Le respect de l’Accord de Paris serait vital pour sauver les glaces de l’Arctique

Des chercheurs à bord d’un navire dans le détroit de Victoria, reliant le Nunavut à l’Arctique canadien, en juillet 2017
Photo: David Goldman Associated Press Des chercheurs à bord d’un navire dans le détroit de Victoria, reliant le Nunavut à l’Arctique canadien, en juillet 2017

Limiter le réchauffement du climat à un maximum de 1,5 °C au-dessus des températures de l’ère préindustrielle, comme le vise ultimement l’Accord de Paris, diminuerait substantiellement le risque que l’océan Arctique soit dépouillé de toutes ses glaces durant l’été. Deux études publiées lundi dans la revue Nature Climate Change montrent combien il serait néfaste pour l’Arctique et son écosystème, et aussi pour le climat planétaire, de réduire nos ambitions et de se contenter d’une hausse de 2 à 3 °C.

Préoccupés par les conséquences dramatiques sur la faune, sur l’élévation du niveau de la mer et sur le réchauffement du climat qu’aurait la fonte des glaces de l’Arctique, les chercheurs s’efforcent de prédire si ces glaces résisteront ou non aux températures estivales qui auront cours selon différents scénarios.

En utilisant chacun un modèle climatique différent, Alexandra Jahn, de l’Université du Colorado, et l’équipe de Michael Sigmond, d’Environnement et Changement climatique Canada, ont estimé les probabilités que l’océan Arctique voie ses glaces disparaître durant l’été si le climat se réchauffe d’au plus 1,5 °C, de 2 °C et de 3 °C par rapport à l’époque préindustrielle (1850-1920).

Dans un commentaire paru aussi dans Nature Climate Change, James Screen, de l’Université d’Exeter au Royaume-Uni, rappelle d’abord que les glaces couvrant l’océan Arctique ont rapidement rétréci au cours des dernières décennies en raison principalement des gaz à effet de serre (GES) émis par les activités humaines. Il souligne qu’« au milieu du XXIe siècle, l’océan Arctique sera dépouillé de toutes ses glaces durant l’été si nous ne réduisons pas substantiellement nos émissions ».

En raison du cycle annuel des saisons, l’océan Arctique voit actuellement une partie de ses glaces fondre en septembre. C’est pourquoi les chercheurs prévoient qu’avec le réchauffement climatique, la disparition des glaces marines — jusqu’à une étendue de glace inférieure à un million de km2 — surviendra tout d’abord durant ce mois de l’année.

Ainsi, les deux études prédisent que si le réchauffement se stabilise à une température correspondant à une hausse de 1,5 °C, les probabilités que l’été arctique soit suffisamment chaud pour faire fondre l’essentiel des glaces marines seront beaucoup moindres que si le réchauffement planétaire s’accroît de 2 °C. Plus précisément, les chercheurs ont calculé que, sous un climat ayant connu un réchauffement de 1,5 °C, l’Arctique pourrait perdre l’essentiel de ses glaces en moyenne une fois tous les 40 ans, comparativement à une fois tous les 3 à 5 ans sous un climat qui excéderait celui de l’ère préindustrielle de 2 °C.

Disparition complète

Si les pays s’en tiennent strictement aux engagements particuliers qu’ils ont pris lors de l’Accord de Paris en matière de réductions d’émissions de GES, il faut s’attendre à un réchauffement d’environ 3 °C en 2100. Un tel réchauffement conduirait à une disparition complète des glaces couvrant l’océan Arctique tous les mois de septembre, voire pendant plusieurs mois chaque année.

« En raison du retard dans le réchauffement de l’océan, il est possible que la glace marine continue de décliner une fois que la température globale moyenne de surface se soit stabilisée. Et même quand l’étendue de glace marine du mois de septembre se stabilise à son tour, la probabilité d’une disparition estivale des glaces de l’Arctique continue d’augmenter en raison de la variabilité naturelle aléatoire », soulignent les chercheurs.

« Bien que limiter le réchauffement à 1,5 °C soit vraisemblablement insuffisant pour prévenir toute fonte complète des glaces marines en septembre, cela le permettrait toutefois pour les autres mois que septembre, alors que ce ne serait pas le cas avec un réchauffement de 2 °C qui rendrait possible la disparition des glaces même en août », fait remarquer James Screen.

Les deux études démontrent clairement les énormes avantages à ne pas dépasser un réchauffement de 1,5 °C et insistent sur le fait que l’Arctique sera exempt de glaces tous les étés si les pays n’augmentent pas leurs engagements actuels. Et un tel scénario ne ferait qu’accélérer le réchauffement planétaire.