Matières recyclables: l’enfouissement n’est pas une option, assure la ministre Melançon

Pour le moment, il n’existe pas de solution pour éviter que les matières recyclables se retrouvent au dépotoir.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Pour le moment, il n’existe pas de solution pour éviter que les matières recyclables se retrouvent au dépotoir.

La ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, estime que l’enfouissement de matières recyclables n’est pas une option à envisager, même si le centre de tri de Montréal est pris avec plus de 6000 tonnes de papier dont il ne parvient pas à se départir, en raison de la fermeture du marché chinois.

« Pour moi, l’enfouissement ne peut pas être une option. Il en va de la crédibilité de la démarche, mais aussi de la confiance du public. Il faut voir ce qu’on peut faire avant cela », a affirmé la ministre lundi matin, en marge d’un point de presse tenu à Montréal pour annoncer une nouvelle application mobile sur le tri des matières recyclables.

Confronté à un marché de plus en plus difficile, en raison de la fermeture des frontières chinoises à la vaste majorité des ballots de papier en provenance des pays occidentaux, le centre de récupération et de tri des matières recyclables du Groupe Tiru a accumulé plus de 6000 tonnes de papier au cours des derniers mois dans sa cour extérieure, selon les informations publiées par Radio-Canada. Des matières qui se dégradent, puisqu’elles sont exposées aux intempéries.

Solution recherchée

Le centre de tri, qui recueille les matières récupérées par les citoyens de Montréal, pensait avoir trouvé en Inde et en Corée des débouchés pour les matières dont la Chine ne veut plus, depuis que le pays a relevé ses critères sur la qualité des matières recyclables. Mais l’Inde peine à absorber toutes les matières qui inondent le marché, en provenance de plusieurs pays occidentaux.

Pour le moment, il n’existe donc pas de solution pour éviter que les matières recyclables se retrouvent au dépotoir. Des discussions sont toutefois en cours entre le Groupe Tiru, la Ville de Montréal et Recyc-Québec. « La solution doit être trouvée par les acteurs qui sont autour de cette problématique-là. Nous, sans relâche, avec la Ville de Montréal, avec Tiru, on regarde les différentes options pour ces ballots », a fait valoir lundi Sonia Gagné, présidente-directrice générale de Recyc-Québec.

Cette crise des matières recyclables était « prévisible », a rappelé lundi Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. Il faut dire que la Chine a annoncé il y a déjà plusieurs mois son intention de réduire substantiellement ses importations de « déchets étrangers », une mesure nommée « National Sword », qui s’inscrivait dans la foulée d’un resserrement des importations au cours des dernières années.

Dépendance aux exportations

Le Québec se bute donc à une porte close parce qu’il n’a pas pris le temps de s’adapter à la situation, selon M. Ménard. « On a demandé aux gens de récupérer, mais on ne s’est jamais demandé où vont les matières et on n’a jamais développé l’industrie du recyclage au Québec. Des entreprises qui faisaient du recyclage au Québec ont dû fermer leurs portes, parce qu’il n’y avait pas de demande. »

Selon lui, il est donc essentiel d’améliorer la « qualité » des matières recyclables qui sortent des centres de tri au Québec, de façon à leur trouver des débouchés sans dépendre des pays en développement.

Actuellement, plus de 60 % des matières recyclables du Québec sont destinées à l’exportation. Jusqu’à l’an dernier, près 300 000 tonnes de papier et carton prenaient chaque année le chemin de la Chine, mais aussi une part importante des 40 000 tonnes de plastique récupérées.

La ministre Isabelle Melançon a réitéré lundi qu’un « plan d’action » sur le recyclage serait annoncé « au cours des prochaines semaines ». Elle a d’ailleurs fait valoir que le Québec souhaite développer davantage le principe de « l’économie circulaire », ce qui pourrait signifier d’augmenter la part des matières récupérées qui sont recyclées dans la province. Cela impliquerait notamment d’investir plusieurs millions de dollars dans les centres de tri.