Gaz à effet de serre: Québec toujours certain d’atteindre la cible

Pour réduire ses émissions de GES, le gouvernement Couillard reconnaît qu’il devra intervenir de manière «prioritaire» dans le secteur des transports.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour réduire ses émissions de GES, le gouvernement Couillard reconnaît qu’il devra intervenir de manière «prioritaire» dans le secteur des transports.

Le gouvernement du Québec est persuadé qu’il est sur la bonne voie pour atteindre la cible de réduction de gaz à effet de serre (GES) qu’il s’est fixée pour 2020, même si deux avis produits à sa demande indiquent que des « changements significatifs » s’imposent et qu’un virage est « incontournable », particulièrement dans le secteur des transports.

En dévoilant vendredi le bilan de mi-parcours de son Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques, le gouvernement Couillard a également rendu publics des avis produits par le Comité-conseil sur les changements climatiques ainsi que le Conseil de gestion du Fonds vert.

Ces avis reconnaissent certains bons coups du gouvernement du Québec, comme le marché du carbone, mais ils soulignent surtout qu’un coup de barre est indispensable.

« Force est de constater […] que des changements significatifs doivent être apportés pour contribuer à maximiser les réductions d’émissions au Québec », écrit le Comité-conseil sur les changements climatiques.

« Le bilan révèle que les résultats en matière de réduction des émissions de GES sont bien en deçà de la cible fixée », ajoute le Conseil de gestion du Fonds vert. « Le statu quo n’est pas une avenue possible. Un virage est incontournable si on veut atteindre nos cibles », a insisté sa p.-d.g., Sylvie Chagnon, vendredi en conférence de presse.

« J’y crois toujours »

La ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, demeure malgré tout convaincue que le gouvernement pourra atteindre sa cible. « Je vous le dis. L’objectif 2020, j’y crois toujours », a-t-elle affirmé.

Le bilan de mi-parcours, dont Le Devoir a publié les conclusions il y a deux semaines, démontre qu’en dépit d’investissements de près de 4 milliards de dollars sur la période 2013-2020, le Québec parviendra seulement à stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2020.

Le plus récent bilan des émissions disponible, soit celui de 2015, indique que les émissions de GES ont diminué de 8,8 % depuis 1990. Or, l’objectif pour 2020 est d’atteindre une réduction de 20 %.

Priorité au transport

Pour réduire ses émissions de GES, le gouvernement Couillard reconnaît qu’il devra intervenir de manière « prioritaire » dans le secteur des transports. Les émissions de ce secteur ont augmenté de 21,3 % depuis 1990 et représentaient en 2015 41,7 % des rejets québécois.

Pour y arriver, le bilan de mi-parcours produit par le ministère de l’Environnement propose par exemple l’instauration d’un système de redevance-remise (bonus-malus), qui récompense l’achat de véhicules moins polluants et pénalise celui de véhicules énergivores.

Dans son avis, le Comité-conseil sur les changements climatiques écrit à ce sujet que « le Québec ne peut se contenter de subventionner les véhicules électriques » comme il le fait actuellement.

Pas pour l’instant

La ministre Melançon indique que la vision du gouvernement en matière de transport sera révélée sous peu lors de la publication de la nouvelle politique de mobilité durable. Cela dit, elle semble déjà écarter déjà l’idée d’un bonus-malus.

« On n’en est pas là, a-t-elle répondu. Il y a des programmes qui doivent d’abord et avant tout être plus performants. On pense qu’on peut y arriver avant d’aller dans cette direction. »

La ministre fait valoir qu’il faut laisser le temps aux mesures en place de produire les effets escomptés, en évoquant par exemple le plan d’action en électrification des transports et la norme véhicules zéro émission. Cette dernière est entrée en vigueur le 11 janvier dernier et devrait permettre d’accroître l’offre de véhicules électriques chez les concessionnaires québécois.

En fermant la porte au bonus-malus, le responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada, Patrick Bonin, estime plutôt que le gouvernement Couillard « manque de volonté politique et de courage ». « Le gouvernement craint potentiellement de déplaire à un électorat qu’il veut séduire », juge-t-il.

Avec Alexandre Shields

La ministre Melançon dit « non » à l’exploitation d’énergies fossiles

S’il n’en tenait qu’à elle, la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, fermerait la porte à l’exploitation des énergies fossiles au Québec. Dans le contexte des efforts supplémentaires qui doivent être faits pour lutter contre les changements climatiques, est-ce qu’il vous apparaît raisonnable ou même souhaitable d’ouvrir la porte à l’exploitation des énergies fossiles au Québec ? « Certainement pas, non », a laissé tomber vendredi la ministre Melançon. « De mon côté, les énergies fossiles, c’est non merci », a-t-elle insisté. Cette position tranche avec le point de vue défendu par le gouvernement, qui a plutôt décidé d’autoriser les projets des pétrolières et des gazières sur le territoire. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, doit d’ailleurs publier sous peu les règlements de mise en oeuvre de la première Loi sur les hydrocarbures de l’histoire du Québec.

Alexandre Shields