Un projet de terminal pétrolier menace l'eau potable de Montréal, selon le DSP

Le pipeline Trans-Nord traverse deux fois la rivière des Prairies, avant de rejoindre l’aéroport de Montréal.
Photo: Jean Gagnon CC Le pipeline Trans-Nord traverse deux fois la rivière des Prairies, avant de rejoindre l’aéroport de Montréal.

Construit il y a plus de 50 ans et aux prises avec plusieurs incidents, le pipeline Trans-Nord poserait des risques majeurs pour l’approvisionnement en eau potable dans la région de Montréal, estime la Direction régionale de santé publique. Malgré cela, l’utilisation intensive de cette conduite dans le cadre du futur terminal maritime de carburant d’avion de Montréal-Est ne fait pas partie de l’étude d’impact du promoteur.

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a entamé mardi la deuxième partie des audiences publiques pour le projet de terminal d’approvisionnement de carburant aéroportuaire à Montréal-Est par la Corporation internationale d’avitaillement de Montréal (CIAM).

Le promoteur souhaite construire sur le bord du fleuve Saint-Laurent un nouveau terminal doté de huit réservoirs pouvant stocker 164 millions de litres de kérosène. Ces produits pétroliers, amenés par bateau, pourront alors être chargés à bord de convois ferroviaires (7300 à 10 950 wagons-citernes par année), de camions ou de barges, pour alimenter Ottawa et Toronto.

Pour ce qui est de l’aéroport de Montréal, situé à Dorval, la CIAM prévoit aussi de se connecter sur le « pipeline existant » de Trans-Nord, à Montréal-Est. Cette conduite traverse Montréal-Nord, puis la rivière des Prairies, une partie de Laval d’est en ouest, avant de redescendre vers le sud, de retraverser la rivière des Prairies, puis de rejoindre l’aéroport. Vers l’ouest, ce pipeline construit en bonne partie en 1952 traverse la rivière des Mille-Îles et celle des Outaouais.

Illustration: Le Devoir Carte du tracé du pipeline Trans-Nord dans la région de Montréal

Eau menacée


En présentant le mémoire de la Direction régionale de santé publique de Montréal mardi, son porte-parole, Luc Lefebvre, a d’ailleurs déploré que le cas du pipeline ne soit tout simplement pas examiné dans l’étude d’impact produite par la CIAM en vue de l’évaluation du BAPE.

Cette omission est d’autant plus inadmissible, selon la Direction régionale de santé publique, que le pipeline Trans-Nord traverse des cours d’eau dans lesquels un déversement d’hydrocarbures « menacerait l’approvisionnement en eau potable de la population de l’agglomération de Montréal ». En fait, a précisé M. Lefebvre, « les prises d’eau sont toutes situées près d’une zone à risque en cas de déversement du pipeline ».

Une telle situation, a-t-il ajouté, « mettrait en péril la santé et la sécurité de la population », puisque « les besoins en eau pour la région de Montréal sont tels qu’il n’y a pas de sources alternatives » pour alimenter les trois millions de citoyens de la région.

M. Lefebvre a également rappelé aux commissaires du BAPE que la question du transport maritime du carburant, jusqu’à Montréal, a tout simplement été écartée. Bref, les informations dont dispose le BAPE pour lui permettre de réaliser un véritable examen du projet sont tout simplement « incomplètes ».

La MRC de Vaudreuil-Soulanges s’est également dite très inquiète des risques de déversements du pipeline Trans-Nord. En plus de partager les constats de la Direction de santé publique, le directeur général adjoint de la MRC, Raymond Malo, a affirmé mardi que « la réglementation actuelle ne prévoit pas de rigoureux critères de performance garantissant la protection des prises d’eau potable », dans le cas de l’exploitation des pipelines.

« Rappelons que, des 26 usines de filtration dans la grande région de Montréal, aucune n’est équipée pour traiter les hydrocarbures et seulement deux sont en mesure de les détecter », a-t-il ajouté. Selon M. Malo, il est donc essentiel que le BAPE tienne compte des risques environnementaux du pipeline Trans-Nord, qui peut transporter chaque jour 27 millions de litres de produits pétroliers, soit 172 900 barils.

Incidents

Ce pipeline est responsable à lui seul de six des treize incidents liés aux pipelines au Québec répertoriés par l’Office national de l’énergie depuis 2008. Selon les données comptabilisées par Équiterre dans son mémoire au BAPE, il y aurait même eu « 83 incidents sur ce pipeline depuis 2004, dont 35 au Québec, ainsi que 8 déversements de substances, dont 2 au Québec, pour la même période pour un total de 148,1 mètres cubes de substances (932 barils) ».

L’organisme écologiste juge donc nécessaire de « cesser » l’exploitation de ce pipeline jusqu’à ce qu’un organisme « indépendant, neutre et crédible puisse assurer un encadrement efficace pour la sécurité des pipelines ».