Québec octroie 75 millions à Montréal pour la décontamination des sols

La mairesse Valérie Plante et les ministres Martin Coiteux et Isabelle Melançon ont piloté l’annonce de dimanche.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La mairesse Valérie Plante et les ministres Martin Coiteux et Isabelle Melançon ont piloté l’annonce de dimanche.

À réalité et besoins particuliers, moyens spéciaux. Plus de 20 % des terrains contaminés recensés dans le répertoire du gouvernement du Québec sont sis sur l’île de Montréal. Le gouvernement a donc décidé d’octroyer 75 millions de dollars d’ici 2022 en réhabilitation de terrains contaminés à Montréal. De l’argent frais que la Ville pourra gérer à sa guise, selon ses propres priorités, comme l’énonçaient la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, le ministre de la Région de Montréal, Martin Coiteux, et la mairesse Valérie Plante, dimanche en conférence de presse.

À Montréal, a rappelé la ministre Melançon, les terrains qui ont été abandonnés par les complexes industriels sont les « dernières grandes surfaces disponibles pour le développement ». La Ville, avec cette subvention, pourra accélérer la réhabilitation des terrains contaminés, municipaux ou privés. L’aide gouvernementale sera limitée à 75 % des coûts des projets. Les 25 % manquants devront être assumés par la Ville ou le partenaire privé, selon les cas.

La mairesse Valérie Plante a précisé qu’il faudra « quelques mois » pour établir le programme de sélection des projets et ses critères. Elle a souligné à plusieurs reprises l’importance pour son administration d’investir en logements sociaux. « À quoi va servir cet argent ? Par exemple, peut-être à se réapproprier les berges. Mais les besoins sont grands. […] Cette somme va venir soutenir l’habitation, le développement économique, mais aussi le développement de projets institutionnels — est-ce que ce sera une Maison de la culture, un centre sportif ou communautaire, une école ? Tout est possible. »

L’annonce aura aussi, par effet domino, un impact sur le programme ClimatSol-Plus de 55 millions, annoncé en avril 2017, un soutien aux municipalités qui veulent décontaminer des terrains, car « la Ville de Montréal n’est plus couverte par le programme ClimatSol-Plus, outre les projets qui avaient déjà été déposés », comme l’a spécifié l’attachée de presse de la ministre de l’Environnement. L’argent dégagé pourra donc aller à d’autres municipalités.

Suivre les sols

En décontamination, les coûts sont élevés, ont rappelé les élus. Ils varient grandement, comme les délais, selon les degrés de contamination. Difficile d’évaluer le nombre de terrains qui pourront bénéficier d’une réhabilitation, dans une ville où les sols sont en majorité minés par une contamination mixte aux hydrocarbures et aux métaux lourds. Les coûts sont « vraiment à géométrie variable », a précisé Mme Plante. « Pour un projet d’habitation, on peut parler de deux millions, alors que pour des terrains industriels voués au développement économique, ce sera 15 à 20 millions. Il va y avoir des choix à faire. Et avec mon administration, je souhaite vraiment pouvoir répondre à différents besoins. »

Pour le coprésident de la Société pour vaincre la pollution, la nouvelle n’est que partiellement bonne. Trop souvent encore, mentionne Daniel Green, les terrains ne sont pas entièrement décontaminés, et leurs sols seulement déplacés.

Si tous les nouveaux projets doivent « faire l’objet d’une traçabilité rigoureuse », comme le mentionnait la ministre de l’Environnement, s’articulant avec le projet pilote sur la traçabilité des sols contaminés annoncés le 12 mars dernier par Mmes Melançon et Plante, la transparence reste encore dans l’angle mort, selon M. Green. Car le partenaire du projet-pilote « Réseau Environnement est une association d’entrepreneurs privés.

Ce n’est toujours pas l’État qui surveille, précise l’écologiste. Un citoyen ne peut toujours pas savoir où sont envoyés les sols contaminés au Québec. Mme Melançon doit entreprendre un programme de traçabilité transparent, avec un registre, pour s’assurer que la décontamination de Montréal ne se fasse pas au détriment d’autres municipalités. Le ministère doit augmenter ses effectifs de surveillance et aller lui-même après une décontamination faire ses propres échantillonnages pour évaluer le résultat. »

Surtout, précise M. Green, dans le cadre de programmes comme celui-ci où des investissements privés seront de la partie. « Ça, ça serait un bon programme d’intervention, qu’on n’a pas encore maintenant. »

L’opposition officielle à la Ville de Montréal n’a pas voulu réagir, préférant attendre pour étudier davantage le dossier.

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