Québec promet de faire le nécessaire pour assurer l’indépendance du CEROM

Le président du conseil d’administration du CEROM, Christian Overbeek, a déjà pris publiquement position en faveur de l’utilisation des néonicotinoïdes, des pesticides «tueurs d’abeilles».
Photo: iStock Le président du conseil d’administration du CEROM, Christian Overbeek, a déjà pris publiquement position en faveur de l’utilisation des néonicotinoïdes, des pesticides «tueurs d’abeilles».

Le gouvernement Couillard promet de se pencher sur la crise qui secoue le Centre de recherche sur les grains (CEROM), un organisme qui mène des recherches sur les pesticides et dont certains dirigeants auraient fait pression pour bloquer des travaux scientifiques portant sur les controversés néonicotinoïdes.

Le Devoir et Radio-Canada ont révélé lundi que pas moins de 15 employés, dont 7 chercheurs, ont quitté leurs fonctions au CEROM depuis deux ans. Une situation qui, selon plusieurs sources, serait attribuable au climat de « contrôle », de pressions et d’ingérence dans les travaux de recherche, notamment ceux sur les effets des néonicotinoïdes, des pesticides « tueurs d’abeilles » dont l’utilisation est de plus en plus contestée.

Le conseil d’administration du CEROM, un organisme financé à 70 % par des fonds publics, est contrôlé par des acteurs du secteur privé et est présidé par Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec. Ce dernier a aussi pris publiquement position pour l’utilisation des néonicotinoïdes.

Appelé à réagir lors d’un point de presse lundi, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Laurent Lessard, a affirmé que le gouvernement ferait le nécessaire pour garantir l’« indépendance de la recherche » au CEROM.

« On ne veut pas que ce soit à la merci de l’industrie », a-t-il souligné, « mais des besoins du gouvernement dans ses politiques publiques ». Le ministre Lessard a également dit que son ministère allait « regarder la composition du conseil d’administration ».

Problème connu

Une note interne du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) datée du 7 novembre 2017 indique toutefois que la « problématique » du CEROM était déjà connue du ministère.

Le document insiste notamment sur la « composition non adéquate des postes d’administrateur au sein du CA qui ne permet pas d’avoir une neutralité dans les orientations du Centre ». Cette note évoque aussi l’« ingérence de quelques membres du conseil, et notamment de son président, dans la diffusion et l’interprétation des résultats de projets de recherche ».

« Le problème central est que le MAPAQ octroie une importante aide financière (dépassant le million et demi de dollars en fonctionnement et en apport de subvention) à une organisation contrôlée par des intérêts incompatibles avec l’intérêt public », peut-on également lire. « Il est impératif que les autorités du MAPAQ posent des gestes concrets pour corriger rapidement la situation », conclut le document.

Indépendance

Pour le professeur Yves Gingras, directeur scientifique de l’Observatoire des sciences et des technologies, cette situation démontre le besoin d’assurer la « totale indépendance » de la recherche, par rapport notamment à des intérêts privés. Dans ce domaine, dit-il, il serait nécessaire d’accroître les moyens du MAPAQ, mais aussi de recourir davantage à la recherche universitaire, deux secteurs qui ont subi des compressions au cours des dernières années.

Le président des Producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek, a choisi de réagir par communiqué lundi. « Le respect des mandats qui me sont attribués et le respect des mandats et des compétences des personnes que je côtoie sont la fondation de toutes mes interventions », a-t-il écrit.

« Cela dit, comme président des Producteurs de grains du Québec, j’ai le devoir de faire valoir les positions et les préoccupations de nos membres dans l’espace public. L’indépendance de la recherche scientifique réalisée au CEROM est au coeur de mes préoccupations », a-t-il ajouté.

Dans une lettre adressée directement au premier ministre Philippe Couillard, Équiterre a dénoncé l’attribution de fonds publics au CEROM, « alors que les conflits d’intérêts sont flagrants ». Le groupe écologiste demande à ce que ces fonds soient versés « à des chercheurs complètement indépendants de l’industrie ».