Terre-Neuve veut doubler sa production pétrolière

L’industrie pétrolière et gazière est une source très importante de revenus pour les coffres du gouvernement terre-neuvien.
Photo: Petros Karadjias The Associated Press L’industrie pétrolière et gazière est une source très importante de revenus pour les coffres du gouvernement terre-neuvien.

Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador promet de tout mettre en oeuvre pour augmenter substantiellement la production pétrolière en milieu marin au cours des prochaines années. Des milliards de barils pourraient être extraits de zones jusqu’ici inexplorées, dont certaines sont pourtant protégées en raison de leur importance écologique.

Dans le cadre du plan « Advance 2030 » dévoilé lundi, les autorités provinciales ont annoncé leur intention de prendre dès maintenant toutes les mesures nécessaires pour assurer le « succès » de l’industrie pétrolière et gazière, une source très importante de revenus pour les coffres du gouvernement.

Parmi les actions « immédiates » annoncées, on compte « moderniser » l’encadrement de l’industrie des énergies fossiles, mais aussi « accélérer le développement » de projets devant mener à l’implantation de sites de production et accroître la « promotion » du secteur.

Selon les prévisions du gouvernement provincial, la production quotidienne de pétrole pourrait grimper à près de 650 000 barils en 2030, contre une estimation de près de 300 000 barils en 2020. En misant sur une « croissance soutenue » du secteur, en raison de l’augmentation attendue de la demande, on envisage même une production quotidienne d’or noir qui atteindrait le million de barils en 2050.
 

 

Territoire immense

Il faut dire que le territoire maritime géré par Terre-Neuve-et-Labrador est immense. Les documents dévoilés en appui au plan Advance 2030 précisent que l’ensemble du territoire situé au large des côtes de la province est plus vaste que le golfe du Mexique. Or, à peine 7 % de ce territoire serait présentement recouvert de permis d’exploration.

Déjà plus de 1,7 milliard de barils de pétrole ont été produits jusqu’à présent, sur un potentiel découvert de 3,9 milliards de barils. Si on ajoute à cela les plus récentes analyses préliminaires, les fonds marins de cette portion de la côte Est canadienne pourraient renfermer plus de 37 milliards de barils de pétrole, mais aussi 133 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel.

Tout en affirmant que le développement soutenu de cette industrie pourrait générer plus de 7500 emplois, la ministre des Ressources naturelles, Siobhan Coady, a souligné que la province favorisera l’émergence de nouveaux projets en ouvrant de nombreux territoires marins à l’exploration. Quelque 650 sites ont d’ailleurs déjà été désignés pour d’éventuels travaux, tandis que le gouvernement espère que plus de 100 nouveaux puits d’exploration seront forés d’ici 2030.

650
C’est le nombre de sites déjà désignés pour d’éventuels travaux, tandis que le gouvernement espère que plus de 100 nouveaux puits d’exploration seront forés d’ici 2030.

Le plan rendu public lundi ne fait toutefois pas mention du golfe du Saint-Laurent, où Terre-Neuve-et-Labrador détient aussi des droits de gestion sur une partie du territoire marin. Pour le moment, le seul projet actif dans cette zone est celui de Corridor Resources, situé sur la limite de la frontière maritime avec le Québec. Des travaux d’exploration y ont été menés l’automne dernier.

Ces travaux s’ajoutent à ceux nettement plus avancés au large de Terre-Neuve, dans l’Atlantique. Un total de quatre projets d’exploitation pétrolière sont présentement actifs, et certains ont déjà annoncé leur intention d’aller de l’avant avec des projets d’expansion au cours des prochaines années.

Refuges marins

En comparant les cartes publiées par Terre-Neuve-et-Labrador à d’autres cartes produites par Pêches et Océans Canada, on constate par ailleurs que plusieurs secteurs ciblés pour d’éventuels projets d’exploration pétrolière recouvrent des zones désignées en décembre dernier comme « refuges marins » par le gouvernement fédéral.

Dans le but d’accroître la protection des milieux marins au Canada, en accord avec les engagements internationaux, Pêches et Océans a en effet décidé de créer sept nouveaux refuges marins le long de la côte Est.

L’objectif de ces mesures est de « contribuer à la conservation et à la biodiversité à long terme ». Le gouvernement Trudeau a toutefois décidé d’autoriser l’exploration pétrolière et gazière dans ces zones, qui totalisent 145 598 km2.

Des permis d’exploration pétrolière empiètent d’ailleurs déjà sur le territoire du plus vaste des nouveaux refuges marins, situé au nord d’un secteur où l’industrie des énergies fossiles est particulièrement active. La zone ciblée pour un autre des nouveaux refuges de protection de la biodiversité est quant à elle déterminée pour un futur appel d’offres de permis d’exploration.