussi évoqué la possibilité d’offrir un soutien financier public pour éviter l’abandon du projet Trans Mountain, au nom de « l’intérêt national du Canada ».

« Notre gouvernement examine activement toutes les options à sa disposition pour faire avancer ce projet, qu’elles soient réglementaires, juridiques ou financières. Nous travaillerons de concert avec tous les partenaires de bonne volonté. Ce pipeline va se construire », a ainsi souligné le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr, dans une réponse écrite transmise à La Presse canadienne.


Source: Office national de l'énergie

De passage à Montréal pour confirmer l’intention de son gouvernement d’investir dans le prolongement du réseau du métro, le premier ministre Justin Trudeau a réaffirmé que la décision de construire un tel pipeline revient à Ottawa, et non aux provinces. « C’est dans l’intérêt de tous les Canadiens qu’on ait de nouveaux marchés pour nos produits pétroliers. On est prisonniers du marché américain et, à cause de ça, on fait bien moins d’argent pour nos ressources que l’on devrait. C’est un moteur économique important pas seulement pour l’ouest du pays, mais pour tout le pays », a-t-il ajouté.

M. Trudeau n’a pas évoqué directement une aide financière du fédéral, mais n’a pas non plus rejeté cette option pour défendre le projet approuvé en 2016 par son gouvernement. Le président-directeur général de Kinder Morgan, Steve Kean, a d’ailleurs affirmé lundi que son entreprise est ouverte à recevoir du financement public si cela garantit que le pipeline sera construit.

Soutien salutaire

Pour la directrice de l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l’Université d’Ottawa, Monica Gattinger, « un investissement financier public », qu’il vienne de l’Alberta ou du gouvernement fédéral, serait une très bonne nouvelle pour Kinder Morgan, qui a déjà injecté 1,1 milliard de dollars dans son projet. « Ce geste pourrait fournir une marge de manoeuvre aux marchés afin qu’ils puissent attendre de voir la conclusion des processus légaux en cours. On pourrait donc avoir un éclairage légal définitif sur le projet, sans que l’investisseur soit obligé d’y mettre fin. »

Plus largement, le cas de Trans Mountain pourrait selon elle permettre de statuer, « une fois pour toutes », sur la possibilité ou non pour une province de bloquer un tel projet. Fermement opposé au projet qui fera transiter chaque année près de 325 millions de barils de pétrole brut sur son territoire, le gouvernement de la Colombie-Britannique a annoncé en février son intention de demander aux tribunaux de statuer sur la possibilité de restreindre la croissance du transport maritime de pétrole brut. Si Victoria obtenait gain de cause, le projet Trans Mountain ne pourrait pas aller de l’avant.

Professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa et spécialiste du droit constitutionnel, David Robitaille estime toutefois que Kinder Morgan pourrait contester des mesures qu’elle jugerait « excessives », et qui auraient pour effet de « bloquer » son projet. « Est-ce que les conditions imposées par la Colombie-Britannique sont assez graves pour constituer une entrave constitutionnelle ? C’est à l’entreprise de le prouver devant un tribunal, ce qui n’a pas été fait jusqu’à présent. »

Spécialiste des politiques énergétiques gouvernementales, Jean-Thomas Bernard juge pour sa part que « le gouvernement Trudeau se trouve dans une situation politique très délicate », malgré les sorties publiques en apparence confiantes pour la réalisation du projet d’expansion de Trans Mountain.

Selon lui, Ottawa pourrait demander un avis à la Cour suprême, afin de savoir s’il peut effectivement imposer la construction d’un pipeline interprovincial, comme il le prétend. Après tout, dit-il, le gouvernement canadien a approuvé le projet à la suite d’un processus d’évaluation qui respecte la réglementation en vigueur.

Mais les libéraux devront aussi évaluer le « coût » politique d’une telle bataille contre la Colombie-Britannique, surtout dans une province qui compte 18 députés du Parti libéral du Canada. « Je ne suis pas très optimiste pour la possibilité d’une entente dans ce dossier, surtout si la province tient son bout », a laissé tomber M. Bernard lundi.

Visiblement exaspérée du blocage de la province voisine, l’Alberta a cependant promis lundi de lutter avec « agressivité » pour défendre le projet de la pétrolière texane. La première ministre, Rachel Notley, a carrément menacé de réduire la quantité de pétrole acheminée en Colombie-Britannique, si son homologue John Horgan continue de s’y opposer. Une telle mesure de représailles pourrait faire monter le prix de l’essence en flèche.

Projet de longue haleine

Évalué par Kinder Morgan à 7,4 milliards, le projet d’expansion Trans Mountain, qui doublerait le pipeline existant sur 1150 kilomètres, est dans l’air depuis au moins le milieu des années 2000. À l’époque, le cours du pétrole brut était en pleine ascension, passant de 57 $US à 87 $US en moins d’un an, ce qui était de bon augure pour quiconque voulait développer de nouveaux projets afin d’en exporter la production. Le projet repose aussi sur la construction d’une vingtaine de grands réservoirs en Alberta et à Burnaby, en Colombie-Britannique. « Avec l’augmentation de production dans les sables bitumineux de l’Alberta au cours des prochaines années, de nouveaux marchés et de nouvelles occasions vont s’ouvrir », affirme aujourd’hui la compagnie sur son site Web en mentionnant les pays de l’Asie pacifique. « Le Canada est un partenaire naturel pour ces pays. Avec un système Trans Mountain bonifié, il sera capable de répondre à leurs besoins croissants pour des années à venir. »

François Desjardins
9 commentaires
  • Robert Lortie - Abonné 10 avril 2018 02 h 01

    Nous rassurer, vraiment ?

