GES: le retard du Canada s’accentue

Les plus récentes données déposées à l’ONU démontrent en effet que l’objectif fixé pour 2030 s’éloigne, notamment en raison de la croissance du secteur pétrolier et gazier. 
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Les plus récentes données déposées à l’ONU démontrent en effet que l’objectif fixé pour 2030 s’éloigne, notamment en raison de la croissance du secteur pétrolier et gazier. 

S’il veut atteindre ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et respecter ses engagements en vertu de l’Accord de Paris, le Canada devra être encore plus ambitieux que ce que le gouvernement Trudeau prévoyait. Les plus récentes données déposées à l’ONU démontrent en effet que l’objectif fixé pour 2030 s’éloigne, notamment en raison de la croissance du secteur pétrolier et gazier.

Pour se conformer à ses engagements au sein de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), le Canada est tenu de produire un rapport détaillé de ses émissions de gaz à effet de serre (GES), mais aussi des engagements pris par le pays et des résultats attendus.

Le plus récent rapport préparé par le gouvernement canadien, un document de 316 pages disponible uniquement en anglais, indique ainsi que les émissions de GES avoisinaient les 722 millions de tonnes (Mt) en décembre dernier.

Or, le gouvernement Trudeau s’est engagé à réduire ses émissions de 30 % d’ici 2030, par rapport à 2005. Cette « cible », qui est la même que celle défendue par le gouvernement de Stephen Harper, signifie qu’il faudra ramener les émissions de GES à 517 millions de tonnes en 2030. Cet engagement, pris par le gouvernement Trudeau dans le cadre de son adhésion à l’Accord de Paris sur le climat, impose donc de réduire considérablement les émissions du Canada.

Pour y parvenir, Ottawa a annoncé il y a un peu plus d’un an la mise en oeuvre du « Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques ». Ce plan comprend toute une série de mesures de réductions des GES dans les transports, dans les provinces, dans le secteur de l’énergie ou encore des achats de crédits sur le marché du carbone.

En se basant sur ce plan, le gouvernement Trudeau prévoyait en décembre 2016 qu’il parviendrait à réduire les émissions d’un plafond, estimé à 742 Mt, jusqu’à une cible de 567 Mt. Pour les réduire encore davantage, et atteindre un objectif fixé à 523 Mt en 2030, le fédéral disait vouloir proposer des « mesures additionnelles comme le transport en commun et les infrastructures vertes », entre autres.

Recul climatique

Le manque à gagner s’élevait alors à 44 Mt. Le problème, c’est que le rapport déposé récemment aux instances de la CCNUCC évalue maintenant le manque à gagner à 66 Mt, soit un bond de 22 millions de tonnes de GES. Cette différence importante équivaut à la totalité des émissions d’une province comme le Manitoba, en 2015, ou encore au quart de celles du Québec.

On estime en effet que les émissions du Canada atteindront 583 Mt en 2030, un chiffre confirmé vendredi au Devoir par le cabinet de la ministre de l’Environnement Catherine McKenna. L’écart s’est donc creusé, d’autant plus que l’objectif canadien inscrit dans le document déposé à l’ONU mise sur des émissions de 517 Mt en 2030.

Comment expliquer que le Canada s’est éloigné de son objectif ? « L’augmentation de 44 à 66 mégatonnes est due à un certain nombre de facteurs externes qui ne sont pas directement liés à nos politiques climatiques, par exemple les projections de croissance économique dans le secteur pétrolier et gazier et la croissance démographique », a précisé le cabinet de Mme McKenna dans une réponse écrite.

Le rapport produit pour la CCNUCC confirme d’ailleurs que la production pétrolière au pays doit continuer de croître d’ici 2030, pour atteindre une production quotidienne de près de six millions de barils. La forte majorité de ce pétrole proviendra des sables bitumineux, à raison de 4,2 millions de barils par jour. À cela, il faut ajouter une croissance de la production gazière, et plus précisément du secteur « non conventionnel », notamment le gaz de schiste.

Globalement, même si les émissions de l’industrie pétrolière doivent passer de 215 Mt à 192 Mt d’ici 2030, les GES du secteur continueront de dominer le bilan canadien, devançant même le secteur des transports, à 143 Mt. L’industrie des énergies fossiles représentera alors 33 % de tous les GES du pays.

Succès ou échec ?

Malgré les chiffres de son plus récent rapport sur les GES, le fédéral a bon espoir d’atteindre ses objectifs. « Ces projections n’incluent pas les nouvelles mesures potentielles qui pourraient être prises par le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires d’ici 2030 », a fait valoir le bureau de Catherine McKenna.

« Le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques est notre plan collectif pour faire face aux changements climatiques et faire croître l’économie. Il cerne des mesures qui nous permettront d’être en mesure d’atteindre ou de surpasser notre cible de l’Accord de Paris, soit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 30 % sous le niveau de 2005 d’ici 2030 », a-t-on ajouté en citant en exemple la taxe fédérale sur le carbone.

Ce discours ne convainc toutefois pas Greenpeace, qui juge que le Canada n’en fait pas assez pour lutter contre les changements climatiques. « Malgré les beaux discours verts de Justin Trudeau, les données du gouvernement montrent que ses politiques énergétiques sont inadéquates et que le Canada s’éloigne du respect de ses engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris », a soutenu vendredi le porte-parole du groupe écologiste Patrick Bonin.

« La complicité du gouvernement Trudeau avec le secteur pétrolier et gazier met littéralement en péril l’atteinte de la cible qu’il s’est fixée pour 2030, alors que cette dernière n’est déjà pas assez ambitieuse par rapport à ce que devrait faire le Canada », a-t-il poursuivi.

Les groupes environnementaux dénoncent d’ailleurs unanimement l’appui du gouvernement fédéral à trois projets de pipelines majeurs, tous conçus pour faciliter l’exportation de la production croissante des sables bitumineux.

2 commentaires
  • Denis Carrier - Abonné 24 février 2018 09 h 01

    Ce qui est dit et ce qui est fait

    Qui croit encore ce que disent Trudeau et McKenna? Belles déclarations d'intentions à Paris comme à Ottawa mais approbations de pipellines et appuis à l'industrie pétrolière dans les faits.

  • Mohamed Bouna Aly - Abonné 24 février 2018 10 h 34

    Ce qu'on pense, ce qui est

    Tout comme chacun, l'industrie minère n'est pas l'enfant, parfois le moins jeune, qui tend la main à ses parents, ou à son gounernement, pour subvenir à ses besoins. L'industrie minière cherche et met en pratique des solutions novatrices pour contribuer à la richesse collective, pour promouvoir la protetion des écosystèmes, pour assurer la saté et la sécurité au travail...

    L'intelligence artificielle a fait son entrée dansl'industrie minière. Les engins miniers peuvent travailler sous terre ou en surface, l'opérateur étant dans son bureau climatisé, devant son ordinateur.

    Aussi, des camions, sans conducteur, fonctionnant 100% à l'électricité, commencent à voir le jour.
    Le Canada, et le Québec, sont présents à cette course vers l'efficacité et la durabilité.