Poursuite contre Grenville: la minière fait de l’«intimidation», dit un député libéral

La minière de Vancouver Canada Carbon souhaite exploiter une mine à ciel ouvert sur le territoire de la municipalité de Grenville-sur-la-Rouge.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La minière de Vancouver Canada Carbon souhaite exploiter une mine à ciel ouvert sur le territoire de la municipalité de Grenville-sur-la-Rouge.

Le député libéral d’Argenteuil, Yves St-Denis, qualifie d’« intimidation totale » la poursuite de 96 millions de dollars intentée par l’entreprise minière Canada Carbon contre la municipalité de Grenville-sur-la-Rouge. Le gouvernement Couillard refuse toutefois de dire s’il interviendra dans le dossier.

« Ça n’a pas de sens, et pour moi, ça se résume en un mot : intimidation », a laissé tomber M. St-Denis, mercredi soir, en entrevue au Devoir.

« Ce sont des intimidateurs et ce n’est pas vrai que je vais laisser ce genre de compagnie intimider mes citoyens et une municipalité. Je vais toujours protéger ma population », a ajouté le député de la circonscription des Laurentides où se trouve Grenville-sur-la-Rouge.

« Je ne serai pas gêné d’aller porter une pancarte, avec mes citoyens, parce que c’est un geste démesuré. C’est carrément de l’intimidation », a poursuivi M. St-Denis, élu député du Parti libéral du Québec en 2014.

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Ce geste « démesuré », c’est la poursuite de 96 millions de dollars intentée par la minière de Vancouver Canada Carbon, qui souhaite exploiter une mine à ciel ouvert sur le territoire de la municipalité de 2800 habitants. Or, le conseil municipal s’est opposé au projet, allant jusqu’à modifier les règlements de zonage de façon à bloquer les projets d’exploitation minière.

Selon le conseil, le projet de l’entreprise aurait un impact nuisible sur le paysage de cette région reconnue comme destination de villégiature, en plus de menacer les ressources en eau potable. Canada Carbon réplique que cette opposition « est abusive, illégale et a été adoptée de mauvaise foi, malicieusement et dans la seule intention de nuire ».

Silence à Québec

La minière n’a toujours pas répondu aux questions du Devoir. Au cabinet du ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, on a seulement indiqué qu’il fallait contacter le cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau.

Le ministre Moreau « n’émettra pas de commentaire sur la cause pendante devant les tribunaux », a-t-on finalement répondu. Son attachée de presse a cependant expliqué qu’un tel projet doit franchir « de nombreuses étapes » avant d’être approuvé, dont un « processus très strict » prévu notamment par les lois environnementales.

Le projet de Canada Carbon ne serait pas soumis à une évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Pour cela, l’entreprise devrait extraire plus de 500 tonnes de matière brute chaque jour. À l’heure actuelle, elle prévoit plutôt un maximum de 480 tonnes.

Par ailleurs, « l’acceptabilité sociale » fait partie des critères pour autoriser un projet minier, a-t-on précisé au bureau de Pierre Moreau.

« L’acceptabilité sociale ne semblait pas facile dans ce cas-là », a noté pour sa part le député Yves St-Denis. Un constat qui ne devrait pas changer avec l’ajout d’une poursuite. « La compagnie s’est carrément mis le pied dans la bouche en faisant cela, parce que maintenant la “non-acceptabilité sociale” va passer à un autre niveau », a-t-il conclu.

Pierre Moreau aurait par ailleurs accepté d’aller rencontrer la municipalité dès la semaine prochaine, a dit M. St-Denis. Une information qu’il n’a pas été possible de confirmer au cabinet du ministre mercredi soir.