Kinder Morgan annonce la suspension des travaux de Trans Mountain

Le projet de Kinder Morgan a rencontré une forte opposition au fil du temps, provoquant plusieurs manifestations dont celle-ci, le 10 mars dernier à Burnaby, en Colombie-Britannique.
Photo: Jason Redmond Agence France-Presse Le projet de Kinder Morgan a rencontré une forte opposition au fil du temps, provoquant plusieurs manifestations dont celle-ci, le 10 mars dernier à Burnaby, en Colombie-Britannique.

Calgary — La société Kinder Morgan Canada (KML) a annoncé dimanche qu’elle suspend toutes les activités non essentielles et toutes les dépenses relatives au projet d’élargissement de l’oléoduc Trans Mountain.

L’entreprise dit avoir pris cette décision à cause de l’opposition du gouvernement de la Colombie-Britannique à ce projet. Celui-ci a fait aussi l’objet d’une grande contestation de la part des écologistes et des autochtones. Plusieurs manifestations se sont déroulées au terminal de la société à Burnaby, en Colombie-Britannique. Environ 200 personnes ont récemment été arrêtées pour avoir défié une injonction les empêchant de manifester trop près de l’endroit.

Kinder Morgan dit vouloir consulter « ses divers actionnaires » afin de conclure une entente d’ici le 31 mai qui permettrait au projet d’être réalisé.

La décision de la société pourrait être un coup dur pour le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lequel a maintenu contre vents et marées que le projet serait mené à terme malgré la vive contestation et la décision du gouvernement de la province de porter le dossier devant les tribunaux.

L’entreprise a souligné que sa décision finale sur l’avenir du projet serait fondée sur la certitude qu’elle pourrait exécuter les travaux en Colombie-Britannique et la protection des intérêts de ses actionnaires.

« Comme KML l’a dit à plusieurs reprises, nous utiliserions les fonds de nos actionnaires de façon justifiée. En gardant à l’esprit cet engagement, nous avons déterminé que, dans le présent environnement, nous ne pouvons pas exposer nos actionnaires à des risques », a déclaré le président et chef de la direction de l’entreprise, Steve Kean.

« Une entreprise ne peut régler les conflits entre différents gouvernements. Même si nous avons remporté toutes les contestations judiciaires jusqu’à présent, une entreprise ne peut pas poursuivre un projet d’oléoduc au milieu de problèmes de champ de compétences entre gouvernements. »

M. Kean a soutenu que l’incertitude sur les capacités de l’entreprise de finir le projet « l’amène à conclure qu’il vaut mieux protéger les valeurs défendues par KML que risquer des milliards de dollars sur un résultat qui n’est pas de notre ressort ».

Jim Carr blâme John Horgan

Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr, a jeté le blâme au premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, et à son gouvernement pour la décision de Kinder Morgan. Il les a exhortés « à cesser toute menace visant à retarder le projet d’agrandissement du réseau de Trans Mountain ».

Il laisse aussi planer la possibilité d’une intervention fédérale en affirmant que le gouvernement fédéral agira « dans l’intérêt national du Canada afin de [s’]assurer que ce projet aille de l’avant », rappelant qu’il avait « la compétence en la matière ».

« Celle-ci est bien reconnue en droit constitutionnel et a été réaffirmée à de nombreuses reprises par nos tribunaux, y compris la Cour suprême du Canada », a indiqué le ministre par voie de communiqué.

De son côté, l’organisation Greenpeace s’est réjouie de la nouvelle. « Même Kinder Morgan constate que son projet est sérieusement en péril. Les investisseurs doivent prendre note que l’opposition à ce projet est forte et profonde et prend de l’ampleur chaque jour, a déclaré le responsable de la campagne Énergie-Climat de Greenpeace, Patrick Bonin. Le désir des Britanno-Colombiens de protéger l’eau potable et l’environnement et de soutenir les communautés autochtones ne peut être ignoré ou balayé sous le tapis. »