Le monde évalue l’ampleur de la «crise» de la biodiversité

La Colombie arrive en tête pour le nombre d’espèces d’orchidées et d’oiseaux: plus de 1920, soit 19 % de la planète. 
Photo: Joaquin Sarmiento Agence France-Presse La Colombie arrive en tête pour le nombre d’espèces d’orchidées et d’oiseaux: plus de 1920, soit 19 % de la planète. 

En raison de l’activité humaine, la Terre vit une extinction massive d’espèces, la première depuis la disparition des dinosaures, une crise dont l’ampleur va être exposée dans les prochains jours en Colombie, l’un des pays les plus biodiversifiés du monde.

À partir de samedi, experts et décideurs de 128 pays vont se rassembler au chevet de la planète afin d’évaluer les dégâts sur la faune, la flore et les sols, puis de préconiser des solutions pour enrayer la tendance.

« La science le démontre : la biodiversité est en crise à l’échelle mondiale », a déclaré à l’AFP le directeur général du WWF, Marco Lambertini, avant cette réunion de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) prévue jusqu’au 26 mars à Medellín (nord-ouest).

« Nous dépendons de la biodiversité pour la nourriture que nous mangeons, l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, la stabilité du climat, et malgré cela, nos activités mettent la pression sur la capacité de la Nature à subvenir à nos besoins », a-t-il ajouté.

Diagnostic

Pour dresser son état des lieux, l’IPBES a divisé la planète en quatre régions : Amériques, Afrique, Asie-Pacifique et Europe-Asie centrale. Chacune a fait l’objet d’une analyse approfondie et d’un volumineux rapport de 600 à 900 pages, que les 750 délégués vont étudier à huis clos. Puis, le diagnostic sera rendu le 23 mars.

Un second bilan sera extrait le 26 mars d’un cinquième rapport sur l’état des sols du monde, de plus en plus dégradés par la pollution, la déforestation, l’exploitation minière et des pratiques agricoles non durables qui les appauvrissent.

Quelque 600 chercheurs ont travaillé bénévolement durant trois ans sur ces cinq évaluations, qui synthétisent les données d’environ 10 000 publications scientifiques. Le résultat final couvre la totalité de la Terre, sauf les eaux internationales des océans et l’Antarctique.

Menaces

Les déléguées de l’IPBES se retrouvent dans un pays qui compte plus de 56 300 espèces de plantes et d’animaux, soit le 2e du monde pour sa biodiversité après le Brésil, qui est huit fois plus grand.

La Colombie, qui arrive en tête pour le nombre d’espèces d’orchidées et d’oiseaux (plus de 1920, soit 19 % de la planète), est traversée par trois cordillères andines, une topographie complexe qui a permis l’évolution de 311 écosystèmes différents.

Elle sort peu à peu d’un conflit armé de plus d’un demi-siècle, dont la violence a longtemps converti en zones interdites d’immenses parties du territoire, ainsi paradoxalement préservées.

Mais 1200 espèces sont aujourd’hui menacées en raison notamment du déboisement et de la pollution, dues en particulier à l’élevage extensif, aux plantations illicites de marijuana et de coca, matière première de la cocaïne, et aux exploitations minières clandestines.

« Nous sommes encore confrontés à un énorme défi lié au contrôle de la déforestation », a admis en février le ministre colombien de l’Environnement et du Développement durable, Luis Gilberto Murillo, en faisant état d’environ 170 000 ha déboisés l’an dernier.

Recommandations

À Medellín, les experts vont travailler sur des synthèses d’une trentaine de pages, destinées aux dirigeants des États membres de l’IPBES, afin de les orienter en matière de protection de la biodiversité.

Allant des transports à l’éducation, en passant par l’agriculture, ces « résumés » ne sont que des recommandations non contraignantes.

Ce sont des « suggestions pour agir », a précisé à l’AFP la secrétaire générale de l’IPBES, Anne Larigauderie.

« Nous espérons que cela aidera à la prise de décisions pour stopper la perte de biodiversité », a ajouté Tom Brooks, directeur scientifique de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui fournit des données pour les rapports.

Le processus a jusqu’à présent coûté 4 millions d’euros (environ 5 millions de dollars).

Après l’ouverture officielle de la conférence samedi soir, les délégués négocieront à huis clos et « mot par mot » le contenu des synthèses.

« Des milliers de personnes ont fait des milliers […] de commentaires », a ajouté Mme Larigauderie, en prédisant « beaucoup de discussions » durant la réunion de Medellín.

« Il se peut que certains pays ne soient pas satisfaits de ce que le rapport dit de l’état de leur biodiversité », a-t-elle aussi averti.

Selon un rapport distinct du Fonds mondial pour la nature paru mercredi, le dérèglement climatique pourrait menacer entre un quart et la moitié des espèces d’ici 2080 dans 33 régions du monde parmi les plus riches en biodiversité.

La biodiversité en chiffres

Deux espèces de vertébrés ont disparu chaque année depuis un siècle en moyenne.

La Terre est confrontée à une « extinction massive », la première depuis la disparition des dinosaures il y a environ 65 millions d’années, la sixième en 500 millions d’années.

Environ 41 % des amphibiens et plus d’un quart des mammifères sont menacés d’extinction.

Près de la moitié des récifs coralliens ont disparu ces 30 dernières années.

Les populations de 3706 espèces de poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles ont diminué de 60 % en seulement 40 ans à partir de 1970.

25 821 des 91 523 espèces, figurant sur la « Liste rouge » de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) ont été classées comme « menacées ».

Sources : Rapport pour une planète vivante du WWF, Liste rouge de l’IUCN, revue scientifique PLoS Biology, comptes rendus de l’Académie nationale des sciences des États-Unis, CBD, Groupe d’étude de l’économie des écosystèmes et de la biodiversité (TEEB).