    Si Justin Trudeau pense qu’Il me rassure en garantissant la construction future de l’oléoduc en Colombie-Britanique, il se trompe grandement. Pour plusieurs raisons.

    Le monde scientifique s’entend pour dire qu’il faut absolument cesser d’augmenter l’extraction de combustibles fossiles. Maintenant ! Il faut de plus diminuer cette extraction le plus rapidement possible. Toute décision allant dans une autre direction est une erreur majeure. Ça, c’est l’argument global, basé sur la science.
    Si le Premier Ministre décide de ne pas tenir compte de la science, et de renier la parole donnée, ça ne me rassure pas.
    S’il croit qu’il est raisonnable d’investir des fortunes dans la construction de pipeline qui devraient ne jamais servir, ça ne me rassure pas.
    S’il croit que les compagnies qui investissent vont accepter de ne pas utiliser leur gros tuyau sale le plus longtemps possible, ça ne me rassure pas.
    S’il croit qu’il n’y aura jamais de déversement majeur, ça ne me rassure pas.
    S’il croit qu’un déversement majeur, c’est le risque à prendre pour garantir notre sécurité énergétique, ça ne me rassure pas.
    S’il ne se rend pas compte qu’en investissant maintenant et massivement dans la R&D nécessaire pour une transition rapide nous pourrions garder le contrôle de notre futur énergétique, ça ne me rassure pas.

    Non Monsieur Trudeau, vous ne me rassurez pas. Vous m’inquiétez.

  • Yvon Pesant - Abonné 10 avril 2018 06 h 27

    La vraie nature

    La vraie nature de Justin Trudeau, de toute évidence, n’est pas celle en laquelle tant de gens ont cru en votant pour lui, c’est-à-dire pour le Parti Libéral du Canada et l’un ou l’autre de ses candidats « mare usque ad mare ».

    Là, il y a pas mal de monde qui en ont mare de lui d’un océan à l’autre. De lui et de sa bande de soumis aux tenants de la richesse qui s’apprêtent encore à soutenir même financièrement une industrie pétrolière étrangère sans aucun respect de la démocratie provinciale.

    La Colombie-Britannique, ses élus et sa population ont bien raison de s’opposer à la réalisation du projet Trans Mountain de Kinder Morgan qui, en toute analyse, est monstrueux à plusieurs égards. Pas seulement pour eux, au demeurant.

    Il est vrai que le professeur de théâtre a beaucoup de facilité à se couvrir des vêtements d’autrui.

  • Bernard Terreault - Abonné 10 avril 2018 07 h 34

    C'est le NPD qui a le pire problème

    Le NPD se présente d'un côté comme le seul grand parti fédéral qui ait une conscience environnementale, et qui soit prêt à limiter sérieusement l'émission de GES, de l'autre comme le parti des travailleurs qui veulent des grosses jobs bien payées dans l'industrie bitumineuse. Le problème c'est que ce parti compte des croyants sincères qui vont s'entredéchirer sur cette question. Les libéraux n'ont pas ce problème car on savait depuis le début que leur adhésion au Protocole de Paris n'était que de la frime; ce qui les unit ce ne sont pas les idées mais le partage du pouvoir.

  • Yves Mercure - Abonné 10 avril 2018 08 h 12

    L'engrenage...

    Comme avec un roman de Grisham, notre Trudeau "next generation", n'a de cesse pour se faire voir, enchaîné devant son miroir aux alouettes.
    Prêt à tout pour le pipeline, à l'encontre de ses dires pour mener la planète vers de vert paysage, il plastronne en paradoxes "d'une mare à l'autre". Prêt à tout pour donner patrie aux opprimés de toutes religions, ainsi qu'aux satrapes et tortionnaires les ayant exploités, il brille dans le don, plus que toute "rock star; toutefois, ses dons proviennent des autres et profitent à ses puissants amis de toute île.
    Bref, il est prêt à tout pour montrer ses airs progressistes tout en collectant cupidement les opportunités bien personnelles ou familiale. Ses "selfies" le montrent dans son insuffisance abyssale de gouverne tout en illustrant sa suffisante fatuité d'égotiste. La reine se meurt, vive le roi des bonimenteurs.

  • Louis-Philippe Tessier - Abonné 10 avril 2018 09 h 52

    Libéral, Conservateur et NPD

    Nous sommes mal pris.

    Le BC NPD et l'Alberta NPD s'entre-déchirent sur la question. De quelle façon un gouvernement fédéral NPD trancherait-il?

    Les libéraux sont occupés à sauver les apparences d'un côté comme de l'autre.

    Et que fera un gouvernement conservateur? On n’en parlerait même pas, le projet serait déjà en chantier.