Lagunes de Mercier: un problème de pollution insoluble

Il faudra attendre 2025 pour qu’une nouvelle usine de traitement des eaux entre en fonction.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Il faudra attendre 2025 pour qu’une nouvelle usine de traitement des eaux entre en fonction.

Il n’est pas possible de nettoyer les lagunes de Mercier, l’un des pires sites contaminés du Québec, admet le gouvernement Couillard. Ce dernier promet toutefois d’investir dans la construction d’une nouvelle usine de traitement des rejets de cet héritage toxique qui pollue l’environnement depuis plus de 50 ans.

« À l’heure actuelle, faute de la technologie adéquate, il n’est pas possible de réhabiliter complètement le site. Le confinement des contaminants demeure la solution la plus sécuritaire et efficace à ce jour », a reconnu lundi le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Après des décennies de critiques et de constats inquiétants sur la propagation des contaminants issus de ce site industriel de la Rive-Sud dans la région de Montréal, le gouvernement a donc finalement décidé de construire une nouvelle usine de traitement des eaux souterraines contaminées du site, pour remplacer celle implantée en 1984.

Québec prendra d’ailleurs en charge « toutes les étapes menant à la construction », a précisé la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon. Cette usine, qui doit être prête pour 2025, pourrait coûter plus de 25 millions de dollars aux contribuables, sans compter les travaux prévus d’ici là par le gouvernement sur le site. Il faudra par la suite en assurer les frais de fonctionnement pour plusieurs années.

Fait à noter, un rapport produit par le ministère de l’Environnement en 2007 recommandait déjà la construction d’une nouvelle usine de traitement.

Il faut dire que ces lagunes de Mercier ont subi un des pires cas de contamination au Canada, et possiblement le pire au Québec.

Dès 1968, le gouvernement québécois avait autorisé une entreprise à déverser des dizaines de millions de litres de déchets liquides produits par l’industrie pétrochimique dans une ancienne gravière de Mercier, près de Châteauguay.

Même si la contamination des sols a rapidement été démontrée, d’autres déchets y ont été déversés au cours des années suivantes, y compris par l’entreprise chargée de nettoyer le site. Des déchets contenant des BPC ont aussi été enfouis dans le secteur. Et malgré l’implantation d’une usine de traitement des eaux financée par Québec dès 1984, le site n’a jamais été décontaminé.

Un rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement recommandait pourtant, dès 1994, d’excaver les sols lourdement contaminés, en plus d’installer un « mur de confinement » pour éviter la dispersion des contaminants. Une recommandation qui n’a jamais été mise en oeuvre et que Québec a de nouveau écartée lundi.

Pour l’écologiste Daniel Green, qui connaît bien le dossier, il serait pourtant essentiel d’étudier la possibilité de retirer une partie des milliers de mètres cubes de sols contaminés du site.

Eaux toxiques

La solution présentée par Québec a néanmoins été saluée par la Ville de Mercier et la Ville de Châteauguay, qui dénoncent l’inaction gouvernementale dans ce dossier depuis plusieurs années.

« Le conseil municipal est suffisamment rassuré pour procéder à l’arrêt des procédures judiciaires engagées à ce jour dans ce dossier », y compris contre le gouvernement, a précisé la mairesse de Mercier, Lise Michaud. Les résidents de Mercier n’ont plus accès à l’eau potable provenant de leur territoire depuis 1972.

En attendant la construction de la nouvelle usine, celle déjà en place continuera de pomper et de traiter les eaux souterraines contaminées. Selon le gouvernement Couillard, « ces eaux ne présentent pas de danger pour la santé de la population ni pour l’environnement. Elles ne compromettent pas non plus la qualité des eaux prélevées par les prises d’eau potable situées en aval ».

Une enquête du Journal de Montréal a démontré, en décembre dernier, que cette usine de traitement déverse dans la nature des contaminants cancérigènes à des taux très élevés, bien au-delà des normes acceptables pour le gouvernement.

50 ans de contamination

1968 Québec autorise le déversement de déchets toxiques dans les lagunes de Mercier.

1984 Inauguration par le gouvernement d’une usine de traitement des eaux et d’une station de pompage pour dépolluer la nappe phréatique.

1994 Le BAPE recommande l’excavation partielle du site et la construction d’un mur de confinement.

2007 Le ministère de l’Environnement abandonne le projet d’excavation des sols contaminés.

2018 Québec annonce la construction d’une nouvelle usine de traitement des eaux. La mise en service est prévue en 2025.