Des hôpitaux de la grande région de Montréal se mettent au recyclage du plastique

Un seul hôpital de la taille de Pierre-Boucher peut envoyer à la récupération de 20 à 30 tonnes de plastiques par année. 
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Un seul hôpital de la taille de Pierre-Boucher peut envoyer à la récupération de 20 à 30 tonnes de plastiques par année. 

Des hôpitaux de Laval et de la Montérégie ont décidé que leurs plastiques, même ceux des salles opératoires, n’iraient plus encombrer les dépotoirs : un projet de récupération permet désormais de les recycler.

Mieux encore : les plastiques ne sont pas envoyés et abandonnés au centre de tri, avec un avenir plutôt incertain. Les centres hospitaliers s’assurent qu’ils seront bel et bien réutilisés et transformés en de nouveaux objets plastiques.

Si certains scandales de matières recyclables se retrouvant au dépotoir font dresser les cheveux sur la tête, d’autres projets sont de réelles innovations, comme celui-ci qui a mis en place un système de récupération de plastiques.

Les hôpitaux qui sont investis dans ce projet — en partenariat avec Recyc-Québec qui offre soutien et financement — sont l’hôpital Pierre-Boucher à Longueuil, l’hôpital Honoré-Mercier de Sainte-Hyacinthe, la Cité-de-la-Santé à Laval, l’Hôpital juif de réadaptation, également à Laval, sans oublier l’Hôpital général de Sorel qui se joindra bientôt au groupe. Le projet se développe au sein des centres hospitaliers, un département à la fois.

On ne parle pas de déchets biomédicaux ici, mais bien de plastiques de qualité, qui sont parfois même stériles, sans trace de contamination par du sang ou d’autres liquides humains, fait valoir Nathalie Robitaille, directrice adjointe chez Synergie Santé Environnement (SSE), un organisme à but non lucratif et une entreprise d’économie sociale qui a pour mission d’accompagner les établissements de santé dans la réduction de leurs impacts environnementaux. Ce qu’elle fait ici.

Le problème était de taille : les hôpitaux se débarrassent de tonnes de matières plastiques par année.

Le problème est que les plastiques hospitaliers ne sont pas acceptés dans les centres de tri qui ramassent ce qui est issu des bacs de la collecte sélective.

« Parce qu’ils ne ressemblent pas à des plastiques domestiques comme des pots de yogourt ou des bouteilles de shampooing », explique Mme Robitaille. Ils prennent donc la direction de la Chine — lorsque cela était encore possible — ou du dépotoir.

Un autre obstacle est le fait que les services de recyclage offerts par les villes ne sont pas adaptés aux hôpitaux. Un centre hospitalier a reçu 23 bacs de la ville. Ils ont été remplis en un clin d’oeil, uniquement avec des bouteilles en plastique pour des liquides, et tout le reste a dû être jeté.

Le projet de récupération a permis de changer bien des choses.

Un seul hôpital de la taille de Pierre-Boucher — plus de 300 lits — peut envoyer à la récupération de 20 à 30 tonnes de plastiques par année. « Une estimation modérée », souligne Mme Robitaille qui a dressé le portrait de quelques hôpitaux en 2014, afin de voir la quantité et la qualité des plastiques utilisés.

Plusieurs services des centres hospitaliers participent, comme les centres d’hémodialyse et les salles opératoires. Des affiches indiquent au personnel ce qui peut être récupéré ou pas.

Des exemples de ce qui est maintenant recyclé ? Des sacs de soluté, des emballages en plastique, des bouteilles de 2 litres de produits stériles ou des contenants d’hémodialyse, qui ressemblent à des bouteilles de lave-glace.

« Pour moi, ça n’avait pas de sens avec la mission d’un établissement de santé. On soigne des gens, puis, d’un autre côté, on pollue l’environnement et ça a un impact sur leur santé », a déclaré Nathalie Robitaille, en entrevue.

Dans d’autres établissements de santé, le plastique se retrouve à la poubelle, avec les déchets.

« Tout ce qu’on touche pour faire des soins aux patients, c’est jeté », a indiqué Thalie Laforêt, une infirmière de l’urgence d’un hôpital de l’Île de Montréal.

Rien n’est recyclé, sauf le papier. Des bacs de recyclage pour diverses matières se trouvent toutefois dans les cafétérias et les salles de repos et de café, note-t-elle.

Pour les sacs de soluté, les contenants de plastique non contaminés, les emballages plastiques pour avoir accès aux plateaux stériles des salles de soins, « c’est jeté ».

« Il y a une grosse poubelle » pour tout, rapporte-t-elle.

Mais les plastiques des hôpitaux participants sont maintenant réduits en granules, revendus et réutilisés.

Ils servent par exemple à refaire d’autres contenants de plastique. Une entreprise est aussi en train de développer un concept de mobilier urbain en béton léger qui intègre jusqu’à 50 % de granules recyclés.

« On sait que nos plastiques ont vraiment une fin de vie utile, indique Mme Robitaille. Il ne s’agit pas juste de les mettre dans un bac sans savoir ce qu’ils deviennent. Parce qu’on veut s’assurer que nos gestes portent leurs fruits. »

Le recyclage de plastiques en provenance des hôpitaux n’est peut-être pas une première, mais la traçabilité du plastique est définitivement une particularité notable du projet en cours.

« On a contribué, je crois, à développer un nouveau marché des plastiques hospitaliers », conclut Mme Robitaille, de SSE.

Le programme des cinq hôpitaux de la grande région montréalaise a débuté en 2014 quand fut évalué ce qui se retrouvait aux poubelles dans certains hôpitaux — mais qui aurait pu être recyclé.

Une fois le portrait dressé, des stratégies et un système de récupération des plastiques ont pu être mis en place.

« On ne veut pas revenir en arrière », a déclaré France Le Blond, directrice adjointe des services techniques volet services d’hôtellerie au CISSS de la Montérégie-Est, qui chapeaute les hôpitaux Pierre-Boucher, Honoré-Mercier et celui de Sorel.

Elle veut que le projet se poursuive, tant que les entreprises de transformation les accepteront.

Tout le plastique des hôpitaux n’est toutefois pas recyclé. Il manque d’entreprises ayant besoin de cette matière première, et certains ne veulent qu’une sorte de plastique, ce qui oblige les hôpitaux à les trier sur place. Mais ils manquent d’espace pour le faire. Et puis, cela prend des employés, et de l’argent.

Souvent pris de court devant des compressions, des hôpitaux choisissent de prioriser les soins aux patients, leur mission première.

Mais d’autres initiatives de récupération ont aussi eu lieu ailleurs dans la province. Par exemple, l’Hôtel-Dieu de Québec récupère les bidons en plastique qui sont utilisés à l’unité d’hémodialyse, a fait savoir Recyc-Québec. Le volume de bidons récupérés est estimé entre 700 et 1000 contenants de 4,5 litres de plastique chaque semaine.

« Le but ultime est de récupérer tous les plastiques », espère Mme Robitaille.