Québec offre en moyenne 300 millions par année pour le soutien aux énergies fossiles

À cela s’ajoutent des investissements à différents projets liés aux hydrocarbures, dont le projet de développement pétrolier de Pétrolia.
Photo: Pétrolia À cela s’ajoutent des investissements à différents projets liés aux hydrocarbures, dont le projet de développement pétrolier de Pétrolia.

Le gouvernement du Québec offre plus de 300 millions de dollars par année en soutien financier pour la consommation et le développement des énergies fossiles, révèle la première évaluation réalisée sur cet enjeu de finances publiques et d’environnement. Une situation qui risque de nuire aux efforts de lutte contre les changements climatiques.

Cette étude détaillée des soutiens financiers de l’État québécois aux énergies fossiles, réalisée par Équiterre et l’Institut international du développement durable (IIDD), s’appuie une compilation de données financières officielles du gouvernement du Québec.

Elle démontre donc que le soutien financier du gouvernement à la «consommation» d’hydrocarbures a dépassé les 1,7 milliard de dollars depuis l’année fiscale 2011-2012.

En moyenne, à travers différentes mesures «d’allégement» de la taxe sur les carburants, le soutien annuel du gouvernement s’est maintenu annuellement à près de 300 millions de dollars pour la période 2011-2012 à 2016-2017. Et rien n’indique une baisse de ce montant annuel au cours des années à venir, selon Équiterre.

Ces dépenses de 1,7 milliard comprennent en outre des millions de dollars versés par l’entremise du Fonds vert pour financer Gaz Métro (devenue Énergir), la pétrolière Suncor, Canadoil Forge (qui fabrique des portions de pipelines), Alcoa ou encore la minière Arcelor Mittal.

Appui aux pétrolières

À cela s’ajoute un montant de 320 millions de dollars investi directement par Investissement Québec ou sa filiale Ressources Québec, et ce, sur une période de sept ans dans différents projets liés aux hydrocarbures.

Cela comprend des millions de dollars injectés dans les entreprises qui développent des projets pétroliers et gaziers en Gaspésie, nommément Pétrolia et Junex. Il faudrait ajouter à cela le montant global dépensé pour le défunt projet Hydrocarbures Anticosti, soit 92 millions de dollars.

«Le gouvernement a donc encouragé l’utilisation des hydrocarbures à hauteur de près deux milliards de dollars depuis 2011-2012, a résumé le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault. Ce sont des montants très importants, qui représentent une contradiction évidente à laquelle l’État québécois doit répondre.»

Mettre fin au soutien

Or, a précisé M. Guilbeault, rien ne laisse présager une diminution du soutien du gouvernement aux énergies fossiles au cours des prochaines années. Le gouvernement prévoit même, avec le projet de loi 150, d’étendre le soutien de l’État aux projets de «production d’hydrocarbures» et à leur «transformation». Québec y prévoit aussi des mesures de financement de l’exploitation et du transport du gaz naturel plus particulièrement.

Steven Guilbeault invite plutôt le gouvernement à prendre le chemin inverser et à éliminer les subventions aux énergies fossiles d’ici 2025. Équiterre réclame également la fin du financement de projets liés aux hydrocarbures par le Fonds vert. Cela comprend les projets d’extension du réseau de gazoducs au Québec.

La ministre de l’Environnement Isabelle Melançon et le ministre de l’Énergie Pierre Moreau n’ont pas voulu réagir à la publication de l’étude d’Équiterre ce mercredi.

Les libéraux de Justin Trudeau s’étaient engagés en campagne électorale à éliminer les subventions directes à l’industrie pétrolière et gazière. Le gouvernement fédéral promet maintenant de respecter sa promesse possiblement d’ici 2025.

L’an dernier, l’Agence internationale de l’énergie a par ailleurs plaidé en faveur de la fin de telles subventions. Même la Banque mondiale s’est engagée à y mettre fin, et ce, après 2019.