Isabelle Melançon dit «non» à l’exploitation du pétrole et du gaz au Québec

La ministre de l’Environnement Isabelle Melançon a dévoilé le bilan mi-parcours du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques.
Photo: Catherine Legault Le Devoir La ministre de l’Environnement Isabelle Melançon a dévoilé le bilan mi-parcours du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques.

S’il n’en tenait qu’à elle, la ministre de l’Environnement Isabelle Melançon fermerait la porte à l’exploitation des énergies fossiles au Québec. Une position qui tranche avec la décision du gouvernement Couillard d’autoriser les projets pétrolier et gazier sur le territoire de la province, mais aussi d’en soutenir financièrement certains.

Dans le contexte des efforts supplémentaires qui doivent être faits pour lutter contre les changements climatiques, est-ce qu’il vous apparaît raisonnable ou même souhaitable d’ouvrir la porte à l’exploitation des énergies fossiles au Québec ? « Certainement pas, non », a laissé tomber vendredi la ministre Melançon, au moment de dévoiler le bilan mi-parcours du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques.

« De mon côté, les énergies fossiles, c’est non merci », a insisté Isabelle Melançon, en réponse à une question du Devoir dans le cadre d’un point de presse à la Maison du développement durable, à Montréal. « Ma volonté est toujours la même, c’est de réduire les gaz à effet de serre », a rappelé la ministre, qui dévoilait le bilan d’étape du plan québécois de lutte contre les changements climatiques.

Ce document, dont Le Devoir a publié les conclusions le 8 mars dernier, démontre que malgré des investissements de près de 4 milliards de dollars sur la période 2013-2020, le Québec parviendra seulement à stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2020. Le plus récent bilan des émissions disponible, soit celui de 2015, indique en outre que les GES ont diminué de 8,8 % depuis 1990. Or, l’objectif pour 2020 est d’atteindre une réduction de 20 %.

Oui au pétrole

La position ferme de la ministre Melançon sur l’exploitation des énergies fossiles au Québec tranche avec le point de vue défendu par le gouvernement, qui a plutôt décidé d’autoriser les projets des pétrolières et des gazières sur le territoire.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, doit d’ailleurs publier sous peu les règlements de mise en oeuvre de la première Loi sur les hydrocarbures de l’histoire du Québec.

Selon la version préliminaire des règlements, publiée en septembre, il était question d’autoriser les forages avec fracturation, mais aussi les projets d’exploration près des zones résidentielles et des milieux naturels protégés.

Pas moins de 338 municipalités réclament toutefois le droit d’imposer des règles plus sévères que celles mises en place par le gouvernement pour la protection de l’eau potable dans le cadre des forages. Ces municipalités seront réunies samedi à Drummondville pour discuter des moyens à prendre pour éventuellement recourir aux tribunaux si la ministre Isabelle Melançon refuse de leur accorder le droit de mettre en place leurs propres règles.

Il existe présentement plus de 300 permis d’exploration pétrolière et gazière en vigueur au Québec. Ceux-ci sont présents dans plusieurs régions, dont la vallée du Saint-Laurent, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. Ils couvrent une superficie totale de 53 225 km2.

Le projet le plus avancé est celui de l’entreprise Junex, qui souhaite exploiter du pétrole en Gaspésie. L’entreprise, qui a déjà demandé un bail d’exploitation, a d’ailleurs reçu un soutien financier du gouvernement du Québec. L’entreprise Pétrolia, qui est maintenant passée sous le contrôle de la firme albertaine Pieridae Energy, avait elle aussi reçu des millions de dollars de fonds publics.

Avec le projet de loi 150, le gouvernement a par ailleurs choisi d’élargir l’accès au financement public pour les projets d’exploitation d’énergies fossiles.