La carpe asiatique s’installe dans le fleuve Saint-Laurent

La carpe de roseau peut atteindre une longueur de 1,8 mètre et peser plus de 100 livres.
Photo: Getty Images La carpe de roseau peut atteindre une longueur de 1,8 mètre et peser plus de 100 livres.

Tout indique que la carpe asiatique est là pour de bon au Québec. Les informations obtenues par Le Devoir indiquent que cette espèce envahissante dévastatrice a été détectée à 12 endroits en 2017, le long du fleuve Saint-Laurent. Le gouvernement Couillard promet d’ailleurs des « actions prioritaires » pour lutter contre l’invasion, mais il refuse de dire s’il y consacrera davantage de ressources.

Après avoir détecté la présence de la carpe de roseau à 16 endroits à la suite des suivis réalisés en 2015 et 2016, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a retrouvé la trace de cette espèce à 12 endroits pour la seule année 2017.

Essentiellement, l’ADN de la carpe de roseau a été repérée aux mêmes endroits que les années précédentes. Selon ce qu’a expliqué le biologiste du MFFP Olivier Morissette, des carpes auraient adopté certains secteurs, dont le tronçon du Saint-Laurent entre Boucherville et Sorel, mais aussi l’embouchure de la rivière Saint-François, qui se déverse à la tête du lac Saint-Pierre.

L’équipe du Programme québécois de lutte contre les carpes asiatiques a en outre reçu 46 signalements de la part de citoyens qui croyaient avoir vu ou capturé une carpe asiatique. Mais aucun signalement en milieu naturel n’a été confirmé. « Des investigations sont toujours en cours », a toutefois précisé M. Morissette.

Photo: USACE/CC La carpe de roseau peut atteindre une taille impressionnante, comme celle-ci, pêchée en Allemagne, mesurant 97 centimètres.

Jusqu’à présent, une seule carpe de roseau a été capturée dans un cours d’eau du Québec. En mai 2016, une femelle fertile de 64 livres a été pêchée dans le fleuve dans le secteur de Contrecoeur.

Preuve du sérieux de la menace pour les cours d’eau du sud du Québec, le ministère a augmenté substantiellement l’aire couverte par le programme de détection de la présence de l’espèce en 2017. En tout, 323 sites ont été testés, contre un total de 110 pour 2015 et 2016.

En plus du fleuve, entre la frontière ontarienne et l’aval de Trois-Rivières, une carte consultée par Le Devoir indique que des échantillons ont été recueillis à plusieurs endroits dans la rivière des Outaouais, dans le lac Champlain, dans la rivière Richelieu, dans la rivière Yamaska et dans la rivière Saint-François.


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La carpe de roseau, qui peut atteindre une longueur de 1,8 mètre et peser plus de 100 livres, peut en effet bénéficier de plusieurs habitats propices au Québec, selon le biologiste Olivier Morissette. Non seulement elle ne redoute pas les températures froides, mais cette espèce herbivore peut aisément se nourrir dans le fleuve et dans plusieurs rivières de la province.

En dévorant les herbiers, elle risque même de représenter une menace pour le chevalier cuivré, une espèce menacée et endémique au Québec. En fait, la carpe de roseau pourrait menacer toute la faune aquatique indigène. Dans certaines rivières aux États-Unis, où l’espèce a été introduite accidentellement dans les années 1970, elle constitue aujourd’hui 90 % de la biomasse animale.

Reproduction

La carpe asiatique pourrait-elle se reproduire ici ? Oui, répond M. Morissette. Il cite comme exemple la reproduction confirmée dans la rivière Sandusky, qui se jette dans le lac Érié, de carpes introduites d’abord dans les Grands Lacs.

Pour faire face à l’invasion redoutée, le MFFP a obtenu en 2016 un budget de 1,7 million de dollars sur trois ans. Ce financement doit servir à l’élaboration d’un « plan d’action », mais aussi à sa mise en oeuvre.

Puisque les données du ministère semblent indiquer que la carpe de roseau est là pour de bon au Québec, Le Devoir a demandé au cabinet du ministre de la Faune, Luc Blanchette, s’il compte bonifier le financement ou encore mettre en place des mesures supplémentaires.

« Le gouvernement du Québec surveille de près la situation de la carpe asiatique dans le fleuve Saint-Laurent. Qui plus est, le Programme québécois de lutte contre les carpes asiatiques suit son cours à l’heure actuelle. Notre gouvernement est très préoccupé par leur présence dans les eaux québécoises, c’est pourquoi il continuera d’agir sur plusieurs fronts afin de limiter leur propagation ailleurs au Québec, en ciblant des actions prioritaires », a répondu son attaché de presse, Youann Blouin, par courriel.

La carpe, poisson comestible

Est-ce qu’il est possible de manger de la carpe asiatique ? La question risque de se poser de plus en plus. Après tout, si l’espèce en venait à abonder dans les cours d’eau de la province, pourquoi ne pas tenter de lui trouver une utilité culinaire ? Aux États-Unis, des chefs ont trouvé des façons d’apprêter ce poisson. Même que des tests à l’aveugle menés par une équipe de recherche de l’Université du Missouri ont démontré que les consommateurs aimaient la chair de la carpe. Mais encore faut-il qu’ils ignorent qu’ils mangent de la carpe. Ironie du sort, en Chine, d’où la carpe asiatique est originaire et où elle est consommée depuis des siècles, on ne boude pas la carpe en provenance des États-Unis. Des entreprises américaines en exportent donc plusieurs milliers de tonnes chaque année, non seulement vers la Chine, mais vers d’autres marchés ailleurs dans le monde.